Archive pour la Catégorie 'Chronique d’album'

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The Gathering – Afterwords

Afterwords

Album sorti en 2013.
Chronique également visible ici.

L’année dernière, The Gathering sortait Disclosure, leur dixième album. Discrètement, sans tapage médiatique, loin, on pourrait croire, des années 90 où leur nom s’était installé au rang de ceux qui ont comptés pour la musique metal. Pourtant, loin du profil de groupe moribond qui n’en finit plus de décroître, les confrères ont suivi depuis longtemps une route très personnelle, libre de contraintes stylistiques et se moquant des barrières entre les genres. Leur musique est devenu moins grandiloquente, plus intimiste, mais non moins travaillée et innovante. Disclosure continuait avec assurance ce chemin, qui s’éloignait toujours plus de ces origines sans jamais vendre son âme. Et manifestement, le groupe avait besoin de s’arrêter un peu sur cette réussite, puisqu’ils nous proposent aujourd’hui Afterwords, essentiellement composés de « remakes » de Disclosure et de quelques nouveautés. On se gardera bien de qualifier cet objet de nouvel album, et on lui réservera une bonne dose de méfiance. Et au final, voici ce qu’on y trouvera.

Décryptons d’abord le menu. Le groupe semble bannir le terme de remix pour celui de « remake », prétextant avoir fait de véritables nouveaux morceaux avec le matériel original. Vous l’appellerez comme vous voudrez, mais concrètement, le groupe a déstructuré les chansons pour recoller les bouts différemment, utilisant beaucoup d’électronique comme liant. Présenté comme ça, ça n’est pas très sexy, mais c’est un peu l’idée que je nomme remix d’habitude, en ce qui me concerne. J’aurais peut-être appelé remake des réenregistrements complets, interprétés différemment. C’est ce qu’ils ont fait avec « Gemini III », et uniquement celle-là. Bref, l’important est de savoir à quoi on a à faire. Et pour finir de casser les mythes de la track list, deux pistes qui semblent être des nouveaux morceaux, s’approchent plutôt d’interludes instrumentaux. Bon, on a dit ce qui est fâcheux, c’est fait, mais on ne va pas tirer de conclusions hâtives pour autant et écouter tout ça de plus prêt.

La confrérie n’est pas née de la dernière pluie, et sais faire du son. De ce côté-là, on ne sera pas déçu, il y a de quoi tendre l’oreille, profiter des hauts et des bas, des petites finesses et des gros sons qui sont toujours là où il le faut. Ceci dit, comme vous l’aurez déjà compris, l’orientation est électronique, cette fois plus que jamais. Les racines metal n’ont jamais été aussi loin. Ca n’empêche pas de retrouver des ingrédients qui ont fait la force de Disclosure, à l’image de cette intro pleine de guitare planante gonflée à la réverbe, et accompagnée de longues notes de cuivre et de vocalises féminines. De l’huile essentielle de Disclosure, que je vous dis.

Il y a quand même un peu de neuf dans Afterwords, à commencer par la chanson qui porte ce titre. On y retrouve, seul au micro, Bart Smits, qui growlait pour le groupe à ses début, avant l’arrivée d’Anneke. Ici, point de growl évidemment, mais un nom qui vient assez rapidement en tête (du moins dans la mienne), Depeche-Mode. Un petit côté Dave Gahan se dégage du chant du bonhomme, avec un certain arrière goût gothique en plus. Cette espèce de new wave trip rock passe plutôt bien et constitue un des bons moment du disque. A côté, « Areas », une reprise d’une chanson des années 80 que je ne connaissais ni d’Adam ni d’Eve. Le fait est que l’air dépayse pour du The Gathering, avec ces petites lignes de claviers et ces espèces de grillons en arrière plan. On aura là les seules véritables nouvelles lignes de chant du disque pour Silje. Là encore le groupe nous embarque dans quelque chose d’inattendu de leur part, avec un ton plus léger.

Question nouveau matos, il n’y a donc pas de quoi y passer des heures, et il va falloir se rabattre sur les remix.
Le groupe nous prend par la main, nous rassure avec des éléments que nous connaissons déjà, (des lignes de chant, des arrangements etc.), et nous emmène dans quelque chose d’ambiant, de reposant, d’atmosphérique. Là, ils arrivent parfois à faire du neuf avec du vieux, à en sortir quelque chose de vraiment inexploré avant. A deux reprises, on trouve une ambiance presque ethnique, tribale, avec des semples de voix joués au clavier. Agréablement intrigant, ces passages me rappellent une B.O d’un vieux jeu d’aventure PC, Lost Eden. Je sais, il y a certainement mieux comme comparaison, mais galèrez à retrouver ça et venez m’en reparler…
Malheureusement, pour quelques trop courts passages innovants, on a beaucoup de creux, de passages utilisant des bouts de leur modèle sans trop savoir quoi en faire. La splendide « Heroes For Ghosts » se retrouve avec le remix le plus vide du disque, la mélodie de cuivre reprise venant attirer enfin notre attention, mélancolique, presque la plainte du fantôme de l’original demandant qu’on laisse sa beauté en paix.

On se doutait bien de l’aspect secondaire de ce disque, et l’écoute le confirme. Oh non, il n’est pas
mauvais, il est même une très bonne occasion de se laisser emmener sur des terrains différents par un groupe qui nous promet de garder nos repères tout en voyageant un peu. Il lui manque juste de la substance, de la force personnelle. L’inévitable comparaison avec son modèle lui sera toujours dommageable, alors que ce sont ces mêmes auditeurs qui s’y intéresseront potentiellement. A vous de voir.

Nightwish – Wishmaster

Wishmaster

Album sorti en 2000.

Pour peux que la bande son de votre vie est une certaine importance pour vous, vous vous êtes probablement déjà demandé quels sont les 5, ou les 10 albums qui vous ont le plus marqués. Personnellement, je sais que je suis incapable de faire des classement comme les émissions de variétoche nous en pondent à la chaine, afin de déterminer qui mérite d’être 6 ou 7ième. Ca n’a pas de sens quand c’est une question de goût. Ceci dit, je pense que chez moi, le Wishmaster de Nightwish peut tranquillement vadrouiller sur le podium. Cet hivers, nous aurons l’occasion de faire le point sur la situation actuelle du groupe via un petit DVD live, « Showtime, Storytime », mais en attendant, flash back de 13 ans en arrière, et focalisation sur un objet précieux.

Avant d’être tenté par un premier superlatif, plantons le décors. Deux ans après Oceanborn, album de la reconnaissance encore loué par beaucoup aujourd’hui, les finlandais se renferment en studio pour enregistrer leur petit troisième. Ils ne le savent pas encore, mais c’est celui qui les emmènera un peu partout dans le monde, et dans leur première tournée européenne en tête d’affiche. Pourtant, en terme de production, Wishmaster ne se la joue pas ambitieux, en comparaison de l’évolution que fut Oceanborn, et aux vus des records de moyens qu’ils ont pu aligner par la suite. Non, Wishmaster n’est à priori qu’un album de power metal enregistré juste par des musiciens dans un studio. Avec relativement peu d’élément, Nightwish donne une vraie leçon de metal moderne. Un peu moins fou, un peu moins théâtral et mystique que son grand frère, tout simplement déjà moins jeune, Wishmaster ancre la personnalité du groupe dans un power metal plus carré,, plus solide. C’est peut-être le moment de leur discographie où leur musique est la plus stable, assurée et clairement qualifiable.

Prenons le premier single qui en fut extrait, « Deep Silent Complete ». C’est une composition simple et immédiate, sans surplus, mais qui fonctionne juste parce que les ingrédients sont fabuleux. La guitare est mélodique, claire et enjouée, la batterie est débridée à souhait mais frappe juste comme il faut, le clavier rajoute une atmosphère magique et n’a pas encore pris de rides 13 ans après. Et bien entendu, Tarja est au micro. Là j’éviterai d’en faire trop, j’ai peur des représailles au moindre mot de travers. Je ne suis pas un amoureux inconditionnel de la chanteuse, je faisait même parti des quelques qui étaient assez convaincu en 2005, lors de son départ, que l’histoire du groupe continuerait quand même. Cependant, sa prestation sur cet album (comme sur d’autre) s’est tout simplement inscrite dans l’Histoire du genre, et est maintenant cité en référence et source d’inspirations.
Au côté de ce morceau, on placera « Come Cover Me » et quelques autres passages, qui montrent que le groupe sait être efficace sans démonstration technique et sans prise de risque particulière. Non loin, il y a (The Kinslayer », une réaction au fameux massacre de Columbine, et l’une des rares pointes de noirceur de l’album, avec sa rythmique syncopé et ses passages de dialogues proches du schéma gothique de la belle et la bête. C’est d’ailleurs à peu près tout ce qu’on trouvera de vaguement gothique ici.

Mais au delà des bases, l’album regorge surtout de pistes de dingue, plus ou moins speed, qui peuvent se montrer franchement techniques mais sans jamais perdre en percutant. Et c’est là que je perds mes mots. On a « She is my Sin », la mise en train fabuleuse, un « Wanderlust » pfff, fabuleux aussi et tellement mélodique et entrainant. « Crownless « est peut être la chanson la plus speed du groupe, et qui aborde ce style avec plus de classicisme mais tellement de maitrise. Et surtout, surtout, « Wishmaster », la chanson qui donne son nom à l’album, qui est pour moi tout simplement une des meilleures chansons de metal toutes catégories confondues, et qui devrait se ranger avec Highway to Hell, Enter Sandman, Fear of the Dark et tout les autres classiques que vous voulez, si la promo du groupe avait été logique et avait mis en avant ce titanesque titre. Pas un fichu clip !

On a aussi des balades, bien entendu, avec d’abord « Two for Tragedi », le seul titre que j’ai tendance à zapper, mais les mordus de Tarja n’en font surement pas autant. LA balade, c’est « Dead Boy’s Poem », également un sacré monument, qui va de la guitare sèche à un final très très épique. Tuomas l’avait composé comme une sorte de testament musical, dédié à son public et à cette période résolument heureuse de son existence. Cette chanson emmène vers le final, « FantasMic », qui ne fait pas référence à ce que tu crois mais à Disney (contraction de Fantasia et de Mickey, avoue que t’es déçu). C’est une des fameuses masterpiece, des chansons longues, à la structure et l’ambition plus complexe que le reste. Ca n’est clairement pas la meilleure Masterpiece de Nightwish, mais quand même un bon pavé divisé en 3 parties qui synthétisent bien l’album.

Je n’ai pas parlé des Soli de guitare, qui peuvent se faire rare aujourd’hui chez Nightwish, des petites apparitions de la flute, du jeu de batterie, mais tout ça le mériterait. Seulement, on ne va pas faire 10 pages, je pense que le message est passé, avec son objectivité relative.
Un dosage parfait, des compositions souvent lumineuses et enjouées, et un groupe dont seule la basse n’est pas au moins au stade du très bon (d’ailleurs Sami Vanska dégagera pour l’album suivant). Histoire de relativiser, même si il m’a marqué au plus haut point, cet album reste du power, avec plusieurs autres adjectifs possibles, mais qui ne sort pas de cette case et qui rencontrera difficilement d’autres publics. Mais dans le genre, c’est juste un incontournable !

Seule vidéo promo officielle disponible, du live d’époque, avec un son discutable en plus…

Orphaned Land – All Is One

All Is One

Album sorti en 2013.

En tête de CV, Orphaned Land peut faire figurer « pères fondateur du metal oriental ». Ca n’est pas abusif, puisqu’ils sont les premiers à, depuis leur Israël natal, avoir proposé au monde entier une forme polymorphe de metal tinté de nombreux éléments de musiques orientales. Oh bien sûr, depuis le début des années 90, le parcours fut long, parsemé de seulement 4 albums jusqu’en 2010, mais avec une courbe de popularité toujours croissante. Le groupe ne s’est pas contenté d’imposer ce mix musical, il s’est aussi fait connaître comme porte parole actif de la situation politique et culturelle de leur coin du monde. Aucun engagement politique direct, aucun réel parti prix revendiqué dans les remous de l’Histoire depuis 20 ans, mais un farouche message de paix entre 3 cultures monothéistes qui ne cessent de prouver leur capacité à se mettre sur la gueule. Et si le message doit passer par le propos religieux, ça n’a notamment pas effrayé Orphaned Land avec un album tel que Mabool (déluge en Hébreu) en 2004. Les tournées se sont succédées, se sont élargies, ont franchies des frontières revendiquées par les 3 cultures, au moyen orient comme en Europe. Là encore, tout ne s’est pas fait sans embuches, mais le constat avant la sortie de ce petit dernier en 2013 est clair. Première tournée européenne entièrement consacrée à des groupes d’oriental metal, DVD live, album solo du guitariste Yossi Sassi (concept album assez sympathique pour ceux qui aiment les albums de guitare), bref, le rythme s’est accéléré.

Et début 2013, c’est la rumeur. Orphaned Land serait parmi les nominés au pris Nobel de la Paix. On suppose, en raison du message véhiculé et des nombreux rassemblements de publics de tous bords sans accrochages, lors des concerts.
Rappelons quand même que, malgré les indices laissés par le label et les propos tenus par-ci par-là, la liste de ces nomination n’est connue que du seul comité. De plus, selon France Info, il y aurait un nombre record de postulants cette année, soit 259. On ne s’attend donc pas tellement à les voir élus. Il n’empêche qu’une simple nomination à cette récompense serait une sacrée reconnaissance
de leur parcours. Si vous êtes du genre militant, une pétition existe pour les soutenir.
Avec tout ça, on n’a toujours pas parlé de l’album All Is One, mais ce contexte est un élément important de son identité. C’est de loin l’album qui aura mûri le moins longtemps avant de sortir, et il était annoncé comme plus catchy, plus direct. D’où la crainte de nous voir offrir un album complètement dirigé vers leur notoriété, et musicalement bâclé.

Inutile de ce la jouer suspense, oui, archi oui, All Is One est carrément plus accessible, plus grand public. Enfonçons le clou, c’est aussi l’album dont le concept artistique est le moins travaillé depuis un sacré moment. C’est dit. Pour autant, est-ce que la messe est dite ? Heureusement, non, vraiment pas. D’une part parce que même si Orphaned Land ralentie un peu la dose en matière de concepts albums, ils ont encore une bonne marge avant de nous servir du vent. Et d’autre part, le lien entre simplicité et mauvaise qualité n’est pas scientifiquement prouvée, n’en déplaise à une élite de branleur musicophyles (oui je sais qu’on dit pas musicophyles). Et sur ce point également, le groupe peut lever un peu le pied et rester très honnête.

L’accent est mis sur l’unité entre 3 cultures religieuses, une idée qui s’illustre ici tant visuellement, musicalement que linguistiquement.
Au niveau du style, on s’approche du symphonique, avec l’ajout de beaucoup de violons et de chœurs, ainsi que des fameux instruments traditionnels si chers au groupe. La production est parfaitement énorme et exemplaire, mixant tout ça avec aisance. La partie metal, bien qu’assez propre sur elle, a l’espace sonore suffisant pour envoyer ce qu’il faut et ne pas se cacher systématiquement derrière le reste. Le seul qui se tape une mise en avant quasi constante, c’est le chanteur, Kobi Farhi. Vous me direz, quand on revendique des compos ouvertement plus grand public, quoi de plus normal que de mettre le chant au premier plan. Le bonhomme tient le micro depuis les débuts du groupe, et continue ici sa transition vers le chant clair constant. On n’aura droit à du guttural que sur le titre « Freedom », ou sur un léger aspect tribal plutôt bien fichu sur « Our Own Messia ». Même si il laisse parfois deviner ses limites dans les tonalités hautes, Kobi nous fait une prestation remarquable, qui joue son rôle dans l’identité sonore du groupe.

Comme on l’a dit, on se retrouve avec pas mal de chansons directes, courtes et plus ou moins efficaces selon le cas. Parmi les réussites je citerai « The Simple Man » qui bizarrement ne fait pas parti des clips, la dépaysante « Ya Benaye », et bien sûr la balade « Brother » qui devrait susciter des réactions aussi vives qu’opposées.
Mais au delà de ces enrobages plus ou moins commerciaux, l’album garde un cœur qui se situent de la piste 4 à 8, où ils osent quand même des structures moins conventionnelles (tout reste relatif), et où se trouve pour moi l’essentiel de son âme. C’est ici que Kobi donnera le meilleur de lui, que les guitares et batteries lâcheront temporairement la bride (sur l’instrumentale « Shama’im » surtout), et que le folk et la symphonie se paieront les plus beaux passages.

Tout ça laisse un peu partagé. D’un côté, on comprend ceux qui seront inévitablement déçu par la direction prise. Pourquoi disposer de tels musiciens si c’est pour amoindrir les aspects les plus techniques de leur musique ? Le côté progressif en a pris un coup, et le côté death, n’en parlons même pas. On aurait souvent envie d’aller demander au batteur, Matan Shmuely, d’accélérer un peu le tempo et de se lâcher. Mais une fois passé ce cap, il faut reconnaître ses qualités, son sérieux et son côté symphonique réussit et touchant. L’ensemble fait plaisir, fait honneur au metal main stream (si ça en est). Moi je n’ai qu’une envie, faire tourner.

The Devin Townsend Project – Ki

Ki

Album sorti en 2009.
Voir ici pour la présentation du Devin Townsend Project

Le KI est une notion complexe de spiritualité en extrême orient. On pourrait la résumer à un flux d’énergie spirituelle qui parcourt le monde et les hommes. C’est certainement un résumé affligeant d’imprécision, mais mes relations réelles avec le Ki ne se résument presque qu’à Dragon Ball, comme beaucoup de monde, ce qui donne une idée de non maîtrise de la notion.
Ici, bien qu’une certaine aura mystique plane autour de ce disque et de son pacaging, Devy ne traite pas réellement de cette notion au sens propre. Nous sommes dans l’esprit du musicien, avec, effectivement, toutes les différentes énergies qui le traverse à cette période charnière de sa vie personnelle.

Au premiers abords, l’initié en Devin Townsend comme le novice sera assez perplexe devant l’étrangeté de KI. Les premiers mots qui viennent sont épuré, intimiste, presque jazz sur les bord, et étrange… Pourtant KI n’est pas impénétrable ni trop abstrait, il est juste assez expérimental, déroutant et difficile d’accès sans en avoir l’air. Cette difficulté à cerner l’album vient de ses nombreux paradoxes. On n’y retrouve pas l’habituelle épaisseur sonore du musicien, et pour autant la musique n’en est pas moins complexe et riche. De plus elle est, à l’image de l’esprit de son compositeur, d’humeur changeante.

Du coup, difficile de trouver une couleur dominante. L’album n’est clairement pas heavy, avec cette batterie presque jazzy, cette guitare souvent douce, voir planante, se son feutré, et ces quelques pistes presque atmosphériques. Pourtant, il n’est vraiment pas calme et apaisé pour autant. On peut même dire qu’il se montre souvent menaçant, bouillonnant, plein d’une colère contenue. D’ailleurs les quelques vrais éclats de saturations et de chants extrêmes dans la premières moitié de l’album semblent ne s’échapper que par trop plein, par débordement incontrôlable, pour être réprimés dès que possibles. Cela donne a Devin l’occasion de montrer brièvement tout l’étendue de son spectre vocal, avec son chant clair si étonnant et son registre extrême plus que maitrisé. Le plus souvent, il se contentera, à l’image de l’album, de tout jouer dans la retenue, ce qui ne l’empêchera pas d’offrir mille et une remarquables nuances et émotions.

Replié sur lui-même, renfermé, Ki n’est à priori pas franchement attrayant. Il faut de l’attention pour dénicher ce qu’il a de beau (« Terminal » ou « Lady Helen »), ce qu’il a d’ambigu (« Disruptr » ou « Heaven Send »), ou de plus joyeusement fou (le swing rétro de « Trainfire » ou « Ki »). Les quelques longueurs atmosphériques plombent un peu l’ensemble, et obligent à l’écouter avec un système sonore honnête. Exit le smart phone et son haut-parleur vachement trop cool, et le PC portable avec le 2.0 de voyage, vous passeriez complètement à côté.

Malgré ces nombreux côtés atypiques, Ki reste bien un album de Devin Townsend, et a le mérite de ne pas faire dans le convenu pour démarrer sa tétralogie. Ecouter Townsend, c’est faire preuve d’ouverture d’esprit, et celui-ci en est un bon exemple. Le jeu en vaut la chandelle, d’autant plus que ça n’est que le premier acte.

Boulevard des Airs – Les Appareuses Trompences

Les Appareuses Trompences

Album sorti en 2013,
Plus d’info ici

Au côtés des Ogres de Barback, du Babylon Circus et de toute cette scène française actuelle, il manquait un groupe à l’esprit un peu plus rock, dans l’esprit des Beautés Vulgaires ou de La Ruda peut-être. C’est un créneau vide que Boulevard des Airs a pris en 2011, avec leur album Paris-Buenos Aires, et son tub Cielo Ciego. Tournées, passages télés et autres signes encourageants ont planté Cielo Ciego en petite hymne made in sud-ouest et ont assuré la promo du groupe. Non sans raison puisque l’album, avec la fragilité et le bancal d’un premier essais, était sacrément prometteur. De quoi faire attendre la suite impatiemment. Et la suite, la voilà.

Boulevard des Airs enchaine donc avec ce Les Appareuses Trompences. (Rassurez-vous, ça sera tout pour les jeux de mots.)Sans trop de surprises, en si peu de temps, le groupe n’a pas changé de direction. On navigue toujours entre les groupes cités plus haut. Et pour ce qui est de mélanger tout ça, on peu déjà dire qu’ils s’améliorent. Ca ne réussit pas aux envolées bien rock puisqu’il n’y à que la chanson titre qui le propose, mais la cohérence globale du disque y gagne. Chanson française festive, rock, reggae et une toute petite pointe jazzy, voilà la recette, à laquelle le groupe ajoute un discutable soupçon d’électronique dont nous reparlerons. Les textes sont maintenant presque exclusivement en français, et profitent eux aussi d’une meilleure cohérence. Évidemment, on ne réinvente pas les thèmes habituels des idées qui se rapprochent du roots, mais déjà, quand c’est pas mal fait…

Les Appareuses Trompences n’a pas son super tub fédérateur, mais répartit le bon feeling un peu partout sur le disque. Au moins, l’album dispose ainsi d’une bonne poignée de titres assez classieux, et sur des styles différents. « Ici » avec son featuring de luxe de Tryo, ou « Je Cours », la mise en train qui met la banane. Classieux également ce « Y Siguen Pasando » mélodieux, plein de cuivres et d’accents latinos. Ces titres et quelques autres remplissent à eux seul le contrat de l’album, et donnent vraiment confiance dans le talent et l’avenir du groupe.

A côté, on a une paire de chanson agréables mais trop passes partout, et surtout quelques expérimentations à base de dub step et d’autres effets, dont je me demande bien ce qu’ils viennent faire là. Heureusement que le groupe tente des choses, mais la froideur électronique n’a que peu de rapport, me semble-t-il, avec leur musique organique, vivante et gentiment engagée. Surtout quand il s’agit d’effet plutôt low cost… En tête de file, « Je Reste Calme », et ses refrains en mode pétage de plombs dans ta game boy. Quant a l’abus parfois très audible de l’Auto-Tune, je vous laisse juge du volontaire ou non de la démarche, et de son effet.

Pas de quoi gâcher le plaisir, Boulevard des Airs réussit son second album. Il est plus travaillé, fignolé, sans oublier la petite fibre festive et joviale, sur fond d’interrogations engagées. Les amateurs du premier disque devraient apprécier. Les autres, sans prendre leur claque du siècle, découvriront un groupe français attachant et sûrement plein d’avenir. En attendant, c’est sur scène qu’il vivra le mieux, et c’est ainsi qu’on a rapidement envie de l’entendre. Pourvu qu’il y ait encore pendant un moment des groupes comme celui-là sur nos planches.

Amiina – Puzzle

Puzzle

Album sorti en 2010.
Plus d’infos : ici

Quand c’est islandais, on ne s’attend pas à du banal. C’est vrai, vous en connaissez beaucoup des artistes affligeants de normalité qui soient venus vous agresser le système nerveux depuis l’Islande ? Allez-y, cherchez…
Voici donc Amiina, une petite bande de demoiselles qui se sont surtout fait connaître grâce à leurs collaborations Avec un autre représentant de ce pays, Sigur Ros. Elles usent principalement d’instruments à cordes très divers, de percutions et de plusieurs éléments électroniques. N’étant pas très féru de Sigur Ros, je craignais un peu de découvrir une bande d’ésotéristes à la musique zarbi qui ne m’aurais pas franchement emballée. La compile Nightmare Revisited sur laquelle Amiina apparaît m’a fait changer d’avis, et m’a encourager à tenter ce Puzzle, second véritable album du groupe. Hein ? Non, O-Zone ça n’est pas islandais, cherchez encore… En attendant nous, on commence le puzzle à 8 pièces.

Ce titre, le style assez indéfinissable pratiqué par le groupe, l’Islande, tout ça laisserait entendre que nous n’allons pas tarder à perdre nos repères, a être déconcertés. Et bien pas vraiment. La musique à beau être aussi personnelle, aussi spécifique que je vais m’efforcer de la décrire, elle n’en reste pas moins accueillante, rassurante. Pour preuve, cette première chanson instrumentale basée sur une mélodie finalement assez simple, qui se met en place petit à petit et qui fait une sorte de crescendo. Un crescendo qui serait presque dommageable à l’album d’ailleurs puisque Puzzle est presque exclusivement calme, posé, détendu.

Ces filles là ont beaucoup travailler leur son vers les aigus. Sur ces fréquences, on retrouve beaucoup de clavier au son de boite à musique, mais aussi les violons, la scie musicale et les voix. Cela donne au tout un son cristallin, une délicatesse et une certaine finesse qui fait le charme de Puzzle. Ces petites voix assez fluettes et cette boite à musique omniprésente rendent certains passages presque enfantins, et l’ajouts de petits craquements et d’arrangements ponctuels ne font qu’accentuer l’impression de fragilité, sans jamais tomber dans le glauque qu’on pourrait craindre. La basse soutient, souligne certains passages, où sert à épaissir chaleureusement les fines mélodies, mais ne se fait que peu remarquer. Les percues restent tout aussi discrètes, mais savent davantage varier les plaisirs, voir se faire plus insistantes à de rares moments. Le tout donne un équilibre assez personnel, preuve que le groupe s’est constitué une identité sonore déjà très marquée. C’est une des grandes forces de l’album.

Tout au long de cette séance de détente, Amiina nous fait passer par autant de petites chansonnettes que de pistes quasiment ou totalement instrumentales. « Over and Again » et « What Are We Waiting for ? » semblent les titres phares, les chansons les plus complètes et synthétiques. Pourtant, il ne faut pas sous-estimer « In the Sun » et ses petites guitares, qui complète assez bien ce trio de chansons. Le reste est plus instrumental. Le « Pusl » qui nomme l’album porte bien son nom par l’étrangeté de l’empilement des couches sonores. Ecoutez bien, ça n’est pas bien complexe au fond, puisque basé sur une différence de rythme, mais assez déroutant. Je citerai également « Thoka » qui conclue l’album avec quelque chose de vraiment hypnotique, voir somnolant, mais très agréable.

Puzzle est un étrange petit objet musical. Entre chansonnettes et atmosphères doucement bizarres, il manque peut être encore un peu de finition, d’ambition. En l’état il ressemble encore un peu trop à un gros EP. Pourtant il dégage une personnalité et un savoir faire bien affirmé, doublé d’un non conformisme toujours aussi appréciable. A condition d’apprécier à leur juste valeur les moments instrumentaux qui manquent parfois d’ambition pour ne pas frôler le plat, il ne faut pas se priver de ce petit moment de calme et de finesse dans ce monde trop pressé.

Eluveitie – The Early Years

The Early Years

Compilation sortie en 2012.
Plus d’infos ici

Par Toutatis, dix ans déjà. Dix ans de vie de la tribut suisse aujourd’hui devenue star du folk death. Une fois lancés, leur progression de popularité fut assez fulgurante. Il faut dire qu’une fois repéré et poussé en avant par le géant Nuclear Blast dès leur deuxième album, les helvètes n’ont pas chômé en terme de quantité de sortie. En terme de qualité, le parcours est un peu plus en dent de scie mais le succès étant toujours au rendez-vous, ont peu en conclure que le bilan reste bon pour eux. Et après un Elvetio plutôt convainquant, ils décident de jeter un petit coup d’œil dans le rétro viseur en nous sortant ce The Early Years.
Au menu de cette compile, Un réengistrement de leur premier EP Vên, ainsi que leur premier album, Spirit, légèrement dépoussiéré.
Coup commercial ? Pour Nuclear Blast, oui, cela permet de mettre Spirit dans leur discothèque et de ressortir ainsi un album qui se faisait rare dans le commerce. Pour le client, c’est ce que nous allons voir.

Commençons par le gros morceau, à savoir Spirit. Car à moins d’être un fan collectionneur, votre intérêt (ou pas) pour The Early Years sera avant tout porté sur l’occasion de mettre la main sur Spirit. C’est une envie louable, puisqu’on a là un album majeur du folk death. Oh allez, les allergiques à la célébrité d’Eluveitie, reconnaissez-le.
Si on a par la suite parfois pu être tenté de réduire la musique du groupe à du death mélo agrémenté de pipeau et de biniou, il faut se souvenir de l’atmosphère que dégageait Spirit. Cette ambiance de fête païenne, de joyeux défouloir celtique et métallique. Je ne vais pas ici refaire un vrai tour de l’album car il n’en a franchement pas besoin, vous trouverez tous les descriptifs qu’il vous faut en quelques minutes. Il était bon lors de sa première sortie et il l’est toujours. On y trouve déjà presque tout ce qui fait Eluveitie, des textes en langues gauloises reconstituée, de la mélodie folk dans tous les sens, du death mélo façon Dark Tranquillity en un peu plus direct porté par le chant death de Chrigel, de superbes interludes folks etc.
Le léger lifting qu’il a subit ne sert qu’à équilibrer le son. Principalement, on remarque que la batterie n’envahie pas autant l’espace, et que les instruments folks en profitent. Le changement est perceptible, mais léger. Quant à savoir si il est profitable à l’album, je ne saurais être catégorique. Pour ma part, je dirais que oui car il met davantage en avant la richesse des morceaux, mais je peut comprendre une frange du public métaleux qui aiment bien le son crado et lourdingue des premières productions dans ce genre.

D’ailleurs si vous faite partie de ceux-là, le réengistrement de Vên risque de vous déplaire au plus haut point, car il illustre bien plus encore ce lissage du son. Ici, l’EP original est totalement réenregistré par le groupe dans sa formation actuelle (2012). On y retrouve donc entre autre la voix d’Anna Murphy à certains endroits, et une production assez proche du dernier album en date, avec chœurs, arrangements et instruments folks bien plus maîtrisés. Il n’en reste pas moins que les morceaux sont des grand moments d’Eluveitie, entre l’imne « Uis Elveti », et les très puissantes « Lament » et « Druid », sans oublier l’instrumentale « Jêzaïg » plus addictive que sa simplicité de composition pourrait le faire croire.

Il y a forcément deux points de vue qui s’affronteront, surtout concernant vên. Ceux qui apprécieront cette remise au goût du jour, ce traitement de luxe offerts à de bon vieux morceaux, et ceux qui préfèreront toujours la spontanéité, la rugosité et la charmante imperfection de l’enregistrement original.
Donc, The Early Year est une compile qui tient ses promesses. C’est une ressortie d’un album dont la qualité n’est plus à prouver, agrémenter d’un bonus très honnêtes. A partir de là, la critique est facile mais peu justifiée, car il est simple de savoir si le produit vous tente ou pas à partir du moment où il dit ce qu’il est.

Diablo Swing Orchestra – Pandora’s Piñata

Pandora's Pinata

Album sorti en 2012.
Chronique également publiée sur Culturemania

Une chronique du DSO commence par des interrogations ou des exclamations. Et moi, je trouve que c’est amplement justifié, donc, je pourrais faire pareil. Par-ce qu’il est parfois si bon de passer à côté de quelque chose et de se rendre compte de son erreur. Parce que d’habitude, on attend le miracle musical de tel ou tel groupe archi reconnu, et on est souvent déçu même si on y trouve quand même son bonheur. Mais le meilleurs, sérieusement, c’est de se prendre une tarte qui vient comme ça, de nulle part, et qui est difficile à expliquer tant c’est inattendu. Chronique d’un amour de vacances musical, décalé, improbable, et rafraîchissant. Et comme promis pour commencer, les interrogations…

Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? C’est qui ces gens et c’est quoi au juste le paris de cette musique qu’ils ont pondus ? Bon sang… Mais c’est bien sûr ! Saperlipopette, eurêka ! (Oui désolé, j’aime bien Tintin.) Tout est dans le titre ! Diablo, c’est pour le côté metal, Swing, pour la partie Jazz, et orchestra, pour les emprunts au lyrisme et à la musique symphonique. Et non seulement quelqu’un s’est mis en tête de faire quelque chose de viable avec ça, mais en plus ils sont nombreux dans le groupe, et ils ont quelque chose dans le casque qui doit être connecté de travers… Et c’est déjà leur troisième album en plus… D’ailleurs je vous laisse le soin de mater les titres et track list, ça donne le ton… En attendant, c’est Pandora’s Piñata que j’ai dans les mains, donc c’est celui-là dont on parle, et c’est tant mieux car jusqu’ici c’est celui qui me plait le plus. Avouez que c’est bien foutu quand même.

Pandora’s Piñata, ça part en trombe, comme un pet après une soirée cassoulet et jus de pomme. Ca t’envoie d’entrée de jeu un coup de pied au derch nommé « Voodoo Mon Amour », et normalement il se passe quelque chose dans ta tête. Ca donne envie de faire la fête, de headbanger et de swinguer en même temps, et ça donne un sourire benêt. Si tu te reconnais, Tu vas adhérer à la musique de cette bande de cinglés et ça va être dur à expliquer à l’entourage. Parce que hein, dans le genre tub atomique, « Voodoo Mon Amour », ça se pose là. Et puis tiens, juste après, « Guerilla Laments » aussi d’ailleurs, mais avec un côté brésilien et chaud qu’on croyais inconnu des scandinaves. Oh et puis « Black Box Messiah », dans le genre tub des pays de l’est sous acide, c’est mauvais pour la sobriété aussi, ça…

Je ne vous ai même pas présenté le groupe. D’abord, la section metal fusion, avec des grateux qui appliquent efficacement les rifs et la rythmique typique du genre, sobres (dans le jeu du moins), mais à leur place. Les percus, déjà bien moins sobres, prennent beaucoup d’espace sonore mais varient vraiment le jeu tout au long de l’album, sortant bien vite des poncifs du metal. Il faut dire qu’ils sont deux pour faire ce raffut organisé. Par ici, des cuivres, pour le coté jazz, avec trompette, trombones etc.… Et là, un violoncelle et des violons additionnels. Tu penses à Apocalyptica ? Fausse route, les violoncellistes finlandais n’ont encore pas abordé leur instrument sous cet aspect swinguant et déluré. Et si tu as pensé à Slipknot pour les deux batterie, tu as encore plus faux. Enfin, derrière le micro, un type possédant un organe vocal assez dingue de par la variété et le talent qu’il donne, et là, Marie-Louice, chanteuse lyrique probablement recalé au casting d’un groupe de metal sympho car trop barrée bien que suffisamment douée.

Et avec ça mes enfants, le groupe va vous faire voir du pays. Leur mixture est déjà assez indéfinissable, mais en plus ils se permettent de tenter à peu près tout ce qui est envisageable avec leurs ingrédients. Sans vraiment s’affranchir des structures couplets/refrains et autres garanties d’efficacité rapide, il faut s’attendre à être déstabilisé plus d’une fois, même dans un même morceau. Le groove rencontre le lyrisme le plus débridé et grandiloquent, et le metal tente de les accorder. On flotte toujours entre poésie, énergie entraînante et folie totale.

Mais Pandora’s Pinata, c’est comme tout bon coquetel, c’est délicieux, mais il ne faut pas en abuser. Car alors, on s’aperçois des airs qui lassent après trop d’écoutes, des petits surplus de percus par ci par là, du dommageable de certains passages pourtant osés quand ils sont pris à part. On s’aperçoit des ficelles encore perfectibles sous le joyeux amas anticonformiste musical. Et c’est dommage, parce qu’on n’a vraiment pas envie de le leur reprocher, et qu’on en redemande.
Ce n’est ni de l’avant-gardisme, ni une petite révolution musicale, c’est de la fusion très osée uniquement, avec un sacré grain de douce folie, et du gros travail derrière. J’en ai dit finalement très peu sur les détails de l’album, mais assez pour espérer que toi aussi, une fois les beaux jours revenus, tu te laisses tenter par un rafraîchissement trop rare, et pas ouvert à tous.

Sidilarsen – Machine Rouge

Machine Rouge

Album sorti en 2011.

Le metal fusion français n’a plus le vent totalement en poupe. Pourtant, les années 90, voir même la vague néo metal furent de vrai pures heures pour un petit noyau de groupes solides. Mais aujourd’hui, aujourd’hui… Mass Hysteria s’obstine à ne retenir de lui même que l’énergie et le rythme, Lofofora semble se défendre davantage mais ne se refait pas totalement une santé non plus, No One is Innocent, Freedom For King Kong et autre Silmaril ne sont que souvenirs… On dirait qu’il faut davantage regarder vers la scène rock pour trouver d’intéressants cross over. Bref, Sidilarsen, pour moi, a toujours été un petit préféré, un groupe discret mais qui promettait et qui s’est fait son identité doucement mais sûrement.
Après le bon mais trop discret Une Nuit Pour Sept Jours, les sidis ont décidés de se recentrer, de travailler eux-mêmes leur communication, et de se faire ainsi davantage entendre cette fois-ci. Ainsi est né « Machine Rouge ».

La couverture fait la part belle à l’eau, homonyme du deuxième album du groupe, et à la féminité, jusqu’ici assez peu mise en avant par ces mecs là. Le titre, lui, outre une idée politique, fait d’abord référence au cœur, organe qui fait battre la vie et qui synthétise les idées de mécanique et de fluide si présentes chez Sidilarsen. Un enrobage agréablement bien bossé qui donne envie de passer au contenu.

Les précédents albums nous ont habitués à du gros son, et Machine Rouge ne déçoit pas là dessus. La production est très bonne, adapté aux orientations de chaque morceau. Seuls quelques bits technos me laissent un peu dubitatifs (« Back to Basics « surtout), mais force et de reconnaître que le groupe a su mettre les moyens pour que leur son ressorte au mieux. Il faut dire que le mix des voix, des grosses guitares typées fusion et des nombreuses touches électroniques n’est plus une recette neuve pour eux, et se retrouve inchangée ici.
Ce qui change, c’est les compositions. On pourrait les résumer par la formule « Back to Basics » utilisée pour le titre de la chanson clipée, mais ça n’est pas si simple. Machine Rouge n’est pas un retour aux sources, c’est une épuration du style du groupe. Les diverses expérimentations de Une Nuit Pour Sept Jours sont écartés, pour ce concentrer cette fois sur l’efficacité, l’aspect direct.

Malgré ces bases solidement rock sur lesquelles sont construits chaque morceau, Machine Rouge n’est pas une démonstration de force non stop. On y trouve pas mal de mi tempo, et du chant plus mélodique que jamais. Les paroles également, sans perdre trop de leur mordant, sont plus abstraites, parfois plus personnelles. Certains regrettent un peu cette baisse de pèche globale. Tant que la qualité est au rendez-vous, à mon avis il n’y a rien à en dire, et le disque offre tout de même ses « Fantasia » ou « Le Meilleur Est à Venir » bien burnés.

A côté de cette maîtrise de la force tranquille, l’album propose aussi son lot de nouveautés à bases de colories venant d’autres univers musicaux, comme d’hab. On trouve ainsi plusieurs invités en tête desquels Mouss et Hakim de Zebda qui viennent appuyer un morceau typiquement Sidi des deux précédents albums. La chanteuse qui avait déjà fait quelques backing discrets pour le groupe s’affiche davantage sur « Back To Basics « , et sur le final « Samira » qu’elle enchante véritablement avec ses chœurs artificiels.

Voilà donc un disque de metal fusion moderne et solide d’un bout à l’autre. Selon les goûts, certaines tentatives peuvent décevoir quelques auditeurs, ou les ravir, mais on validera toujours la démarche. Leur musique paraît aller de l’avant, mûrir et s’imprégner d’autres horizons, tout en s’ancrant sur des bases bien rodées et ayant fait leurs preuves. C’est un peu l’album qu’on espérait en fait !
Souhaitons que « le meilleur reste encore à venir ».

Innerly – In Praise of Shadows

In Praise of Shadows

Démo sortie en 2012.
Plus d’info ici

Les démos et autres premières productions de jeunes groupes constituent une véritable galaxie, un underground tellement vaste qu’y fureter est un exercice que je ne pratique que peu. J’ai un certain respect pour ceux qui doivent y flairer le talent, y dénicher les grands de demain ou au moins les bons artistes. Donc, si je tombe sur cette démo ça n’est pas par hasard. J’ai croisé la route d’Innerly pendant un concert où se sont succédés plusieurs groupes. Et au milieu du reste, le set d’Innerly m’a semblé un très bon moment, pas révolutionnaire, mais rondement mené. C’est ainsi que j’ai été télécharger cette démo gratuite dès le lendemain.

Ce groupe toulousain se présente à nous avec 4 titres dans la plus grande tradition metal symphonique, influencer par des groupes finlandais ou hollandais qu’on ne citera même pas. C’est risqué, car les prétendants dans cette catégorie sont légion, et débuter en la matière n’est pas une mince affaire. Pour ne pas être handicapé par le manque de moyens, Innerly choisit de laisser le clavier dans son rôle de clavier, et de ne pas trop nous la jouer orchestre 16 bits. Du coup, impossible de se cacher derrière, il faut nous montrer qu’ils assurent. Avec un style heavy mélodique, les cordes et la batterie ont un assez bon niveau et offrent à la démo une patate qui peut parfois manquer dans ce style. Cette énergie est une qualité évidente, avec des passages de guitares rapides et de double pédale qui se marient très bien. Il en ressort une certaine chaleur, une certaine euphorie qui rajoute un grain de personnalité à des compositions qui restent pourtant très très typiques.

Autre élément récurant du genre, la chanteuse lyrique. Certes ça n’a plus rien d’original, mais au moins Innerly a été en partie fondé par une représentante de choix. Katia Iva est déjà très à l’aise, sur un registre très proche de celui de Tarja sur Century Child et Once (ça y est on a cité Nightwish). Sur une première démo, sa maîtrise fait plaisir à entendre et promet d’être un point fort pour leur futur. D’autant plus que la dame joue du violon et l’intègre parfois à la musique du groupe. Les deux apparitions de cet instrument se font au travers de soli où il se fait soit planant, soit rapide et en duel avec la guitare. Un autre élément fort intéressant, qu’il faut absolument que le groupe parvienne à intégrer à leurs futures compositions. Je pense notamment à l’album Ghost Opera de Kamelot ou un violon solo fait de remarquables apparitions, cependant trop rares. Avoir l’instrument directement dans le groupe est un atout pas négligeable.

Comme on l’a dit, les compositions restent classiques. On remarque une technique certaine, surtout au niveau de la rapidité, venant de l’ensemble du groupe, servie par une production forcément limité mais très honnête. La batterie souffre un peu d’être trop en retrait, trop bridée alors que le musicien derrière a une certaine puissance à revendre. Les mélodies ne sont pas encore vraiment marquantes, se confondent encore pas mal entre-elles après l’écoute, mais nul doute que le groupe sait les composer et saura mieux les utiliser à l’avenir. Le dosage des pointes de rapidité ou de passages planants est très bien équilibré pour l’écoute des 4 titres. Mention spéciale à « Regrets and Hope » qui tente même de rallonger un peu la compo et d’utiliser toutes les cordes qu’Innerly a à son arc.

« In Praise of Shadows » reste le premier effort d’un jeune groupe, avec tout ce que cela implique en matière de production limité et d’influences beaucoup trop visible, mais le groupe réussit l’exercice sans chercher à contourner ces pièges. Le but d’une démo est d’une part d’être agréable à l’écoute mais surtout de donner envie d’en entendre plus, et ces deux points sont atteints. A partir de là, rien n’est gagné mais tout est possible. Déjà, sans crier au géni, j’ai très envie de voir ce qu’ils deviendront.

Pour télécharger le tout, allez faire un tour par ici ou par là

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