Rufus Bellefleur – Temples, Idols and Broken Bones

Temples, Idols and Broken Bones

Album sorti en 2014.
Chronique également publiée sur Culturemania

 

Bon, par où je commence moi ? Rufus Bellefleur, c’est un zombi qui habite un marécage dégueulace en Louisiane, et qui s’exprime à travers un mélange de rap, de country et de rock. Oui, ça va peut-être un peu vite… On va reprendre tranquillement au départ. En fait, le groupe est toulousain. Oui je sais, je sais, j’ai parlé de Louisiane, mais bon, si vous ne m’écoutez pas jusqu’au bout on ne va pas s’en sortir hein… Déjà que c’est pas simple… Donc, Rufus Bellefleur est un groupe toulousain emmené par Julien « Ju » Cassarino. Ce nom n’est pas inconnu de ceux qui suivent un peu le metal français, puisqu’il faisait notamment parti de Psykup et de Manimal, deux formations qui ont su se faire remarquer grâce à une originalité certaine. On trouve à ses côté un autre multi instrumentiste, appelé Yuz. Le concept de cette nouvelle entité musicale est donc celui, aussi barge soit-il, que j’ai énoncé plus haut. A savoir, faire une espèce de hip hop avec des banjos et des harmonicas, tout en gardant un certain feeling rock. Et pour incarner ce gloubiboulga, ils ont créé ce personnage de zombi louisianais qui a le mouve. Avec ça, les bougres avaient déjà sorti un premier album, suivi d’un EP de reprise. On tient donc là le deuxième jet long format. Ca y est, vous y êtes ? Sûr hein ?

 

Précisons que je ne suis vraiment pas amateur de banjo et autres machins du bayou, ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier le disque. On se demande d’ailleurs de quoi il faut être amateur pour avoir les bons prérequis à un truc pareil. C’est certainement une grande force de cette fusion, beaucoup y trouveront quelque chose qu’ils connaissent, tout en étant dépaysé par le reste. Autant le premier essai pouvait avoir le côté fouillis qu’on imagine vu le concept, autant celui-ci arrive à se créer une certaine identité stylistique d’un bout à l’autre. Ca s’appelle le talent j’ai envie de dire… Et tant qu’on y est, malgré le curriculum du leader et l’imagerie utilisée, il n’est quasiment pas question de metal sur ce disque (ça faisait longtemps hein ?).

 

La découverte est toujours un peu surprenante. Heureusement, avant tout, la qualité de la production est là pour nous aider à entrer dans le délire. Le rendu est juste classieux, plein de détails, d’effets, de variations d’un morceau à l’autre. La percu par exemple, peut allègrement passer du plus synthétique au plus organique. De ce côté-là le groupe est déjà au top, avec rien à envier à personne. Comme quoi, même en France, ça n’est pas qu’une question de moyens engendrés par la médiatisation.

Concrètement, on alterne entre flow hip hop et phases chantés, soutenues par des chœurs féminins volontairement bien kitch et des instrus assez diverses et classieuses comme on l’a dit. Finalement, le côté Amérique profonde ne se traduit que par l’utilisation de certains instruments, voir quelques accords et effets qui sont davantage de l’ordre du Clain d’œil régulier que de la véritable influence. On remarque la facilité avec laquelle Ju joue entre ces divers registres, sans jamais paraitre décalé. Ils se permettent même de faire sortir notre fameux zombi de sa léthargie marécageuse pour lui faire voir du pays. Ainsi, on trouvera quelques influences asiatiques, entre autre pendant un « Little China » vraiment convainquant ou une « Zombie Geisha » plus dispensable. On trouve aussi quelques pistes bien tubesques, parfaites pour faire découvrir le groupe, comme « Rocky Rocket » ou « Party of the Dead ». Autres bons moments, « Love Me Like You Hate Me » qui montre le meilleur de l’aspect hip hop du groupe (ça me rappelle un peu certains extraits de la B.O de Slumdog Millionnaire), ou encore la petite balade « Paralyse City » bien américaine dans l’âme, qui met un peu plus en valeur une des voix féminine. Info à part, si vous voulez entendre davantage Bérangère, posez une oreille sur le jeune groupe Fanel.

 

Malgré toute son originalité, Rufus peut se montrer un peu plus plat parfois. A ne pas vouloir se prendre au sérieux, ils tombent dans leur piège de temps en temps et placent quelques refrains un peu gnan gnan (« The Operator », « Let the Monster Out ». Ca, plus un certain manque d’immédiateté, de percutant sur la seconde moitié du disque peut compliquer les premières écoutes. Ca serait pourtant dommage d’en rester là, car plein de mélodies ne demandent qu’à être retenues, soutenus par beaucoup de passages originaux et bien menés.

 

Voilà un autre cross over français qui fait plaisir à entendre, mené par un Ju remarquablement polyvalent, qui ne poussera qu’une ou deux gueulante pour le principe. Sous leurs airs second degré, cette petite formation propose un second album qui tient quand même vachement bien la route et qui trouve des équilibres osés entre des éléments improbables. En gros, ça à l’air crétin mais c’est fait avec grand sérieux. Du coup même si l’album n’est pas parfait il mérite d’être connu plus largement que ça. Ca n’a rien d’un simple side project rigollot de Psykup ou Manimal, rien.

 

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