Tuomas Holopainen – The Life and Times of Scrooge

The Life and Times of Scrooge

Album sorti en 2014.
Chronique également publiée sur Culturemania

Pour le leader de Nightwish, le succès est une chance d’ouvrir de nouvelles portes. Il le montre régulièrement avec son groupe. Les moyens croissants mis à sa disposition sont des opportunités de réaliser des rêves, de tenter des choses différentes. Imaginaerum fut un album fort, qui, qu’on l’ait apprécié ou pas, à déjà laissé son emprunte dans le paysage rock symphonique. Le film qui en fut tiré était lui aussi un pari assez fou du compositeur finlandais, mais cette fois le franc succès n’a pas été au rendez-vous. Pas découragé pour autant, Tuomas Holopainen décide de continuer sur sa lancée pour réaliser un autre vieux rêve, toujours à cheval entre incongruité et mégalomanie. Cette fois, il se défet temporairement de son groupe, à l’exception de Troy Donockley, et s’entoure essentiellement de l’orchestre philarmonique de Londres, pour composer une bande originale à La Jeunesse de Picsou, une série de Comics qui a rendue célèbre l’auteur Don Rosa. Oui, ça fait beaucoup de bizarrerie d’un coup. Une bande originale de livre, écrite par le leader d’un groupe connu, sans son groupe. Au moins, on ne sera pas surpris de trouver le résultat particulier, inclassable. Ou du moins, inclassable si on le considère intrinsèquement. Car, j’ai bien du mal à considérer cet étrange objet musical comme complètement indépendant. Pour moi, il est indissociable d’Imaginaerum, et de l’histoire de Nightwish, même si il en est une parenthèse. J’ai du mal à le voir comme autre chose que la conclusion logique de la période symphonique de Tuomas. Les déclarations de celui-ci sur le futur de Nightwish vont dans ce sens. Mais ok, stop, pas de dissertation de fan, essayons de considérer l’album en lui-même, mais vous verrez que sa parenté ne fait pas que transparaitre, elle crève les yeux (oui d’accord, les oreilles).

Si vous avez des atomes crochus avec les livre dont s’inspire ce disque, vous apprécierez que les titres suivent chronologiquement les aventures du jeune Picsou, ou que Don Rosa ait adoubé le projet en dessinant la pochette, qui a été en suite peinte par l’artiste qui suit habituellement Nightwish. Si, au contraire, vous n’êtes même pas fichu d’accoler un pêcher capital au nom de Picsou, pas d’inquiétude, votre plaisir ne sera pas gâché. Au pire, vous n’apprécierez pas à leur juste valeur les quelques textes parlés ou chantés. Le plus important reste la musique, d’où qu’elle soit inspirée.
Le résultat est d’abord déroutant puisqu’on ne sait pas trop où classer ce qu’on entend. Ca n’est pas du classique contemporain, ça n’est pas de la pop atmosphérique, c’est un peu tout ça à la fois. C’est donc de la musique orchestrale, parfois uniquement instrumentale, accompagnée d’un clavier omniprésent, d’instruments celtiques, de plusieurs chanteur(euse)s et d’autres ajouts ponctuels. Les structures des morceaux ne nous aident pas davantage à qualifier tout ça. On trouve aussi bien de vraies pistes de bande originale que des structures pop en couplet/refrain. Au diable les étiquettes, on n’y arrivera pas. Peu importe, la musique, c’est une histoire de ressenti avant tout.

La patte de Tuomas est partout, dans les orchestrations comme, bien entendu, dans le jeu de clavier. Le résultat est très cinématographique, et on ne sera pas surpris de penser aux références habituelles, Howard Shores, Ennio Morricone, l’univers Disney ou encore dans une moindre mesure, Mike Holdfield. D’un point de vue sonore, c’est juste un régal. Voilà qui devrait flatter votre casque ou votre couteux matériel de salon. La musique est riche sans être véritablement complexe, ce qui permet de se laisser embarquer facilement et de profiter de la profondeur de l’ensemble. Histoire de relativiser, on admettra que Tuomas ne tente jamais de compositions trop fines ou savantes, et reste dans du symphonique assez direct, hollywoodien si on veut, facile d’accès. Ca n’est pas forcément un mal après tout.
Dès le morceau d’ouverture, le dépaysement est complet. Wellcome in Irland. L’impression de voyage va se prolonger sur la première moitié de l’album. On va faire un petit tour au far ouest avec ce qu’il faut de banjo et d’harmonica, puis nous retrouver en Australie avec des didgeridoos qui tissent un fond plus sombre à un morceau surprenant, en forme de crescendo parcouru de percutions presque industrielles par leur côté répétitifs. Ailleurs, les couleurs prédominantes restent plutôt nordiques et celtiques (et oui, à l’image du Nightwish actuel).

Sur la seconde moitié, Tuomas laisse plus de place à ses invités chanteurs, via notamment 3 chansons plus traditionnelles dans leur structure, où on retrouve Johanna Kurkela ou Tony Kakko (de Sonata Arctica). Les invités sont juste parfaits dans leurs rôles, et font de ces 3 titres 3 singles potentiels, sans problèmes. Pour ceux qui doutaient encore du talent de composition de Tuomas ou du chant de Tony Kakko hors metal, voilà qui devrait clore le débat. « A Life Time of Adventure », Le premier titre extrait de l’album, est de loin le plus pop, avec même un solo de guitare très Holdfield dans l’esprit, je trouve. Une autre voix masculine fait son apparition sur le final, sur une simple guitare sèche dans un premier temps, avant de retomber sur des orchestrations mêlées de flutes plus représentatives du reste. C’est la piste qui m’emballe le moins, surtout en raison du chant grave et un peu imprécis, mais c’est bien parce qu’il faut trouver quelque chose à redire. Pour finir, les plus amateurs pourront opter pour une édition limité comprenant un second disque avec les versions orchestrales (ce qui fait quand même quelques doublons). Pour moi, cette édition vaut surtout pour son packaging franchement classieux. Pour le reste, c’est vous qui voyez !

Ce type est mégalo, ça c’est certain. Il aimerait probablement qu’on le qualifie maintenant de compositeur classique moderne, mais on n’ira peut-être pas jusque-là. Ca n’empêchera pas ce concept album d’être un morceau de bravoure original, qui mériterait un peu plus que de se cantonner au public metal (puisqu’il n’en comporte pas un gramme). C’est un OVNI, à cheval entre plusieurs univers musicaux, qui réussit à ne pas faire tâche dans la discographie de son auteur. Pour moi, c’est une très belle parenthèse à Nightwish.

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