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Archive mensuelle de septembre 2014

Tuomas Holopainen – The Life and Times of Scrooge

The Life and Times of Scrooge

Album sorti en 2014.
Chronique également publiée sur Culturemania

Pour le leader de Nightwish, le succès est une chance d’ouvrir de nouvelles portes. Il le montre régulièrement avec son groupe. Les moyens croissants mis à sa disposition sont des opportunités de réaliser des rêves, de tenter des choses différentes. Imaginaerum fut un album fort, qui, qu’on l’ait apprécié ou pas, à déjà laissé son emprunte dans le paysage rock symphonique. Le film qui en fut tiré était lui aussi un pari assez fou du compositeur finlandais, mais cette fois le franc succès n’a pas été au rendez-vous. Pas découragé pour autant, Tuomas Holopainen décide de continuer sur sa lancée pour réaliser un autre vieux rêve, toujours à cheval entre incongruité et mégalomanie. Cette fois, il se défet temporairement de son groupe, à l’exception de Troy Donockley, et s’entoure essentiellement de l’orchestre philarmonique de Londres, pour composer une bande originale à La Jeunesse de Picsou, une série de Comics qui a rendue célèbre l’auteur Don Rosa. Oui, ça fait beaucoup de bizarrerie d’un coup. Une bande originale de livre, écrite par le leader d’un groupe connu, sans son groupe. Au moins, on ne sera pas surpris de trouver le résultat particulier, inclassable. Ou du moins, inclassable si on le considère intrinsèquement. Car, j’ai bien du mal à considérer cet étrange objet musical comme complètement indépendant. Pour moi, il est indissociable d’Imaginaerum, et de l’histoire de Nightwish, même si il en est une parenthèse. J’ai du mal à le voir comme autre chose que la conclusion logique de la période symphonique de Tuomas. Les déclarations de celui-ci sur le futur de Nightwish vont dans ce sens. Mais ok, stop, pas de dissertation de fan, essayons de considérer l’album en lui-même, mais vous verrez que sa parenté ne fait pas que transparaitre, elle crève les yeux (oui d’accord, les oreilles).

Si vous avez des atomes crochus avec les livre dont s’inspire ce disque, vous apprécierez que les titres suivent chronologiquement les aventures du jeune Picsou, ou que Don Rosa ait adoubé le projet en dessinant la pochette, qui a été en suite peinte par l’artiste qui suit habituellement Nightwish. Si, au contraire, vous n’êtes même pas fichu d’accoler un pêcher capital au nom de Picsou, pas d’inquiétude, votre plaisir ne sera pas gâché. Au pire, vous n’apprécierez pas à leur juste valeur les quelques textes parlés ou chantés. Le plus important reste la musique, d’où qu’elle soit inspirée.
Le résultat est d’abord déroutant puisqu’on ne sait pas trop où classer ce qu’on entend. Ca n’est pas du classique contemporain, ça n’est pas de la pop atmosphérique, c’est un peu tout ça à la fois. C’est donc de la musique orchestrale, parfois uniquement instrumentale, accompagnée d’un clavier omniprésent, d’instruments celtiques, de plusieurs chanteur(euse)s et d’autres ajouts ponctuels. Les structures des morceaux ne nous aident pas davantage à qualifier tout ça. On trouve aussi bien de vraies pistes de bande originale que des structures pop en couplet/refrain. Au diable les étiquettes, on n’y arrivera pas. Peu importe, la musique, c’est une histoire de ressenti avant tout.

La patte de Tuomas est partout, dans les orchestrations comme, bien entendu, dans le jeu de clavier. Le résultat est très cinématographique, et on ne sera pas surpris de penser aux références habituelles, Howard Shores, Ennio Morricone, l’univers Disney ou encore dans une moindre mesure, Mike Holdfield. D’un point de vue sonore, c’est juste un régal. Voilà qui devrait flatter votre casque ou votre couteux matériel de salon. La musique est riche sans être véritablement complexe, ce qui permet de se laisser embarquer facilement et de profiter de la profondeur de l’ensemble. Histoire de relativiser, on admettra que Tuomas ne tente jamais de compositions trop fines ou savantes, et reste dans du symphonique assez direct, hollywoodien si on veut, facile d’accès. Ca n’est pas forcément un mal après tout.
Dès le morceau d’ouverture, le dépaysement est complet. Wellcome in Irland. L’impression de voyage va se prolonger sur la première moitié de l’album. On va faire un petit tour au far ouest avec ce qu’il faut de banjo et d’harmonica, puis nous retrouver en Australie avec des didgeridoos qui tissent un fond plus sombre à un morceau surprenant, en forme de crescendo parcouru de percutions presque industrielles par leur côté répétitifs. Ailleurs, les couleurs prédominantes restent plutôt nordiques et celtiques (et oui, à l’image du Nightwish actuel).

Sur la seconde moitié, Tuomas laisse plus de place à ses invités chanteurs, via notamment 3 chansons plus traditionnelles dans leur structure, où on retrouve Johanna Kurkela ou Tony Kakko (de Sonata Arctica). Les invités sont juste parfaits dans leurs rôles, et font de ces 3 titres 3 singles potentiels, sans problèmes. Pour ceux qui doutaient encore du talent de composition de Tuomas ou du chant de Tony Kakko hors metal, voilà qui devrait clore le débat. « A Life Time of Adventure », Le premier titre extrait de l’album, est de loin le plus pop, avec même un solo de guitare très Holdfield dans l’esprit, je trouve. Une autre voix masculine fait son apparition sur le final, sur une simple guitare sèche dans un premier temps, avant de retomber sur des orchestrations mêlées de flutes plus représentatives du reste. C’est la piste qui m’emballe le moins, surtout en raison du chant grave et un peu imprécis, mais c’est bien parce qu’il faut trouver quelque chose à redire. Pour finir, les plus amateurs pourront opter pour une édition limité comprenant un second disque avec les versions orchestrales (ce qui fait quand même quelques doublons). Pour moi, cette édition vaut surtout pour son packaging franchement classieux. Pour le reste, c’est vous qui voyez !

Ce type est mégalo, ça c’est certain. Il aimerait probablement qu’on le qualifie maintenant de compositeur classique moderne, mais on n’ira peut-être pas jusque-là. Ca n’empêchera pas ce concept album d’être un morceau de bravoure original, qui mériterait un peu plus que de se cantonner au public metal (puisqu’il n’en comporte pas un gramme). C’est un OVNI, à cheval entre plusieurs univers musicaux, qui réussit à ne pas faire tâche dans la discographie de son auteur. Pour moi, c’est une très belle parenthèse à Nightwish.

Zebda – Comme des Cherokees

Comme_Des_Cherokees

Album sorti en 2014.
Chronique également publiée sur Spirit of Rock

Zebda, je ne sais pas pour vous, mais moi, ça m’évoque toujours des trucs. En vrac, une fête de famille avec un inattendu pêtage de câble à base de « Tomber la Chemise », une fille dans le bus du collège avec son baladeur cassette sur les oreilles, qui chante un peu trop fort les seuls mots « motivés motivés »… Oui bon, on s’en fout de ma vie, ok. Tout ça pour dire que j’étais jeune à la grande époque de Zebda, mais que l’album Essence Ordinaire a tourné en boucle un moment. Donc, j’étais assez heureux de les retrouver enfin en 2012, avec un Second Tour pas révolutionnaire en soi, mais qui faisait au moins oublier définitivement le lointain et décevant Utopie d’Occase. Ce fut également l’occasion de découvrir (ou redécouvrir) l’énergie scénique de ces toulousains là. Même si dans un premier temps, Second Tour n’était sensé n’être qu’un retour sans lendemain, le groupe a manifestement pris plaisir à retrouver la scène, et l’inspiration ne s’est pas tarie. C’est ainsi qu’on se retrouve avec ce nouvel album en 2014.

Le feu de l’action, le retour réussit du groupe question concert doit avoir fait son effet, car la nouvelle livraison de morceaux est clairement plus énergique, plus directe que la précédente. Seulement 10 pistes, et chacune entre 3 et 4 minutes avec une structure tout à fait standard. Autant dire qu’on ne va pas y passer la soirée. Heureusement, il n’y a aucun espèce de remplissage, pas 10 secondes de perdues, pas de pause. Le mix est plus dynamique que jamais il me semble, ce qui appuie davantage l’aspect funk, ou rock de temps en temps, selon le cas. Et oui, parce que Zebda reste cet espèce de fusion difficilement qualifiable, mais à l’identité sonore reconnaissable dans les 5 secondes.

La musique, quoique pas franchement moderne, fait plaisir à entendre de par son énergie funky communicative. Pour du studio, on sentirait presque les musiciens s’éclater par moment, comme sur ce surprenant (pour du Zebda) solo de clavier à la fin de « Les Petits Pas ». Autre petite surprise, « Essais » qui superpose à une musique plutôt orienté rock des couplets très rap, voir presque scandé. Il y avait aussi une petite tentative comparable sur Second Tour, mais on préfèrera nettement celle-ci, encore une fois pour son énergie ! On notera également des cuivres festifs assez présents sur les deux premiers titres, pour un rendu pas très à mon goût. Disons que ça fait assez générique télé, voir Patric Sébastien (ok, pas quand même). Kitchos quoi, mais c’est une question de goût. Le reste sonne comme du Zebda en bonne forme. Les influences orientales reviennent enfin sur « Les Chibanis », proche du si fameux Essence Ordinaire. Citons enfin le final dans un style rock festif qui met la banane, et à l’inverse, « Le Panneau », le seul tempo plus lent, avec même quelques lignes de piano en intro, derrière le chant de Mouss.

Le chant et les textes, parlons-en. On sent les frères Amokrane et Magyd Cherfi retrouver leurs plaines aises, presque rajeunir. Ce ne sont pas de grands vocalistes, ça, peut être, mais ils sont pour beaucoup dans l’identité sonore du groupe, et leur espèce de flow ou le chœur des 3 lors des refrains font toujours mouche. Question texte, Zebda ne serait pas Zebda sans engagement, bien sûr. On les a connu nettement plus démonstratifs, mais leurs thèmes chers restent présents. « Les Chibanis » se veut un peu plus précise, en abordant un statut particulier que se trainent les anciens ouvriers immigrés, aujourd’hui à la retraite. On trouve aussi des choses un peu plus légères, comme « l’Accent Tué », chanson ultra efficace sur l’accent du sud-ouest, avec d’évidents Clain d’œil à Nougaro. La plume retrouve de l’assurance, perdant un peu en entièreté et en émotion ce qu’elle gagne en accroche.

Comme des Cherokees est un album qui fut vite mis en boite, qui s’écoute vite et facilement. On espère qu’il ne s’oubliera pas aussi vite. Il montre Zebda sous un jour nettement plus funk/rock, et devrait être redoutable sur scène. Il n’égale toujours pas certains illustres anciens albums du groupe, mais il s’en rapproche plus que jamais, tout en affirmant une certaine petite évolution qui annonce une deuxième vie très honnête pour Zebda. Peut-être l’occasion pour les retardataires de s’y mettre. Vous devriez le trouver facilement dans la voiture des anciens amateurs du groupe, il va y tourner un certain temps.

Rufus Bellefleur – Temples, Idols and Broken Bones

Temples, Idols and Broken Bones

Album sorti en 2014.
Chronique également publiée sur Culturemania

 

Bon, par où je commence moi ? Rufus Bellefleur, c’est un zombi qui habite un marécage dégueulace en Louisiane, et qui s’exprime à travers un mélange de rap, de country et de rock. Oui, ça va peut-être un peu vite… On va reprendre tranquillement au départ. En fait, le groupe est toulousain. Oui je sais, je sais, j’ai parlé de Louisiane, mais bon, si vous ne m’écoutez pas jusqu’au bout on ne va pas s’en sortir hein… Déjà que c’est pas simple… Donc, Rufus Bellefleur est un groupe toulousain emmené par Julien « Ju » Cassarino. Ce nom n’est pas inconnu de ceux qui suivent un peu le metal français, puisqu’il faisait notamment parti de Psykup et de Manimal, deux formations qui ont su se faire remarquer grâce à une originalité certaine. On trouve à ses côté un autre multi instrumentiste, appelé Yuz. Le concept de cette nouvelle entité musicale est donc celui, aussi barge soit-il, que j’ai énoncé plus haut. A savoir, faire une espèce de hip hop avec des banjos et des harmonicas, tout en gardant un certain feeling rock. Et pour incarner ce gloubiboulga, ils ont créé ce personnage de zombi louisianais qui a le mouve. Avec ça, les bougres avaient déjà sorti un premier album, suivi d’un EP de reprise. On tient donc là le deuxième jet long format. Ca y est, vous y êtes ? Sûr hein ?

 

Précisons que je ne suis vraiment pas amateur de banjo et autres machins du bayou, ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier le disque. On se demande d’ailleurs de quoi il faut être amateur pour avoir les bons prérequis à un truc pareil. C’est certainement une grande force de cette fusion, beaucoup y trouveront quelque chose qu’ils connaissent, tout en étant dépaysé par le reste. Autant le premier essai pouvait avoir le côté fouillis qu’on imagine vu le concept, autant celui-ci arrive à se créer une certaine identité stylistique d’un bout à l’autre. Ca s’appelle le talent j’ai envie de dire… Et tant qu’on y est, malgré le curriculum du leader et l’imagerie utilisée, il n’est quasiment pas question de metal sur ce disque (ça faisait longtemps hein ?).

 

La découverte est toujours un peu surprenante. Heureusement, avant tout, la qualité de la production est là pour nous aider à entrer dans le délire. Le rendu est juste classieux, plein de détails, d’effets, de variations d’un morceau à l’autre. La percu par exemple, peut allègrement passer du plus synthétique au plus organique. De ce côté-là le groupe est déjà au top, avec rien à envier à personne. Comme quoi, même en France, ça n’est pas qu’une question de moyens engendrés par la médiatisation.

Concrètement, on alterne entre flow hip hop et phases chantés, soutenues par des chœurs féminins volontairement bien kitch et des instrus assez diverses et classieuses comme on l’a dit. Finalement, le côté Amérique profonde ne se traduit que par l’utilisation de certains instruments, voir quelques accords et effets qui sont davantage de l’ordre du Clain d’œil régulier que de la véritable influence. On remarque la facilité avec laquelle Ju joue entre ces divers registres, sans jamais paraitre décalé. Ils se permettent même de faire sortir notre fameux zombi de sa léthargie marécageuse pour lui faire voir du pays. Ainsi, on trouvera quelques influences asiatiques, entre autre pendant un « Little China » vraiment convainquant ou une « Zombie Geisha » plus dispensable. On trouve aussi quelques pistes bien tubesques, parfaites pour faire découvrir le groupe, comme « Rocky Rocket » ou « Party of the Dead ». Autres bons moments, « Love Me Like You Hate Me » qui montre le meilleur de l’aspect hip hop du groupe (ça me rappelle un peu certains extraits de la B.O de Slumdog Millionnaire), ou encore la petite balade « Paralyse City » bien américaine dans l’âme, qui met un peu plus en valeur une des voix féminine. Info à part, si vous voulez entendre davantage Bérangère, posez une oreille sur le jeune groupe Fanel.

 

Malgré toute son originalité, Rufus peut se montrer un peu plus plat parfois. A ne pas vouloir se prendre au sérieux, ils tombent dans leur piège de temps en temps et placent quelques refrains un peu gnan gnan (« The Operator », « Let the Monster Out ». Ca, plus un certain manque d’immédiateté, de percutant sur la seconde moitié du disque peut compliquer les premières écoutes. Ca serait pourtant dommage d’en rester là, car plein de mélodies ne demandent qu’à être retenues, soutenus par beaucoup de passages originaux et bien menés.

 

Voilà un autre cross over français qui fait plaisir à entendre, mené par un Ju remarquablement polyvalent, qui ne poussera qu’une ou deux gueulante pour le principe. Sous leurs airs second degré, cette petite formation propose un second album qui tient quand même vachement bien la route et qui trouve des équilibres osés entre des éléments improbables. En gros, ça à l’air crétin mais c’est fait avec grand sérieux. Du coup même si l’album n’est pas parfait il mérite d’être connu plus largement que ça. Ca n’a rien d’un simple side project rigollot de Psykup ou Manimal, rien.

 

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