Nightwish – Handless Forms Most Beautiful

Endless Forms Most Beautiful

Album sorti en 2015

 

« Une quantité de belles et admirables formes», ce sont des mots de Charles Darwins pour parler des miracles de l’évolution des espèces. Pour en faire un titre d’album, il fallait quand même avoir confiance. De tes cours de bio au metal sin phonique, il n’y a qu’un pas, Nightwish.

 

Cela fait un moment que le groupe finlandais est sorti de son océan primitif. L’évolution, ils connaissent et ils pratiquent. Du point de vue de la composition du groupe, ils pratiquent même dangereusement. C’est ainsi qu’on se retrouve aujourd’hui avec Troy Donockley officiellement à la flute, cornemuse et troisième micro, et Floor Jansen (Revamp, Ex After Forever) au premier micro. Pour finir, la santé de Jukka le donne forfait pour cette nouvelle page de la vie de Nightwish, et c’est le cogneur de Wintersun qui débarque en remplaçant temporaire derrière les futs. Sérieusement, même si l’instabilité chronique du groupe fait peur, l’amateur moyen de metal peut laisser échapper quelques filets de bave à la vue de ce casting.

 

 

Comme promis, la musique se recentre sur le groupe, replaçant l’orchestre au rang de soutient sur la majorité des titres. L’aspect heavy refait surface, les sonorités rappellent assez l’album Dark Passion Play, bien que le ton ne soit pas le même. On reste sur les couleurs plutôt enjouées et lumineuses qu’avait dévoilées Imaginaerum. La présence accrue de Troy permet quelques dialogues franchement agréables entre guitare, clavier et flute, signant ainsi le retour des soli chez Nightwish. Kai Hahto s’est très bien adapté au jeu de batterie plutôt appuyé et carré de Jukka, là où ses prestations chez Wintersun étaient plutôt virevoltantes.

 

Peut-être pour la première fois de leur carrière, cet album ne passe pas de nouveau cap, n’amène aucun élément encore inutilisé. Pour une thématique autour de l’évolution, c’est un comble. On peut le voir comme une déception, mais ça serait être bien difficile vu le niveau de ce qu’ils envoient. Les heureux possesseurs de l’édition collector (pas donnée quand même) auront le loisir de décomposer tout ça couche par couche sur les 3 CD, ce qui leur illustrera, si besoin était, la profondeur des compositions. Du coup, même s’il est clair qu’on revient vers davantage de chansons efficaces, avec des refrains et des rifs catchy, j’hésiterais à parler de simplicité pour autant…

 

 

Outre le rythme de croisière, Nightwish remontre parfois les dents, comme sur « Yours is an Empty Hope » dont l’agressivité fait plaisir et ne tombe pas à plat cette fois. On remarquera aussi « My Walden », la chanson spéciale Troy Donockley qui se termine sur un sympathique bordel celtique. J’aime également assez « Edema Ruh », sans orchestre, un chouia rétro, qui revient un peu vers du heavy rock tranquille qu’on n’attendait plus trop de Nightwish.

Quant à la fin, comment ne pas en parler… Après une instrumentale presque toute orchestrale, qui renvoie vers l’album solo de Tuomas, ils nous préparent la masterpiece traditionnelle, d’une taille respectable de 24 minutes ! Ah oui c’est un petit tout à elle-seule, de quoi oublier le ratage du dernier album en la matière. Le morceau retrace la formation de la Terre, l’apparition et l’évolution de la vie, rien que ça. Soutenu par la voix off du biologiste Richard Dawkins, par des sons de toutes sortes, et par l’orchestre de Londres qui se réimpose parfois complètement, je ne sais pas si on parle de chanson à ce stade, ou de projet musical, d’expérience, de truc… Presque de quoi avoir besoin d’une chronique à part.

 

Dernier petit regret, celui d’avoir choisi une chanteuse telle que Floor Jansen, capable d’aller du chant lyrique jusqu’au growl, pour ne l’utiliser finalement que si peu. On lui découvre bien un chant plus posé, plus chaleureux et pop par moment, mais c’est bien peu de choses par rapport à ce qu’elle a pu montrer sur d’autres projets. La prochaine fois peut-être ? Ca n’empêche que son intégration à la musique de Nightwish se fait naturellement, sans même y faire attention, comme une évidence.

 

Voilà, on a un nouvel album de Nightwish, qui pour une fois risque de ne pas être très déroutant, mais qui transpire la personnalité du groupe et qui utilise une assez vaste gamme de ce qu’ils savent faire. Toujours pas détrôné.

The Devin Townsend Project – Addicted

Addicted

Album sorti en 2009

Il y a quelques temps, je vous faisais une présentation du Devin Townsend Project et de son premier disque sous cette entité, Ki. Et manifestement, vu les stats, ça vous à plus. Tant mieux, c’est motivant. On continue donc avec Addicted, on est en 2009.

Si Ki était un bourdonnement interne, une introspection, Addicted explose à l’extérieur, veut se faire voir. L’artiste semble explorer la période où il passe au stade de sa création maximale, de sa popularité avec tout ce que cela comporte (Addicted, c’est évocateur de bien des façons). En conséquence de ce thème, la pochette représente la création artistique, et la musique est indiscutablement plus directe, rentre dedans, et addictive bien sûr… Et si c’était encore un mystère, on retourne bel et bien vers du metal à tendance indus, fini Ki.

Le casting change aussi, et au rayon des têtes connues, Devin partage le micro tout au long de l’album avec Anneke Van Giersbergen (ex The Gathering). Autant dire un argument de choix même si elle n’est pas aussi démonstrative que dans ses groupes. Devin ressort son chant criard, ses guitares indus, ses bidouilles électroniques parfois un peu expérimentales, mais avec une orientation très directe, presque dansante. Du refrain, du riff, des trucs à gueuler, pas de prise de tête, il faut que ça soit efficace. On pense un peu à du Marilyn Manson parfois, mais avec une pâte Devin Townsend.

A ce petit jeu, Devin semble s’en sortir avec une facilité insolente. Aujourd’hui encore c’est le disque où ce paris est le plus réussit. Sur la balade « Ih Ah », c’est presque à se demander s’il ne se fout pas de nous avec un tel refrain facile, mais ça marche ! Pire, il va jusqu’à reprendre une de ses propres chansons, « Hyperdrive », en la remaniant un peu et en confiant le micro à Anneke. Gonflé quand même. Mais que voulez-vous, la voix d’Anneke est magique, et le chant clair de Devin, quand il le sort, est toujours aussi fou, grandiloquent, presque lyrique (le pont de « Numbred »). Le mix est made in lui, donc Nikel, souvent costaud et aérien juste quand il faut.

Revers de la médaille, l’album s’assimile facilement, et donc ce digère facilement aussi, ce qui ne lui donne pas une longue durée de vie. D’autant plus qu’il n’est pas très long, juste 10 titres d’une durée ordinaire. C’est un peu juste.
Les dernières secondes sont un teasing de la suite, avec le mot « Deconstruct » répété jusqu’à extinction de la musique qui semble se dérègler, s’embrumer. C’est le point de non-retour, la chute s’amorce, et elle sera dure. La suite si vous êtes sages.

Plus loin que la musique

Bonsoir,

Un petit post juste pour signaler que ces derniers temps, je me suis un peu diversifié question chronique, et je suis plus actif chez les potes de Culturemania. Pour le moment, tout ce qui est musical devrait être posté ici également.

Pour me suivre là-bas, c’est par ici :
http://www.culturemania.fr/author-49

(0)

Ayreon – The Theory of Everything

The Theory of Everything

Album sorti en 2013.

Attention, consommateur de musique clinex, s’abstenir. Arjen Anthony Lucassen, musicien multi instrumentiste hollandais, n’est pas du genre à aimer les trucs vites expédiés et vites digérés. Par le biais de l’entité Ayreon, il s’est déjà fait une petite spécialité de l’opéra rock/metal, qui gardait jusque-là des thématiques assez proche de la science fiction. Par opéra, il faut comprendre qu’il y a une histoire à suivre, et que chaque chanteur interprète un personnage. The Theory Of Everything est sorti en 2013, et affichait un casting très engageant et un thème nettement plus humain, tout en restant proche des questions scientifiques. Avec ce cahier des charges et quelques extraits, je me suis senti d’attaque pour découvrir se pavé, malgré son aspect pas forcément austère, mais indigeste. Lucassen lui-même demande à ce que l’on veuille bien le découvrir par étape, petit à petit, avant de se faire un avis. Suivez le guide, je vous ouvre les premières portes. Dernière précision, je n’ai pas écouté les précédents efforts de Ayreon, je ne peux donc pas comparer.

La théorie du tout est une théorie scientifique réelle, qui, a ce que j’ai compris, veut qu’il y ait une formule centrale, une espèce de loi universelle inconnue qui réconcilierait les lois de l’infiniment petit et celles de l’infiniment grand, qui semblent jusque-là ne pas obéir aux même règles. Avouez qu’on commence bien là… Bon, on range Jamy dans le camion, parce qu’au final, le contenu de la théorie, on s’en fout un peu pour Ayreon (mais que voulez-vous, je me soucie de votre culture moi). L’histoire s’ouvre sur un jeune homme atteint d’une sorte d’autisme, dont le père est un scientifique qui travaille sur cette fameuse théorie. Sa mère désespère de comprendre un jour le fonctionnement de son fils. Un jour, un sympathique professeur découvre des dons mathématiques exceptionnels au jeune prodige. Il tente alors d’expliquer au père l’intérêt qu’il devrait enfin porter à son fils, d’un point de vue scientifique et aussi humain. Mais d’une part le bonhomme n’est pas facile à raisonner et va s’entourer d’un psy aux méthodes douteuse, et d’autre part le jeune prodige attire la convoitise d’un rival qui n’a pas l’intention de se laisser éclipser par un attardé. Voilà pour la situation qu’expose le premier acte.

Sur la forme, l’album se compose de 4 gros morceaux (ou actes, ou mouvements, comme vous voulez), répartis sur 2 CD et eux-mêmes découpées en plusieurs pistes. D’ailleurs, si vous optez pour une version numérique comme le MP3, je vous conseille fortement de trouver un lecteur qui ne laisse pas de blanc entre les pistes, sous peine de hacher désagréablement l’écoute (déjà que ça n’est pas simple à découvrir). Musicalement, on est sur du rock/metal progressif, auquel on peut ajouter des sous-genres folk ou power mélodique. Ne cherchez aucune structures faciles à accrocher, tout est très étirée, et les mélodies récurrentes ne vous apparaitrons qu’après quelques écoutes. Le mix est assez sobre, un peu passéiste même, mais a le mérite d’être très clair et de mettre en avant chaque instruments et voix. Pas de surplus d’effets, d’orchestrations ou autres, les ingrédients sont rapidement dévoilées et identifiés. Vu la tête des compositions, croyez-moi c’est suffisant.
Heureusement, je me répète un peu mais, malgré sa forme indigeste, la musique reste assez attrayante, même aux premiers abords, car pleine de mélodies et de chanteurs talentueux. On repère assez vites de bons passages, avec des mélodies qui tournent en boucle (« Patterns », (The Eleventh Dimension » etc.). Si déjà vous ne trouvez pas ça désagréable, vous tenez l’essentiel, vous allez pouvoir insister un peu, y aller petit à petit et découvrir l’album comme il faut. Plus tard vous remarquerez les thèmes récurrents, vous rentrerez dans l’histoire.

Parlons un peu du casting en commençant par les musiciens, car malgré le concept les passages instrumentaux restent nombreux. On trouve notamment des ex Genesis et Dream Theater à la guitare et au clavier. Ces deux instruments dialoguent très souvent, jouant avec les divers thèmes principaux ou en free style complet. Troy Donockley de Nightwish (qui décidément sait s’exporter ces temps-ci), est lui aussi très présent avec ses instruments folk celtiques, ce qui apporte une vraie plu value par rapport à des claviers. Les compos lui laisse de belles parties pour s’exprimer, tant sur des fonds électriques qu’acoustiques. Il a peut-être même davantage d’espace qu’au sein des derniers Nightwish.

On pourrait faire un tour complet des chanteurs et chanteuses présents, car leur prestation fait plaisir. Les plus surprenant sont ceux qui savent vraiment entrer dans leur personnage, offrir un travail d’acteur en plus du chant. En particulier JB de Grand Magus me bluffe, en prof humain et bien intentionné, loin de l’image de grand viking bourru qu’on lui connait. Le duo père /fils (respectivement Michael Mills que je découvre, et le jeune Tommy Karevik, récente recrue de Kamelot) s’en sort aussi à merveille, en portant la majeure partie de la charge émotionnelle sur leurs épaules. Marco Hietala (encore un Nightwish) est moins surprenant en rival hargneux, mais parvient à imposer quelques passages tout en retenue, ce qui offre une facette plus dramatique et intéressante à son personnage. Je n’ai pas parlé des deux femmes présentes, je sais, quel sexisme, mais il y a tant à dire. J’aime beaucoup le petit prélude folk au dernier acte, seul moment où ces deux personnages se rencontrent.

Allez, essayons de ne pas s’étaler inutilement et d’être synthétique. The Theory of Everything est un album assez passionnant, avec un casting international et inter générationnel à faire saliver beaucoup d’amateurs de la sphère rock/metal mélodique. Il faut s’y pencher avec un peu d’insistance pour passer le cap, s’intéresser aux textes, et bien sûr être un minimum attiré par cette musique prog assez technique et un chouya rétro. Mais le jeu en vaut la chandelle, ça va vous occuper un moment, et d’une bien belle manière. Vous allez encore passer pour un extra terrestre auprès du reste du monde, mais si vous en êtes là de la lecture, c’est probablement que ça ne vous pose pas de problème particulier.

Sonata Arctica – Ecliptica (Revisited 15th Aniversary Edition)

Ecliptica Revisited

Album sorti en 2014.

C’est une belle journée d’automne. Je suis à la sortie d’un grand magasin de produits culturels, et je me pose quelques questions sur mes attitudes de consommateur. J’ai dans les mains l’album Ecliptica de Sonata arctica. Le réflexe de Pavlov ne viendrait-il pas de me frapper ? Il suffit de quelques mots clés connus, et paf, c’est l’achat. En effet, Ecliptica est un album qui fête ses 15 ans, et dont cette édition est un réengistrement complet, pour l’occasion. Quant à Sonata Arctica, c’est assurément un nom important du power metal mélodique, mais pas franchement un gage de qualité ces dernier temps. Alors, faire du neuf avec du vieux, c’est une bonne idée ?

Puisqu’ils veulent se la jouer nostalgique, commençons par un flash back. Sonata a déboulé en 1999 avec ce fameux premier album dont il est question aujourd’hui. Ils étaient jeunes, ils étaient pleins d’énergie et d’une technicité insolente, et surtout, ils étaient là au bon moment. Ben quoi, ça n’enlève rien au mérite, mais il faut dire ce qui est, ils n’inventaient rien. Le metal mélodique était en plein renouveau depuis quelques années, mené entre autres par Stratovarius. Ces jeunes finlandais-là ont juste su sortir du lot, emmener ce qu’il faut de fraicheur et de technique à un genre qui se portait déjà bien. Bref, dès le premier album, ça a cartonné, et ils ont pu surfer la même vague sur les 3 albums suivants, toujours avec leur côté entrainant, facile d’accès, jovial et fleur bleue, laissant le temps à ma génération de les découvrir. Puis, ce fut Unia en 2007, album bien différent, qui avait laissé une moue très dubitative sur nos visages de jeunes étudiants. Nous étions bien naïfs, face à un groupe qui ne voulait plus le rester autant. Pourtant, Unia et son successeur The Day of Grey restent aujourd’hui comme les sommets artistiques du groupe, ceux qui lui ont donnés ses vraies lettres de noblesse. Depuis, c’est un peu la pente descendante. Le groupe semble vouloir marier ses différentes facettes, mais ne parvient pas à produire grand-chose de bien engageant. Ce qui explique certainement ce soudain rappel de leurs origines. Nous voici donc, après cet historique, revenu au point de départ, mais un départ 2.0, en 2014.

Alors là, comment faire ? Je vais repêcher l’original sur le net et je compare ? Pas la peine, je sais déjà à peu près ce que j’en penserais. Je pose la question de l’intérêt de cette ressortie ? Non, dans l’absolu je n’aurai pas la réponse, et ce qui compte est de voir si vous, ça vous tente. Alors, je vais juste vous dire ce qu’il y a là-dessus. Et vous savez quoi ? Il y a Ecliptica. Ben ouais, c’est tout. Ils débitent le même album, sans la moindre prise de risque, sans revisiter quoi que ce soit. Oh oui oui, calme-toi le fan, je sais, il y a quelques soli qui diffèrent par-ci par-là. Tu trouves que ça change quoi que ce soit à l’affaire ? Non, on est d’accord. Il n’y aura pas de surprise, voilà. Ah si pardon, il y a une reprise rigolote de Genesis à la fin, qui vaut surtout pour le chant de Tony.

Le pire dans tout ça, c’est qu’au début, ça fonctionne quand même. Sûrement à condition d’avoir fait comme moi, c’est-à-dire de ne pas avoir entendu ces titres depuis un bon moment, autrement qu’en live. Là, on peut momentanément perdre dix ans et se retrouver à chanter à tue-tête des trucs parfois un peu compliqués à assumer à 28 ans. Oh quoique, on assume enfin tout à 28 ans, c’est peut être un peu le principe. Ecliptica n’a pas révélé le groupe pour rien, c’était un bon concentré de power ultra mélodique, et ça l’est resté. La fibre nostalgique devrait faire effet un moment.
Mais au-delà de ça, je doute que cette réédition ait un quelconque impact. Les morceaux sont devenus très très classiques dans leur approche, et l’enregistrement ne tente aucune réelle modernisation. Même, on y perd en patate par rapport à l’original, en spontanéité. De temps en temps, on y gagne aussi, en justesse, en expérience, essentiellement sur les 2 balades, qui auraient pues devenir vraiment niaises.

Difficile d’être catégorique. C’est un dépoussiérage d’un album qui n’en avait pas impérativement besoin, rien de plus. C’est donc un bon disque, mais en 2014, on a vu d’autres choses en matière de power mélodique. La nostalgie suffira à certains, non sans raisons, mais après… De la prise de risque, voilà ce qui manque cruellement à Sonata ces derniers temps, des décisions assumées et des tentatives. Allez, on profite du coup de rétro pour sourire, puis on avance SVP.

Sidilarsen – Chatterbox

Chatterbox

Album sorti en 2014.

Sidilarsen prend son rythme de croisière. Deux ans après Machine Rouge, les toulousains poursuivent avec ce cinquième album. Même dans la démarche, on sent une certaine assurance. Les précommandes étaient ouvertes avant même l’enregistrement, et un clip fut balancé peu de temps avant la sortie. La machine à metal fusion est bien huilée, voici venir Chatterbox, tout simplement.

Moins d’opérations de communications qu’à la sortie de Machine Rouge, moins d’envie affichée de se mettre en avant, Chatterbox semble sortir tout naturellement, sans besoin de trop en faire. La preuve dès l’intro, la machine à riffs est de sortie sans se faire attendre. « Comme on Vibre » c’est du Sidi moderne, où la muraille de guitare côtoie des loops et autres petits effets électro. On ne se refait pas. Ca sera un peu l’idée majeure de l’album d’ailleurs. Car, là où Machine Rouge remettait un peu à plat le style du groupe, en le faisant gagner en maturité, Chatterbox ne semble montrer aucune direction claire, pour n’être qu’un cru pur jus (va-y, prononce ça rapidement, tu vas voir c’est porteur, comme les mets locaux).

On trouve aussi bien de vrais moments de rock bien grassouillet que des brecks électro, ou des hymnes à scander comme ils savent les faire (« Hermanos », « Des Milliards »). C’est du déjà vu, mais si on aime, on s’y retrouve. Moi, comme d’hab, j’apprécie de retrouver les passages de basse rondouillarde (« Le Prix du Sang »), l’alternance des voix et de leurs différents registres. Les plus metaleux qui étaient restés sur leur faim sur le dernier album retrouveront davantage de hardcore dans les passages de Didou (sur « Unanimes » par exemple). Viber ressort au contraire son débit rapide, presque rap, sur « On en Veut Encore ». Et comme d’hab aussi, je trouve certains sons électro trop simplistes, pauvrets, là où d’autres fois ils soutiennent avec plus de pertinence l’ensemble.

Questions nouveauté, on se rabattra plutôt sur des confirmations d’anciennes tentatives. « Nos Anciens » va puiser dans des inspirations hip hop et parvient à faire plus classe, plus fusion que « Absolu » par exemple. Quant au final « Des Milliards », c’est juste la meilleure chanson engagée qu’ils aient désormais à leur répertoire (allez, par nostalgie, je donne égalité avec « La Morale de la Fable » de l’album Eau). En fin de pistes, des dizaines de voix répètent « nous sommes des milliards contre une élite », avec différents tons, accents, et mêmes langues, sur une musique atmosphérique.

Les textes ont, eux, une direction claire. Ils veulent motiver, positiver, sans perdre un regard conscient. Inutile de se laisser abattre, de nous laisser aller ou de nous croire inutile. Telle semble être l’idée principale. On retrouve également le thème du culte absolu de l’image sur « L’Ivresse des Maudits », ou un instantanée de la vie du groupe sur la route dans « Si Près de la Flamme ». Il faut avouer que ça marche, l’album donne la banane, parvient à rester comme un moment positif.

Un article simple, qui parlera surtout à ceux qui connaissent le groupe, pour un album qui répond aux mêmes critères. C’est vrai, Chatterbox est sans réelle surprise, laissant presque une impression de stagnation, mais tout en restant très sérieux et efficace. On ne citera personne, mais on connait des groupes qui ont fait toujours pareil pendant toute une carrière et qui s’en portent bien (des australiens par exemple), alors on ne va pas faire les difficile avec nos metaleux toulousains qui restent uniques. C’est positif, c’est varié, ça contribue à figer leur identité musicale désormais bien marqué. Après tout, c’est déjà beaucoup. J’aimerais tout de même les voir poursuivre l’élan entamé sur Machine Rouge, vers encore d’autres cieux.

Tuomas Holopainen – The Life and Times of Scrooge

The Life and Times of Scrooge

Album sorti en 2014.
Chronique également publiée sur Culturemania

Pour le leader de Nightwish, le succès est une chance d’ouvrir de nouvelles portes. Il le montre régulièrement avec son groupe. Les moyens croissants mis à sa disposition sont des opportunités de réaliser des rêves, de tenter des choses différentes. Imaginaerum fut un album fort, qui, qu’on l’ait apprécié ou pas, à déjà laissé son emprunte dans le paysage rock symphonique. Le film qui en fut tiré était lui aussi un pari assez fou du compositeur finlandais, mais cette fois le franc succès n’a pas été au rendez-vous. Pas découragé pour autant, Tuomas Holopainen décide de continuer sur sa lancée pour réaliser un autre vieux rêve, toujours à cheval entre incongruité et mégalomanie. Cette fois, il se défet temporairement de son groupe, à l’exception de Troy Donockley, et s’entoure essentiellement de l’orchestre philarmonique de Londres, pour composer une bande originale à La Jeunesse de Picsou, une série de Comics qui a rendue célèbre l’auteur Don Rosa. Oui, ça fait beaucoup de bizarrerie d’un coup. Une bande originale de livre, écrite par le leader d’un groupe connu, sans son groupe. Au moins, on ne sera pas surpris de trouver le résultat particulier, inclassable. Ou du moins, inclassable si on le considère intrinsèquement. Car, j’ai bien du mal à considérer cet étrange objet musical comme complètement indépendant. Pour moi, il est indissociable d’Imaginaerum, et de l’histoire de Nightwish, même si il en est une parenthèse. J’ai du mal à le voir comme autre chose que la conclusion logique de la période symphonique de Tuomas. Les déclarations de celui-ci sur le futur de Nightwish vont dans ce sens. Mais ok, stop, pas de dissertation de fan, essayons de considérer l’album en lui-même, mais vous verrez que sa parenté ne fait pas que transparaitre, elle crève les yeux (oui d’accord, les oreilles).

Si vous avez des atomes crochus avec les livre dont s’inspire ce disque, vous apprécierez que les titres suivent chronologiquement les aventures du jeune Picsou, ou que Don Rosa ait adoubé le projet en dessinant la pochette, qui a été en suite peinte par l’artiste qui suit habituellement Nightwish. Si, au contraire, vous n’êtes même pas fichu d’accoler un pêcher capital au nom de Picsou, pas d’inquiétude, votre plaisir ne sera pas gâché. Au pire, vous n’apprécierez pas à leur juste valeur les quelques textes parlés ou chantés. Le plus important reste la musique, d’où qu’elle soit inspirée.
Le résultat est d’abord déroutant puisqu’on ne sait pas trop où classer ce qu’on entend. Ca n’est pas du classique contemporain, ça n’est pas de la pop atmosphérique, c’est un peu tout ça à la fois. C’est donc de la musique orchestrale, parfois uniquement instrumentale, accompagnée d’un clavier omniprésent, d’instruments celtiques, de plusieurs chanteur(euse)s et d’autres ajouts ponctuels. Les structures des morceaux ne nous aident pas davantage à qualifier tout ça. On trouve aussi bien de vraies pistes de bande originale que des structures pop en couplet/refrain. Au diable les étiquettes, on n’y arrivera pas. Peu importe, la musique, c’est une histoire de ressenti avant tout.

La patte de Tuomas est partout, dans les orchestrations comme, bien entendu, dans le jeu de clavier. Le résultat est très cinématographique, et on ne sera pas surpris de penser aux références habituelles, Howard Shores, Ennio Morricone, l’univers Disney ou encore dans une moindre mesure, Mike Holdfield. D’un point de vue sonore, c’est juste un régal. Voilà qui devrait flatter votre casque ou votre couteux matériel de salon. La musique est riche sans être véritablement complexe, ce qui permet de se laisser embarquer facilement et de profiter de la profondeur de l’ensemble. Histoire de relativiser, on admettra que Tuomas ne tente jamais de compositions trop fines ou savantes, et reste dans du symphonique assez direct, hollywoodien si on veut, facile d’accès. Ca n’est pas forcément un mal après tout.
Dès le morceau d’ouverture, le dépaysement est complet. Wellcome in Irland. L’impression de voyage va se prolonger sur la première moitié de l’album. On va faire un petit tour au far ouest avec ce qu’il faut de banjo et d’harmonica, puis nous retrouver en Australie avec des didgeridoos qui tissent un fond plus sombre à un morceau surprenant, en forme de crescendo parcouru de percutions presque industrielles par leur côté répétitifs. Ailleurs, les couleurs prédominantes restent plutôt nordiques et celtiques (et oui, à l’image du Nightwish actuel).

Sur la seconde moitié, Tuomas laisse plus de place à ses invités chanteurs, via notamment 3 chansons plus traditionnelles dans leur structure, où on retrouve Johanna Kurkela ou Tony Kakko (de Sonata Arctica). Les invités sont juste parfaits dans leurs rôles, et font de ces 3 titres 3 singles potentiels, sans problèmes. Pour ceux qui doutaient encore du talent de composition de Tuomas ou du chant de Tony Kakko hors metal, voilà qui devrait clore le débat. « A Life Time of Adventure », Le premier titre extrait de l’album, est de loin le plus pop, avec même un solo de guitare très Holdfield dans l’esprit, je trouve. Une autre voix masculine fait son apparition sur le final, sur une simple guitare sèche dans un premier temps, avant de retomber sur des orchestrations mêlées de flutes plus représentatives du reste. C’est la piste qui m’emballe le moins, surtout en raison du chant grave et un peu imprécis, mais c’est bien parce qu’il faut trouver quelque chose à redire. Pour finir, les plus amateurs pourront opter pour une édition limité comprenant un second disque avec les versions orchestrales (ce qui fait quand même quelques doublons). Pour moi, cette édition vaut surtout pour son packaging franchement classieux. Pour le reste, c’est vous qui voyez !

Ce type est mégalo, ça c’est certain. Il aimerait probablement qu’on le qualifie maintenant de compositeur classique moderne, mais on n’ira peut-être pas jusque-là. Ca n’empêchera pas ce concept album d’être un morceau de bravoure original, qui mériterait un peu plus que de se cantonner au public metal (puisqu’il n’en comporte pas un gramme). C’est un OVNI, à cheval entre plusieurs univers musicaux, qui réussit à ne pas faire tâche dans la discographie de son auteur. Pour moi, c’est une très belle parenthèse à Nightwish.

Zebda – Comme des Cherokees

Comme_Des_Cherokees

Album sorti en 2014.
Chronique également publiée sur Spirit of Rock

Zebda, je ne sais pas pour vous, mais moi, ça m’évoque toujours des trucs. En vrac, une fête de famille avec un inattendu pêtage de câble à base de « Tomber la Chemise », une fille dans le bus du collège avec son baladeur cassette sur les oreilles, qui chante un peu trop fort les seuls mots « motivés motivés »… Oui bon, on s’en fout de ma vie, ok. Tout ça pour dire que j’étais jeune à la grande époque de Zebda, mais que l’album Essence Ordinaire a tourné en boucle un moment. Donc, j’étais assez heureux de les retrouver enfin en 2012, avec un Second Tour pas révolutionnaire en soi, mais qui faisait au moins oublier définitivement le lointain et décevant Utopie d’Occase. Ce fut également l’occasion de découvrir (ou redécouvrir) l’énergie scénique de ces toulousains là. Même si dans un premier temps, Second Tour n’était sensé n’être qu’un retour sans lendemain, le groupe a manifestement pris plaisir à retrouver la scène, et l’inspiration ne s’est pas tarie. C’est ainsi qu’on se retrouve avec ce nouvel album en 2014.

Le feu de l’action, le retour réussit du groupe question concert doit avoir fait son effet, car la nouvelle livraison de morceaux est clairement plus énergique, plus directe que la précédente. Seulement 10 pistes, et chacune entre 3 et 4 minutes avec une structure tout à fait standard. Autant dire qu’on ne va pas y passer la soirée. Heureusement, il n’y a aucun espèce de remplissage, pas 10 secondes de perdues, pas de pause. Le mix est plus dynamique que jamais il me semble, ce qui appuie davantage l’aspect funk, ou rock de temps en temps, selon le cas. Et oui, parce que Zebda reste cet espèce de fusion difficilement qualifiable, mais à l’identité sonore reconnaissable dans les 5 secondes.

La musique, quoique pas franchement moderne, fait plaisir à entendre de par son énergie funky communicative. Pour du studio, on sentirait presque les musiciens s’éclater par moment, comme sur ce surprenant (pour du Zebda) solo de clavier à la fin de « Les Petits Pas ». Autre petite surprise, « Essais » qui superpose à une musique plutôt orienté rock des couplets très rap, voir presque scandé. Il y avait aussi une petite tentative comparable sur Second Tour, mais on préfèrera nettement celle-ci, encore une fois pour son énergie ! On notera également des cuivres festifs assez présents sur les deux premiers titres, pour un rendu pas très à mon goût. Disons que ça fait assez générique télé, voir Patric Sébastien (ok, pas quand même). Kitchos quoi, mais c’est une question de goût. Le reste sonne comme du Zebda en bonne forme. Les influences orientales reviennent enfin sur « Les Chibanis », proche du si fameux Essence Ordinaire. Citons enfin le final dans un style rock festif qui met la banane, et à l’inverse, « Le Panneau », le seul tempo plus lent, avec même quelques lignes de piano en intro, derrière le chant de Mouss.

Le chant et les textes, parlons-en. On sent les frères Amokrane et Magyd Cherfi retrouver leurs plaines aises, presque rajeunir. Ce ne sont pas de grands vocalistes, ça, peut être, mais ils sont pour beaucoup dans l’identité sonore du groupe, et leur espèce de flow ou le chœur des 3 lors des refrains font toujours mouche. Question texte, Zebda ne serait pas Zebda sans engagement, bien sûr. On les a connu nettement plus démonstratifs, mais leurs thèmes chers restent présents. « Les Chibanis » se veut un peu plus précise, en abordant un statut particulier que se trainent les anciens ouvriers immigrés, aujourd’hui à la retraite. On trouve aussi des choses un peu plus légères, comme « l’Accent Tué », chanson ultra efficace sur l’accent du sud-ouest, avec d’évidents Clain d’œil à Nougaro. La plume retrouve de l’assurance, perdant un peu en entièreté et en émotion ce qu’elle gagne en accroche.

Comme des Cherokees est un album qui fut vite mis en boite, qui s’écoute vite et facilement. On espère qu’il ne s’oubliera pas aussi vite. Il montre Zebda sous un jour nettement plus funk/rock, et devrait être redoutable sur scène. Il n’égale toujours pas certains illustres anciens albums du groupe, mais il s’en rapproche plus que jamais, tout en affirmant une certaine petite évolution qui annonce une deuxième vie très honnête pour Zebda. Peut-être l’occasion pour les retardataires de s’y mettre. Vous devriez le trouver facilement dans la voiture des anciens amateurs du groupe, il va y tourner un certain temps.

Rufus Bellefleur – Temples, Idols and Broken Bones

Temples, Idols and Broken Bones

Album sorti en 2014.
Chronique également publiée sur Culturemania

 

Bon, par où je commence moi ? Rufus Bellefleur, c’est un zombi qui habite un marécage dégueulace en Louisiane, et qui s’exprime à travers un mélange de rap, de country et de rock. Oui, ça va peut-être un peu vite… On va reprendre tranquillement au départ. En fait, le groupe est toulousain. Oui je sais, je sais, j’ai parlé de Louisiane, mais bon, si vous ne m’écoutez pas jusqu’au bout on ne va pas s’en sortir hein… Déjà que c’est pas simple… Donc, Rufus Bellefleur est un groupe toulousain emmené par Julien « Ju » Cassarino. Ce nom n’est pas inconnu de ceux qui suivent un peu le metal français, puisqu’il faisait notamment parti de Psykup et de Manimal, deux formations qui ont su se faire remarquer grâce à une originalité certaine. On trouve à ses côté un autre multi instrumentiste, appelé Yuz. Le concept de cette nouvelle entité musicale est donc celui, aussi barge soit-il, que j’ai énoncé plus haut. A savoir, faire une espèce de hip hop avec des banjos et des harmonicas, tout en gardant un certain feeling rock. Et pour incarner ce gloubiboulga, ils ont créé ce personnage de zombi louisianais qui a le mouve. Avec ça, les bougres avaient déjà sorti un premier album, suivi d’un EP de reprise. On tient donc là le deuxième jet long format. Ca y est, vous y êtes ? Sûr hein ?

 

Précisons que je ne suis vraiment pas amateur de banjo et autres machins du bayou, ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier le disque. On se demande d’ailleurs de quoi il faut être amateur pour avoir les bons prérequis à un truc pareil. C’est certainement une grande force de cette fusion, beaucoup y trouveront quelque chose qu’ils connaissent, tout en étant dépaysé par le reste. Autant le premier essai pouvait avoir le côté fouillis qu’on imagine vu le concept, autant celui-ci arrive à se créer une certaine identité stylistique d’un bout à l’autre. Ca s’appelle le talent j’ai envie de dire… Et tant qu’on y est, malgré le curriculum du leader et l’imagerie utilisée, il n’est quasiment pas question de metal sur ce disque (ça faisait longtemps hein ?).

 

La découverte est toujours un peu surprenante. Heureusement, avant tout, la qualité de la production est là pour nous aider à entrer dans le délire. Le rendu est juste classieux, plein de détails, d’effets, de variations d’un morceau à l’autre. La percu par exemple, peut allègrement passer du plus synthétique au plus organique. De ce côté-là le groupe est déjà au top, avec rien à envier à personne. Comme quoi, même en France, ça n’est pas qu’une question de moyens engendrés par la médiatisation.

Concrètement, on alterne entre flow hip hop et phases chantés, soutenues par des chœurs féminins volontairement bien kitch et des instrus assez diverses et classieuses comme on l’a dit. Finalement, le côté Amérique profonde ne se traduit que par l’utilisation de certains instruments, voir quelques accords et effets qui sont davantage de l’ordre du Clain d’œil régulier que de la véritable influence. On remarque la facilité avec laquelle Ju joue entre ces divers registres, sans jamais paraitre décalé. Ils se permettent même de faire sortir notre fameux zombi de sa léthargie marécageuse pour lui faire voir du pays. Ainsi, on trouvera quelques influences asiatiques, entre autre pendant un « Little China » vraiment convainquant ou une « Zombie Geisha » plus dispensable. On trouve aussi quelques pistes bien tubesques, parfaites pour faire découvrir le groupe, comme « Rocky Rocket » ou « Party of the Dead ». Autres bons moments, « Love Me Like You Hate Me » qui montre le meilleur de l’aspect hip hop du groupe (ça me rappelle un peu certains extraits de la B.O de Slumdog Millionnaire), ou encore la petite balade « Paralyse City » bien américaine dans l’âme, qui met un peu plus en valeur une des voix féminine. Info à part, si vous voulez entendre davantage Bérangère, posez une oreille sur le jeune groupe Fanel.

 

Malgré toute son originalité, Rufus peut se montrer un peu plus plat parfois. A ne pas vouloir se prendre au sérieux, ils tombent dans leur piège de temps en temps et placent quelques refrains un peu gnan gnan (« The Operator », « Let the Monster Out ». Ca, plus un certain manque d’immédiateté, de percutant sur la seconde moitié du disque peut compliquer les premières écoutes. Ca serait pourtant dommage d’en rester là, car plein de mélodies ne demandent qu’à être retenues, soutenus par beaucoup de passages originaux et bien menés.

 

Voilà un autre cross over français qui fait plaisir à entendre, mené par un Ju remarquablement polyvalent, qui ne poussera qu’une ou deux gueulante pour le principe. Sous leurs airs second degré, cette petite formation propose un second album qui tient quand même vachement bien la route et qui trouve des équilibres osés entre des éléments improbables. En gros, ça à l’air crétin mais c’est fait avec grand sérieux. Du coup même si l’album n’est pas parfait il mérite d’être connu plus largement que ça. Ca n’a rien d’un simple side project rigollot de Psykup ou Manimal, rien.

 

Image de prévisualisation YouTube

Wintersun – Time I

Time I

Album sorti en 2012.

Encore une formation du grand nord, comme son nom peut le laisser supposer. Wintersun est un groupe finlandais mené par Jari Mäenpää (ne me demande pas comment ça se prononce). Pour l’aspect historique, le bonhomme avait au préalable participé à l’essor du groupe Ensiferum, qui est toujours bien vivant aujourd’hui, avant de quitter le navire et de créer Wintersun en 2004. Seul maitre à bord et désireux de conjuguer ses origines metaleuses nordiques à quelque chose de plus technique et américain, le groupe a sorti la même année son premier album, qui portait sobrement le nom du groupe. Ce fut un joli carton dans le petit milieu du mélo death, qui a propulsé directement Wintersun au rang de ceux qu’il faudrait surveiller de très près pour la suite. Et la suite fut, disons, légèrement plus compliquée que prévu. L’album Time, initialement annoncé pour 2006, fut repoussé, encore repoussé, subit des soucis techniques et autres nébuleux problèmes à répétitions. Tant et si bien qu’au début des années 2010, le groupe n’étant toujours pas oublié du public, Time n’avait plus qu’un seul qualificatif, arlésienne. Et il faut croire que le terme n’a pas fini de coller à la peau de ce projet, car finalement, après avoir remué ciel et terre pour avoir les moyens d’arriver à son but, le groupe ne peux présenter que ce Time I en 2012, supposé n’être que la première partie d’un diptyque dont la seconde moitié reste à l’heure actuelle très hypothétique. Comme quoi, le nom du projet était bien choisi. Rien que 8 ans de gestation pour une première moitié d’album. Autant dire qu’on attend un certain résultat.

C’est sûr, Jari y a mis les moyens. Il voulait donner une dimension symphonique et asiatique à sa musique, et le résultat y est. L’intro est finement travaillée, sans la moindre touche de metal, à la fois dépaysante et enjouée. Un vrai bon accueil dans le nouvel univers de Wintersun. Pourtant quand guitares et batteries débarquent, on replonge directement dans le death mélo très reconnaissable du groupe. Plus accompagnée, plus épique, c’est certain. La complexité de la construction est toujours aussi présente. Cette formidable « Sons of Winter and Stars » possède plusieurs phases, très bien imbriquées entre elles, qui parvient à mêler vitesse jouissive, agressivité death et phases plus chantés et lumineuses. Le chant death de Jari est toujours Nikel, et on découvre ses progrès en chant clair. Malgré ses efforts louables, pour moi il garde souvent un aspect viking bourru un peu clichesque, au regard de la prétention musicale en arrière-plan.

C’est bien là la force et la faiblesse de Time I, la prétention. Jaris a voulu péter plus haut que son cul, et n’y parvient que partiellement. Les compositions sont classieuses, fourmillent de détails et d’arrangements qui font exploser vos écouteurs, et savent alterner technicité et mélodies plus aériennes. En ça, l’album sait sortir du lot sans problème, et cela suffira déjà pour que les amateurs aient à s’y intéresser. Par contre, peut-on vraiment parler d’album d’un point de vue quantitatif ? Seulement 3 véritables morceaux, avec parfois intro et outro, pour une quarantaine de minutes au total. Sans être scandaleux, c’est un peu limité et laisse un goût d’inachevé. Mais surtout, le groupe a payé cher son retard en matière d’originalité. Entre 2006 et 2012, nombreux sont ceux qui se sont engouffrés dans le filon du metal a tendance orchestrale, et certains ont eu le temps de pondre des incontournables dans leur catégorie (en vrac Nightwish, Epica, Dimu Borgir, Septicflesh etc.). Du coup Wintersun donne l’impression d’arriver après la bataille et souffre de la comparaison, surtout pour ce qui est de la façon d’arranger tous ces ingrédients.

Sans être un pétard mouillé, Time I rate le statut d’incontournable et restera donc confiné chez les amateurs du genre. Il garde au moins celui d’album original, qui aura su proposer quelque chose d’autre que les formules maintes et maintes fois utilisées dans le death mélodique, y ajoutant des structures plus osées, et des couleurs orchestrales exotiques en plus d’être épiques. Jaris y a mis tout son cœur, ça on n’en doute pas, tant cela se ressent et se communique. Un bon moment, qui nous fait espérer un Time II, et c’est quand même le principal.

12345



blog.00 |
Les Pautes |
R_HD |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Djmissedq
| Choralechatel
| Ssupergoma