Archive mensuelle de août 2014

Wintersun – Time I

Time I

Album sorti en 2012.

Encore une formation du grand nord, comme son nom peut le laisser supposer. Wintersun est un groupe finlandais mené par Jari Mäenpää (ne me demande pas comment ça se prononce). Pour l’aspect historique, le bonhomme avait au préalable participé à l’essor du groupe Ensiferum, qui est toujours bien vivant aujourd’hui, avant de quitter le navire et de créer Wintersun en 2004. Seul maitre à bord et désireux de conjuguer ses origines metaleuses nordiques à quelque chose de plus technique et américain, le groupe a sorti la même année son premier album, qui portait sobrement le nom du groupe. Ce fut un joli carton dans le petit milieu du mélo death, qui a propulsé directement Wintersun au rang de ceux qu’il faudrait surveiller de très près pour la suite. Et la suite fut, disons, légèrement plus compliquée que prévu. L’album Time, initialement annoncé pour 2006, fut repoussé, encore repoussé, subit des soucis techniques et autres nébuleux problèmes à répétitions. Tant et si bien qu’au début des années 2010, le groupe n’étant toujours pas oublié du public, Time n’avait plus qu’un seul qualificatif, arlésienne. Et il faut croire que le terme n’a pas fini de coller à la peau de ce projet, car finalement, après avoir remué ciel et terre pour avoir les moyens d’arriver à son but, le groupe ne peux présenter que ce Time I en 2012, supposé n’être que la première partie d’un diptyque dont la seconde moitié reste à l’heure actuelle très hypothétique. Comme quoi, le nom du projet était bien choisi. Rien que 8 ans de gestation pour une première moitié d’album. Autant dire qu’on attend un certain résultat.

C’est sûr, Jari y a mis les moyens. Il voulait donner une dimension symphonique et asiatique à sa musique, et le résultat y est. L’intro est finement travaillée, sans la moindre touche de metal, à la fois dépaysante et enjouée. Un vrai bon accueil dans le nouvel univers de Wintersun. Pourtant quand guitares et batteries débarquent, on replonge directement dans le death mélo très reconnaissable du groupe. Plus accompagnée, plus épique, c’est certain. La complexité de la construction est toujours aussi présente. Cette formidable « Sons of Winter and Stars » possède plusieurs phases, très bien imbriquées entre elles, qui parvient à mêler vitesse jouissive, agressivité death et phases plus chantés et lumineuses. Le chant death de Jari est toujours Nikel, et on découvre ses progrès en chant clair. Malgré ses efforts louables, pour moi il garde souvent un aspect viking bourru un peu clichesque, au regard de la prétention musicale en arrière-plan.

C’est bien là la force et la faiblesse de Time I, la prétention. Jaris a voulu péter plus haut que son cul, et n’y parvient que partiellement. Les compositions sont classieuses, fourmillent de détails et d’arrangements qui font exploser vos écouteurs, et savent alterner technicité et mélodies plus aériennes. En ça, l’album sait sortir du lot sans problème, et cela suffira déjà pour que les amateurs aient à s’y intéresser. Par contre, peut-on vraiment parler d’album d’un point de vue quantitatif ? Seulement 3 véritables morceaux, avec parfois intro et outro, pour une quarantaine de minutes au total. Sans être scandaleux, c’est un peu limité et laisse un goût d’inachevé. Mais surtout, le groupe a payé cher son retard en matière d’originalité. Entre 2006 et 2012, nombreux sont ceux qui se sont engouffrés dans le filon du metal a tendance orchestrale, et certains ont eu le temps de pondre des incontournables dans leur catégorie (en vrac Nightwish, Epica, Dimu Borgir, Septicflesh etc.). Du coup Wintersun donne l’impression d’arriver après la bataille et souffre de la comparaison, surtout pour ce qui est de la façon d’arranger tous ces ingrédients.

Sans être un pétard mouillé, Time I rate le statut d’incontournable et restera donc confiné chez les amateurs du genre. Il garde au moins celui d’album original, qui aura su proposer quelque chose d’autre que les formules maintes et maintes fois utilisées dans le death mélodique, y ajoutant des structures plus osées, et des couleurs orchestrales exotiques en plus d’être épiques. Jaris y a mis tout son cœur, ça on n’en doute pas, tant cela se ressent et se communique. Un bon moment, qui nous fait espérer un Time II, et c’est quand même le principal.




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