Archive pour le Tag 'France'

Sidilarsen – Chatterbox

Chatterbox

Album sorti en 2014.

Sidilarsen prend son rythme de croisière. Deux ans après Machine Rouge, les toulousains poursuivent avec ce cinquième album. Même dans la démarche, on sent une certaine assurance. Les précommandes étaient ouvertes avant même l’enregistrement, et un clip fut balancé peu de temps avant la sortie. La machine à metal fusion est bien huilée, voici venir Chatterbox, tout simplement.

Moins d’opérations de communications qu’à la sortie de Machine Rouge, moins d’envie affichée de se mettre en avant, Chatterbox semble sortir tout naturellement, sans besoin de trop en faire. La preuve dès l’intro, la machine à riffs est de sortie sans se faire attendre. « Comme on Vibre » c’est du Sidi moderne, où la muraille de guitare côtoie des loops et autres petits effets électro. On ne se refait pas. Ca sera un peu l’idée majeure de l’album d’ailleurs. Car, là où Machine Rouge remettait un peu à plat le style du groupe, en le faisant gagner en maturité, Chatterbox ne semble montrer aucune direction claire, pour n’être qu’un cru pur jus (va-y, prononce ça rapidement, tu vas voir c’est porteur, comme les mets locaux).

On trouve aussi bien de vrais moments de rock bien grassouillet que des brecks électro, ou des hymnes à scander comme ils savent les faire (« Hermanos », « Des Milliards »). C’est du déjà vu, mais si on aime, on s’y retrouve. Moi, comme d’hab, j’apprécie de retrouver les passages de basse rondouillarde (« Le Prix du Sang »), l’alternance des voix et de leurs différents registres. Les plus metaleux qui étaient restés sur leur faim sur le dernier album retrouveront davantage de hardcore dans les passages de Didou (sur « Unanimes » par exemple). Viber ressort au contraire son débit rapide, presque rap, sur « On en Veut Encore ». Et comme d’hab aussi, je trouve certains sons électro trop simplistes, pauvrets, là où d’autres fois ils soutiennent avec plus de pertinence l’ensemble.

Questions nouveauté, on se rabattra plutôt sur des confirmations d’anciennes tentatives. « Nos Anciens » va puiser dans des inspirations hip hop et parvient à faire plus classe, plus fusion que « Absolu » par exemple. Quant au final « Des Milliards », c’est juste la meilleure chanson engagée qu’ils aient désormais à leur répertoire (allez, par nostalgie, je donne égalité avec « La Morale de la Fable » de l’album Eau). En fin de pistes, des dizaines de voix répètent « nous sommes des milliards contre une élite », avec différents tons, accents, et mêmes langues, sur une musique atmosphérique.

Les textes ont, eux, une direction claire. Ils veulent motiver, positiver, sans perdre un regard conscient. Inutile de se laisser abattre, de nous laisser aller ou de nous croire inutile. Telle semble être l’idée principale. On retrouve également le thème du culte absolu de l’image sur « L’Ivresse des Maudits », ou un instantanée de la vie du groupe sur la route dans « Si Près de la Flamme ». Il faut avouer que ça marche, l’album donne la banane, parvient à rester comme un moment positif.

Un article simple, qui parlera surtout à ceux qui connaissent le groupe, pour un album qui répond aux mêmes critères. C’est vrai, Chatterbox est sans réelle surprise, laissant presque une impression de stagnation, mais tout en restant très sérieux et efficace. On ne citera personne, mais on connait des groupes qui ont fait toujours pareil pendant toute une carrière et qui s’en portent bien (des australiens par exemple), alors on ne va pas faire les difficile avec nos metaleux toulousains qui restent uniques. C’est positif, c’est varié, ça contribue à figer leur identité musicale désormais bien marqué. Après tout, c’est déjà beaucoup. J’aimerais tout de même les voir poursuivre l’élan entamé sur Machine Rouge, vers encore d’autres cieux.

Zebda – Comme des Cherokees

Comme_Des_Cherokees

Album sorti en 2014.
Chronique également publiée sur Spirit of Rock

Zebda, je ne sais pas pour vous, mais moi, ça m’évoque toujours des trucs. En vrac, une fête de famille avec un inattendu pêtage de câble à base de « Tomber la Chemise », une fille dans le bus du collège avec son baladeur cassette sur les oreilles, qui chante un peu trop fort les seuls mots « motivés motivés »… Oui bon, on s’en fout de ma vie, ok. Tout ça pour dire que j’étais jeune à la grande époque de Zebda, mais que l’album Essence Ordinaire a tourné en boucle un moment. Donc, j’étais assez heureux de les retrouver enfin en 2012, avec un Second Tour pas révolutionnaire en soi, mais qui faisait au moins oublier définitivement le lointain et décevant Utopie d’Occase. Ce fut également l’occasion de découvrir (ou redécouvrir) l’énergie scénique de ces toulousains là. Même si dans un premier temps, Second Tour n’était sensé n’être qu’un retour sans lendemain, le groupe a manifestement pris plaisir à retrouver la scène, et l’inspiration ne s’est pas tarie. C’est ainsi qu’on se retrouve avec ce nouvel album en 2014.

Le feu de l’action, le retour réussit du groupe question concert doit avoir fait son effet, car la nouvelle livraison de morceaux est clairement plus énergique, plus directe que la précédente. Seulement 10 pistes, et chacune entre 3 et 4 minutes avec une structure tout à fait standard. Autant dire qu’on ne va pas y passer la soirée. Heureusement, il n’y a aucun espèce de remplissage, pas 10 secondes de perdues, pas de pause. Le mix est plus dynamique que jamais il me semble, ce qui appuie davantage l’aspect funk, ou rock de temps en temps, selon le cas. Et oui, parce que Zebda reste cet espèce de fusion difficilement qualifiable, mais à l’identité sonore reconnaissable dans les 5 secondes.

La musique, quoique pas franchement moderne, fait plaisir à entendre de par son énergie funky communicative. Pour du studio, on sentirait presque les musiciens s’éclater par moment, comme sur ce surprenant (pour du Zebda) solo de clavier à la fin de « Les Petits Pas ». Autre petite surprise, « Essais » qui superpose à une musique plutôt orienté rock des couplets très rap, voir presque scandé. Il y avait aussi une petite tentative comparable sur Second Tour, mais on préfèrera nettement celle-ci, encore une fois pour son énergie ! On notera également des cuivres festifs assez présents sur les deux premiers titres, pour un rendu pas très à mon goût. Disons que ça fait assez générique télé, voir Patric Sébastien (ok, pas quand même). Kitchos quoi, mais c’est une question de goût. Le reste sonne comme du Zebda en bonne forme. Les influences orientales reviennent enfin sur « Les Chibanis », proche du si fameux Essence Ordinaire. Citons enfin le final dans un style rock festif qui met la banane, et à l’inverse, « Le Panneau », le seul tempo plus lent, avec même quelques lignes de piano en intro, derrière le chant de Mouss.

Le chant et les textes, parlons-en. On sent les frères Amokrane et Magyd Cherfi retrouver leurs plaines aises, presque rajeunir. Ce ne sont pas de grands vocalistes, ça, peut être, mais ils sont pour beaucoup dans l’identité sonore du groupe, et leur espèce de flow ou le chœur des 3 lors des refrains font toujours mouche. Question texte, Zebda ne serait pas Zebda sans engagement, bien sûr. On les a connu nettement plus démonstratifs, mais leurs thèmes chers restent présents. « Les Chibanis » se veut un peu plus précise, en abordant un statut particulier que se trainent les anciens ouvriers immigrés, aujourd’hui à la retraite. On trouve aussi des choses un peu plus légères, comme « l’Accent Tué », chanson ultra efficace sur l’accent du sud-ouest, avec d’évidents Clain d’œil à Nougaro. La plume retrouve de l’assurance, perdant un peu en entièreté et en émotion ce qu’elle gagne en accroche.

Comme des Cherokees est un album qui fut vite mis en boite, qui s’écoute vite et facilement. On espère qu’il ne s’oubliera pas aussi vite. Il montre Zebda sous un jour nettement plus funk/rock, et devrait être redoutable sur scène. Il n’égale toujours pas certains illustres anciens albums du groupe, mais il s’en rapproche plus que jamais, tout en affirmant une certaine petite évolution qui annonce une deuxième vie très honnête pour Zebda. Peut-être l’occasion pour les retardataires de s’y mettre. Vous devriez le trouver facilement dans la voiture des anciens amateurs du groupe, il va y tourner un certain temps.

Rufus Bellefleur – Temples, Idols and Broken Bones

Temples, Idols and Broken Bones

Album sorti en 2014.
Chronique également publiée sur Culturemania

 

Bon, par où je commence moi ? Rufus Bellefleur, c’est un zombi qui habite un marécage dégueulace en Louisiane, et qui s’exprime à travers un mélange de rap, de country et de rock. Oui, ça va peut-être un peu vite… On va reprendre tranquillement au départ. En fait, le groupe est toulousain. Oui je sais, je sais, j’ai parlé de Louisiane, mais bon, si vous ne m’écoutez pas jusqu’au bout on ne va pas s’en sortir hein… Déjà que c’est pas simple… Donc, Rufus Bellefleur est un groupe toulousain emmené par Julien « Ju » Cassarino. Ce nom n’est pas inconnu de ceux qui suivent un peu le metal français, puisqu’il faisait notamment parti de Psykup et de Manimal, deux formations qui ont su se faire remarquer grâce à une originalité certaine. On trouve à ses côté un autre multi instrumentiste, appelé Yuz. Le concept de cette nouvelle entité musicale est donc celui, aussi barge soit-il, que j’ai énoncé plus haut. A savoir, faire une espèce de hip hop avec des banjos et des harmonicas, tout en gardant un certain feeling rock. Et pour incarner ce gloubiboulga, ils ont créé ce personnage de zombi louisianais qui a le mouve. Avec ça, les bougres avaient déjà sorti un premier album, suivi d’un EP de reprise. On tient donc là le deuxième jet long format. Ca y est, vous y êtes ? Sûr hein ?

 

Précisons que je ne suis vraiment pas amateur de banjo et autres machins du bayou, ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier le disque. On se demande d’ailleurs de quoi il faut être amateur pour avoir les bons prérequis à un truc pareil. C’est certainement une grande force de cette fusion, beaucoup y trouveront quelque chose qu’ils connaissent, tout en étant dépaysé par le reste. Autant le premier essai pouvait avoir le côté fouillis qu’on imagine vu le concept, autant celui-ci arrive à se créer une certaine identité stylistique d’un bout à l’autre. Ca s’appelle le talent j’ai envie de dire… Et tant qu’on y est, malgré le curriculum du leader et l’imagerie utilisée, il n’est quasiment pas question de metal sur ce disque (ça faisait longtemps hein ?).

 

La découverte est toujours un peu surprenante. Heureusement, avant tout, la qualité de la production est là pour nous aider à entrer dans le délire. Le rendu est juste classieux, plein de détails, d’effets, de variations d’un morceau à l’autre. La percu par exemple, peut allègrement passer du plus synthétique au plus organique. De ce côté-là le groupe est déjà au top, avec rien à envier à personne. Comme quoi, même en France, ça n’est pas qu’une question de moyens engendrés par la médiatisation.

Concrètement, on alterne entre flow hip hop et phases chantés, soutenues par des chœurs féminins volontairement bien kitch et des instrus assez diverses et classieuses comme on l’a dit. Finalement, le côté Amérique profonde ne se traduit que par l’utilisation de certains instruments, voir quelques accords et effets qui sont davantage de l’ordre du Clain d’œil régulier que de la véritable influence. On remarque la facilité avec laquelle Ju joue entre ces divers registres, sans jamais paraitre décalé. Ils se permettent même de faire sortir notre fameux zombi de sa léthargie marécageuse pour lui faire voir du pays. Ainsi, on trouvera quelques influences asiatiques, entre autre pendant un « Little China » vraiment convainquant ou une « Zombie Geisha » plus dispensable. On trouve aussi quelques pistes bien tubesques, parfaites pour faire découvrir le groupe, comme « Rocky Rocket » ou « Party of the Dead ». Autres bons moments, « Love Me Like You Hate Me » qui montre le meilleur de l’aspect hip hop du groupe (ça me rappelle un peu certains extraits de la B.O de Slumdog Millionnaire), ou encore la petite balade « Paralyse City » bien américaine dans l’âme, qui met un peu plus en valeur une des voix féminine. Info à part, si vous voulez entendre davantage Bérangère, posez une oreille sur le jeune groupe Fanel.

 

Malgré toute son originalité, Rufus peut se montrer un peu plus plat parfois. A ne pas vouloir se prendre au sérieux, ils tombent dans leur piège de temps en temps et placent quelques refrains un peu gnan gnan (« The Operator », « Let the Monster Out ». Ca, plus un certain manque d’immédiateté, de percutant sur la seconde moitié du disque peut compliquer les premières écoutes. Ca serait pourtant dommage d’en rester là, car plein de mélodies ne demandent qu’à être retenues, soutenus par beaucoup de passages originaux et bien menés.

 

Voilà un autre cross over français qui fait plaisir à entendre, mené par un Ju remarquablement polyvalent, qui ne poussera qu’une ou deux gueulante pour le principe. Sous leurs airs second degré, cette petite formation propose un second album qui tient quand même vachement bien la route et qui trouve des équilibres osés entre des éléments improbables. En gros, ça à l’air crétin mais c’est fait avec grand sérieux. Du coup même si l’album n’est pas parfait il mérite d’être connu plus largement que ça. Ca n’a rien d’un simple side project rigollot de Psykup ou Manimal, rien.

 

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L’IRMA fait le point sur le metal en France.

Un rapide petit billet pour partager un intéressant dossier de l’Irma (Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles) à propos du metal en France actuellement.

http://www.irma.asso.fr

Pas grand chose à ajouter sans paraphraser, car l’article est juste excellent, pro, nuancé et vrai. A lire pour les metaleux ou non metaleux.

Pour ce petit blog, cela confirme si besoin était, que le net ne manque pas de publication sur le genre, et qu’il est intéressant maintenant de mêler metal et autres musiques au seins des mêmes publications. De même, il faut souligner que le clivage diminue au sein de la musique elle-même, car les sphères les moins extrêmes de cet univers se teinte toujours plus d’autres genres. Cela justifie de moins en moins cette mise à l’écart médiatique en Europe de l’ouest. Mais comme c’est dit sur l’article, nul besoin de s’en plaindre, car d’une part les choses évoluent positivement, et d’autre part le public metaleux ne s’en porte parfois pas plus mal, voir aime bien, lui aussi, avoir des réactions idiotes envers le reste du monde musical.

Boulevard des Airs – Les Appareuses Trompences

Les Appareuses Trompences

Album sorti en 2013,
Plus d’info ici

Au côtés des Ogres de Barback, du Babylon Circus et de toute cette scène française actuelle, il manquait un groupe à l’esprit un peu plus rock, dans l’esprit des Beautés Vulgaires ou de La Ruda peut-être. C’est un créneau vide que Boulevard des Airs a pris en 2011, avec leur album Paris-Buenos Aires, et son tub Cielo Ciego. Tournées, passages télés et autres signes encourageants ont planté Cielo Ciego en petite hymne made in sud-ouest et ont assuré la promo du groupe. Non sans raison puisque l’album, avec la fragilité et le bancal d’un premier essais, était sacrément prometteur. De quoi faire attendre la suite impatiemment. Et la suite, la voilà.

Boulevard des Airs enchaine donc avec ce Les Appareuses Trompences. (Rassurez-vous, ça sera tout pour les jeux de mots.)Sans trop de surprises, en si peu de temps, le groupe n’a pas changé de direction. On navigue toujours entre les groupes cités plus haut. Et pour ce qui est de mélanger tout ça, on peu déjà dire qu’ils s’améliorent. Ca ne réussit pas aux envolées bien rock puisqu’il n’y à que la chanson titre qui le propose, mais la cohérence globale du disque y gagne. Chanson française festive, rock, reggae et une toute petite pointe jazzy, voilà la recette, à laquelle le groupe ajoute un discutable soupçon d’électronique dont nous reparlerons. Les textes sont maintenant presque exclusivement en français, et profitent eux aussi d’une meilleure cohérence. Évidemment, on ne réinvente pas les thèmes habituels des idées qui se rapprochent du roots, mais déjà, quand c’est pas mal fait…

Les Appareuses Trompences n’a pas son super tub fédérateur, mais répartit le bon feeling un peu partout sur le disque. Au moins, l’album dispose ainsi d’une bonne poignée de titres assez classieux, et sur des styles différents. « Ici » avec son featuring de luxe de Tryo, ou « Je Cours », la mise en train qui met la banane. Classieux également ce « Y Siguen Pasando » mélodieux, plein de cuivres et d’accents latinos. Ces titres et quelques autres remplissent à eux seul le contrat de l’album, et donnent vraiment confiance dans le talent et l’avenir du groupe.

A côté, on a une paire de chanson agréables mais trop passes partout, et surtout quelques expérimentations à base de dub step et d’autres effets, dont je me demande bien ce qu’ils viennent faire là. Heureusement que le groupe tente des choses, mais la froideur électronique n’a que peu de rapport, me semble-t-il, avec leur musique organique, vivante et gentiment engagée. Surtout quand il s’agit d’effet plutôt low cost… En tête de file, « Je Reste Calme », et ses refrains en mode pétage de plombs dans ta game boy. Quant a l’abus parfois très audible de l’Auto-Tune, je vous laisse juge du volontaire ou non de la démarche, et de son effet.

Pas de quoi gâcher le plaisir, Boulevard des Airs réussit son second album. Il est plus travaillé, fignolé, sans oublier la petite fibre festive et joviale, sur fond d’interrogations engagées. Les amateurs du premier disque devraient apprécier. Les autres, sans prendre leur claque du siècle, découvriront un groupe français attachant et sûrement plein d’avenir. En attendant, c’est sur scène qu’il vivra le mieux, et c’est ainsi qu’on a rapidement envie de l’entendre. Pourvu qu’il y ait encore pendant un moment des groupes comme celui-là sur nos planches.

Sidilarsen – Machine Rouge

Machine Rouge

Album sorti en 2011.

Le metal fusion français n’a plus le vent totalement en poupe. Pourtant, les années 90, voir même la vague néo metal furent de vrai pures heures pour un petit noyau de groupes solides. Mais aujourd’hui, aujourd’hui… Mass Hysteria s’obstine à ne retenir de lui même que l’énergie et le rythme, Lofofora semble se défendre davantage mais ne se refait pas totalement une santé non plus, No One is Innocent, Freedom For King Kong et autre Silmaril ne sont que souvenirs… On dirait qu’il faut davantage regarder vers la scène rock pour trouver d’intéressants cross over. Bref, Sidilarsen, pour moi, a toujours été un petit préféré, un groupe discret mais qui promettait et qui s’est fait son identité doucement mais sûrement.
Après le bon mais trop discret Une Nuit Pour Sept Jours, les sidis ont décidés de se recentrer, de travailler eux-mêmes leur communication, et de se faire ainsi davantage entendre cette fois-ci. Ainsi est né « Machine Rouge ».

La couverture fait la part belle à l’eau, homonyme du deuxième album du groupe, et à la féminité, jusqu’ici assez peu mise en avant par ces mecs là. Le titre, lui, outre une idée politique, fait d’abord référence au cœur, organe qui fait battre la vie et qui synthétise les idées de mécanique et de fluide si présentes chez Sidilarsen. Un enrobage agréablement bien bossé qui donne envie de passer au contenu.

Les précédents albums nous ont habitués à du gros son, et Machine Rouge ne déçoit pas là dessus. La production est très bonne, adapté aux orientations de chaque morceau. Seuls quelques bits technos me laissent un peu dubitatifs (« Back to Basics « surtout), mais force et de reconnaître que le groupe a su mettre les moyens pour que leur son ressorte au mieux. Il faut dire que le mix des voix, des grosses guitares typées fusion et des nombreuses touches électroniques n’est plus une recette neuve pour eux, et se retrouve inchangée ici.
Ce qui change, c’est les compositions. On pourrait les résumer par la formule « Back to Basics » utilisée pour le titre de la chanson clipée, mais ça n’est pas si simple. Machine Rouge n’est pas un retour aux sources, c’est une épuration du style du groupe. Les diverses expérimentations de Une Nuit Pour Sept Jours sont écartés, pour ce concentrer cette fois sur l’efficacité, l’aspect direct.

Malgré ces bases solidement rock sur lesquelles sont construits chaque morceau, Machine Rouge n’est pas une démonstration de force non stop. On y trouve pas mal de mi tempo, et du chant plus mélodique que jamais. Les paroles également, sans perdre trop de leur mordant, sont plus abstraites, parfois plus personnelles. Certains regrettent un peu cette baisse de pèche globale. Tant que la qualité est au rendez-vous, à mon avis il n’y a rien à en dire, et le disque offre tout de même ses « Fantasia » ou « Le Meilleur Est à Venir » bien burnés.

A côté de cette maîtrise de la force tranquille, l’album propose aussi son lot de nouveautés à bases de colories venant d’autres univers musicaux, comme d’hab. On trouve ainsi plusieurs invités en tête desquels Mouss et Hakim de Zebda qui viennent appuyer un morceau typiquement Sidi des deux précédents albums. La chanteuse qui avait déjà fait quelques backing discrets pour le groupe s’affiche davantage sur « Back To Basics « , et sur le final « Samira » qu’elle enchante véritablement avec ses chœurs artificiels.

Voilà donc un disque de metal fusion moderne et solide d’un bout à l’autre. Selon les goûts, certaines tentatives peuvent décevoir quelques auditeurs, ou les ravir, mais on validera toujours la démarche. Leur musique paraît aller de l’avant, mûrir et s’imprégner d’autres horizons, tout en s’ancrant sur des bases bien rodées et ayant fait leurs preuves. C’est un peu l’album qu’on espérait en fait !
Souhaitons que « le meilleur reste encore à venir ».

Innerly – In Praise of Shadows

In Praise of Shadows

Démo sortie en 2012.
Plus d’info ici

Les démos et autres premières productions de jeunes groupes constituent une véritable galaxie, un underground tellement vaste qu’y fureter est un exercice que je ne pratique que peu. J’ai un certain respect pour ceux qui doivent y flairer le talent, y dénicher les grands de demain ou au moins les bons artistes. Donc, si je tombe sur cette démo ça n’est pas par hasard. J’ai croisé la route d’Innerly pendant un concert où se sont succédés plusieurs groupes. Et au milieu du reste, le set d’Innerly m’a semblé un très bon moment, pas révolutionnaire, mais rondement mené. C’est ainsi que j’ai été télécharger cette démo gratuite dès le lendemain.

Ce groupe toulousain se présente à nous avec 4 titres dans la plus grande tradition metal symphonique, influencer par des groupes finlandais ou hollandais qu’on ne citera même pas. C’est risqué, car les prétendants dans cette catégorie sont légion, et débuter en la matière n’est pas une mince affaire. Pour ne pas être handicapé par le manque de moyens, Innerly choisit de laisser le clavier dans son rôle de clavier, et de ne pas trop nous la jouer orchestre 16 bits. Du coup, impossible de se cacher derrière, il faut nous montrer qu’ils assurent. Avec un style heavy mélodique, les cordes et la batterie ont un assez bon niveau et offrent à la démo une patate qui peut parfois manquer dans ce style. Cette énergie est une qualité évidente, avec des passages de guitares rapides et de double pédale qui se marient très bien. Il en ressort une certaine chaleur, une certaine euphorie qui rajoute un grain de personnalité à des compositions qui restent pourtant très très typiques.

Autre élément récurant du genre, la chanteuse lyrique. Certes ça n’a plus rien d’original, mais au moins Innerly a été en partie fondé par une représentante de choix. Katia Iva est déjà très à l’aise, sur un registre très proche de celui de Tarja sur Century Child et Once (ça y est on a cité Nightwish). Sur une première démo, sa maîtrise fait plaisir à entendre et promet d’être un point fort pour leur futur. D’autant plus que la dame joue du violon et l’intègre parfois à la musique du groupe. Les deux apparitions de cet instrument se font au travers de soli où il se fait soit planant, soit rapide et en duel avec la guitare. Un autre élément fort intéressant, qu’il faut absolument que le groupe parvienne à intégrer à leurs futures compositions. Je pense notamment à l’album Ghost Opera de Kamelot ou un violon solo fait de remarquables apparitions, cependant trop rares. Avoir l’instrument directement dans le groupe est un atout pas négligeable.

Comme on l’a dit, les compositions restent classiques. On remarque une technique certaine, surtout au niveau de la rapidité, venant de l’ensemble du groupe, servie par une production forcément limité mais très honnête. La batterie souffre un peu d’être trop en retrait, trop bridée alors que le musicien derrière a une certaine puissance à revendre. Les mélodies ne sont pas encore vraiment marquantes, se confondent encore pas mal entre-elles après l’écoute, mais nul doute que le groupe sait les composer et saura mieux les utiliser à l’avenir. Le dosage des pointes de rapidité ou de passages planants est très bien équilibré pour l’écoute des 4 titres. Mention spéciale à « Regrets and Hope » qui tente même de rallonger un peu la compo et d’utiliser toutes les cordes qu’Innerly a à son arc.

« In Praise of Shadows » reste le premier effort d’un jeune groupe, avec tout ce que cela implique en matière de production limité et d’influences beaucoup trop visible, mais le groupe réussit l’exercice sans chercher à contourner ces pièges. Le but d’une démo est d’une part d’être agréable à l’écoute mais surtout de donner envie d’en entendre plus, et ces deux points sont atteints. A partir de là, rien n’est gagné mais tout est possible. Déjà, sans crier au géni, j’ai très envie de voir ce qu’ils deviendront.

Pour télécharger le tout, allez faire un tour par ici ou par là

Zebda – Second Tour

Second Tour

Album sorti en 2012.
Plus d’infos ici

Pour un très large public, Zebda, c’est surtout l’auteur du tub de l’été de 98, Tomber la Chemise. Mais ceux qui, alors, c’était penché sur le groupe, avaient pu découvrir pourquoi Zebda est devenu un vrai emblème de la scène musicale toulousaine. En ce temps où il était possible de faire un tub de l’été avec une chanson qui a autre chose à dire que « oh que c’est bien de danser l’été », le groupe avait sorti un album qui frisait la perfection, qui résumait en une quinzaine de titres tout leur art et leur savoir faire. Le succès et la vie de groupe étant ce qu’elle est, Zebda nous avait quitté sur un « Utopie d’Occase » bien plus perfectible qui a bien faillit avoir leur peau. Mais des années après, expériences diverses, activisme musical et persévérances dans leurs idées ont fait leur travail sur les trois leaders de Zebda, et les voilà prêt a remettre le couvert pour un « Second Tour ».
Comme avec chaque retour de groupe talentueux, on se méfie des retrouvailles tardives. Le public évolue, la musique et ses artisans aussi. Mais, amoureux du message et de la musique de Zebda que nous sommes, nous ne demandons qu’à être convaincu par cette nouvelle offrande.

La diversité culturelle, c’est un maître mot pour les gars de Zebda, et leur musique ainsi que leurs textes n’en sont que perpétuelles illustrations. Aucune crainte à avoir, tout ça n’a pas bougé d’un iota, et n’a pas pris une ride. La musique est un melting-pot d’influences diverses, qui donne quelque chose de forcément très caractéristique du groupe. Il en devient presque difficile d’identifier exactement pourquoi on pense à du rock, a de la chanson française, a du raga, du hip hop ou à du raï. Qui d’autres arriverait à marier des guitares sèches et électriques, de l’accordéon, une batterie très éclectique, des instruments et percutions orientales, des cuivres, et même quelques semples, tout en restant très cohérent et efficace ? On avait pu noter par le passé que les chansons plus posées pouvaient constituer des moments de faiblesses et plombaient certains de leurs albums, mais là encore le temps semble leur avoir indiqué la bonne formule. On aura du mal à dire que « Les Deux Ecoles », « Le Théorème du Châle » ou « Harragas » ne sont pas de bons moments du disque. La première en est même un excellent, dans une veine chanson française très travaillée, qui permet aux trois vocalistes de s’installer un après l’autre alors que la musique débute très acoustique pour prendre un envol plein de cuivres et d’accordéon chaleureux. Le refrain de cette chanson nous rappelle comment les trois voix savent bien s’accorder quand elles chantent simultanément. Les deux pistes suivantes réinstallent Zebda dans leur décor le plus connu, à savoir quelque chose de plus enjoué et dansant. On y rattachera « Les Proverbes », dans le même esprit tubesque de Zebda, comme avant. Impossible et inutile de lister tout ce que le disque propose comme petite trouvaille ou tentative, la musique est bossée, bossée, et encore bossée, pour être tout simplement riche et variée d’un bout à l’autre, du moins au regard du style pratiquée.

Les paroles reflète toujours leur ouverture d’esprit, et les réflexions autour du multi culturalisme, tout en rejetant extrémismes et intégrismes, d’où qu’ils viennent. « Le dimanche autour de l’église » est une parfaite synthèse des idées développées ailleurs, certes souvent déjà abordées par le passé. On tiquera de temps en temps sur certaines rimes franchement foireuses (« C’est quoi ces filles qui se cachent, est ce qu’elles jouent à cachecache ? C’est l’été on dirait l’hivers, quelqu’un a dut dire sortez couvert.»), mais globalement Zebda garde son approche de la langue pleine de références, de petits jeux de mots et de double sens. De plus, mise à part une allusion moyennement fichue à Brice Hortefeux, ils ont su resté assez intemporels pour que l’album ne perde pas son sens une fois passé le contexte de 2012.

Ce Second Tour risque de ne pas vraiment élargir leur public, mais satisfera celui-ci, ce qui est déjà pas mal. Il n’égale pas le grand frère « Essence Ordinaire », mais est incontestablement un bon cru de Zebda, surtout pour un Zebda ressuscité. Quelques chansons un peu en retraits, moins percutantes, et des paroles parfois un peu bancales (pour du Zebda) sont les seules choses concrètement dommageables, mais qui n’empêchent pas de reconnaitre une fois de plus le talent de ce groupe français à l’ambiance unique et enthousiasmante.

Les clips :

Sidilarsen – Une Nuit pour Sept Jours

Sidilarsen - Une Nuit pour Sept Jours dans Chronique d'album

Album sorti en 2008.
Chronique rédigée en 2010.
Plus d’infos ici

Sidilarsen a déjà presque quinze ans au compteur et seulement trois véritables albums. «  » les avait présenté comme un groupe d’indus/techno metal très binaire et dansant. « Eau » avait été une surprise et une vrai grosse claque pour moi, puisque la musique du groupe avait subit une importante évolution vers un metal fusion bien plus organique, vivant et toujours énergique. Encore un bon moment et un changement de guitariste plus tard, ce troisième album s’est profilé et mon engouement pour « Eau » ne faiblissant pas, j’attendais beaucoup de ce « Une Nuit pour Sept Jours », histoire de pouvoir clamer haut et fort que Sidilarsen fait désormais parti des très grands du french metal.

Première observation, le fameux tire-bouchon qui apparaissait toujours d’une façon ou d’une autre sur les pochettes a disparu. Un coup d’œil sur les propos du groupe nous prévient pourtant qu’il faut y voir plutôt une envie de ne pas se coltiner un emblème à ressortir indéfiniment façon Eddie d’Iron Maiden, et pas un signe d’une vrai révolution dans le style.

Et en effet, à l’écoute de « Deuxième Vie », on se demande même si on n’est pas revenu vers la période « Biotop » tant cette chanson pourrait presque être issue des sessions d’enregistrement de cet album. Mais « Acide Occident » et « Féline » nous ramènent sur la piste de Eau, avec des couplets façon raga et des effets électroniques omniprésents et qui servent bien plus que la rythmique. Une fusion typiquement frenchy qui fait très plaisir à entendre ! A ce stade, sans que la messe soit dite pour autant, on tient déjà l’essence de ce troisième album, à savoir non pas une évolution mais une espèce de synthèse du parcours effectué jusque là. « Deuxième Vie » et « Retourner la France » sont les meilleurs exemples de morceaux typiquement issus de « Biotop », alors que plusieurs autres reprennent des formules déjà découvertes sur « Eau ». On touche alors bien sur un point faible de l’album, puisque même si les chansons sont toujours bien fichues et qu’elles satisferont ceux qui accrochent jusque là à la musique des Sidis, des titres comme « Un Elan du Cœur » ou « Essentielle Etincelle » ne peuvent que paraître déjà entendus et un peu plus faibles que leurs aînés.
D’un point de vue plus global, le son est légèrement moins agressif que sur « Eau », la faute surtout au mur de guitares à la Rammstein qui est ici un peu moins imposant (j’ai bien dit un peu seulement). L’électronique en profite pour s’exprimer à fond afin d’imprégner différemment chaque piste. La batterie, enregistrée complètement à part et par un second producteur, joue également la carte de la variété, parfois presque synthétique (« Acide Occident », « Un Elan du Cœur »), et d’autre fois bien plus puissante, le meilleur exemple étant la martiale « Jusque sur Mars ».

Le chant fait parti des éléments qui ont quand même évolués, ou qui ont au moins profité de cette espèce de bilan. La cohésion entre les deux chanteurs a été travaillée, et c’est ensemble qu’ils entonnent énergiquement chaque refrain, pour un mariage très efficace de leur voix. Didou se fait globalement plus mélodique sur ses couplets, même s’il fait toujours appel régulièrement à sa voix rauque façon Lofofora. Viber, lui, a malheureusement laissé tomber ses passages en voix grave et électrique ainsi que ces hurlements, pour se concentrer sur la mélodie et sur des passages parlés ou scandés au résultat mitigé.
Les textes sont toujours en français et traitent de sujets aussi variés que la pollution (« En Vidéo »), les ventes d’arme (« Jusque sur Mars »), le phénomène second life (« Deuxième Vie ») et des textes moins sérieux (« Féline ») ou plus intimistes (« Le Prochain Eté », « Où il veut »). J’apprécie toujours leur écriture, qui justifie assez bien que le chant soit mis en avant. Oui, histoire de me contre dire un peu, l’ »Appel à Résistance » final n’est pas très très inspiré, j’en conviens.

Mais ce qui fait le plus plaisir, c’est de constater que quand ils essaient à nouvEau d’innover, ils y arrivent et que ça leur est toujours aussi bénéfique. Les chansons « En Vidéo » et « Le Prochain Eté » en sont les exemples les plus flagrants. La première est une chanson rock/metal qui met la basse bien en avant et qui attire forcément l’attention. « Le Prochain Eté » est un moment de calme qui met l’électronique à l’honneur, saupoudré de petites mélodies discrètes de guitare, et des chants robotiques de Viber et apaisant de Didou. Ces passages, avec « Jusque sur Mars » et « Où il Veut », sont les plus innovants, et de très agréables surprises.
Pour résumer, Sidilarsen reste toujours se mélange de Mass Hysteria, de Rammstein, d’Asian Dub Foundation et de quelque chose de plus techno, et cet album mixe agréablement le tout pour en tirer du Sidi pur. Cependant « Une Nuit pour Sept Jours », d’une part n’a pas le charisme de « Eau », et prouve d’autre part que le groupe peut toujours surprendre agréablement quand il essaie. Donc, légère déception, non pas due à un mauvais album loin de là, mais au fait que je suis certain qu’ils peuvent mieux faire. A conseiller, en attendant impatiemment la suite.

Clip :

Sidilarsen – Eau

Sidilarsen - Eau dans Chronique d'album

Album sorti en 2005.
Chronique rédigée en 2010.
Plus d’infos ici

C’est avec un plaisir non dissimulé que j’opère ce petit flash back en 2004, sur un album assez discret mais qui m’avait marqué. Les responsables, Sidilarsen, un groupe toulousain qui s’était déjà illustré avec un album de metal indus très techno dans l’âme, symbolisé par ce fameux tire-bouchon vu comme un homme mécanique. Et si le deuxième album porte sobrement le nom de l’élément qui donne la vie, ça n’est pas un hasard, c’est bien pour montrer que du liquide coule désormais dans le corps de l‘homme mécanique. En effet, la musique du groupe a subit une soudaine évolution qui la rend incontestablement plus vivante, plus humaine, moins rigide mais tout aussi énergique.

Dès que la galette violette commence a tourner sur notre chaîne, un son électronique se fait entendre, suivi d’un gros riff indus à la Rammstein, sans prétention mais bien burné. Le chant fait son apparition juste derrière et là, les changements sautent aux oreilles. Les deux vocalistes multiplient les registres, mêlant chants clair et fluide (comme de l’Eau) aux passages agressifs. L’électronique soutient le tout mais ne se contente plus de coller aux accents techno, elle pose une ambiance, fluidifie encore ce premier morceau qui montre le meilleur de ce que peut faire le groupe. Pas d’inquiétude, le reste du disque a tout de même de quoi scotcher.

Les Sidilarsen usent de ces voix aux tons multiples et de cette programmation bien utilisée sur fond de gros mur de guitare pour nous pondre des morceaux qui parviennent à se renouveler à chaque fois, ce qui garantit déjà de ne pas s’ennuyer. La sauce Mass Hysteria est bien détectable, mais le groupe développe une vraie personnalité autour.

Une influence raga balbutiait déjà un peu sur Biotop mais ici, des passages très raga sont disséminés un peu partout, côtoyant le chant gras façon Lofofora de Didou sur « La Fibre », et imprégnant de manière générale la plupart des couplets de l’album. Point culminant de cet aspect, la chanson « La Parole » où les Fabulous Trobadors viennent en renfort débiter de l’occitan à un rythme assez dingue. Et oui, les toulousains se retrouvent pour défendre le sud (« se jouer des tendances et des évidences, je trouve bien trop haut le centre de la France, comme quoi il s’en passe bien plus bas qu’on ne le pense »), et le métissage musical aussi.
Le refrain de « La Fibre » peut faire grimacer ceux qui craignent les relents de néo, mais ce n’est pas pour autant que les Sidilarsen ont abandonnés leur style à toute sortes d’expériences. Le fond reste très metal fusion, et « fluidité » ravira les amateurs de rythmes qui pulsent et de refrains scandés. « Surhomme » démarre en trombe également et Didou et Viber jouent à qui gueulera le plus fort sur le refrain. Et pour les amateurs de la facette techno, « Prédiction » remplace la batterie par un bon gros beat et joue sur de multiples effets pour faire une vraie chanson électro metal (et pas l’inverse). La dernière piste, sans parole, joue aussi la carte du tout électro mais sous une forme bien plus planante et assez inattendue’

Les musiciens ne font pas dans la prouesse technique mais dans l’efficacité, fait souvent relatif au genre. La batterie, sans jamais tomber dans le rythme binaire simpliste, occupe son espace de manière régulière et participe à donner la pèche au tout. Les guitares suivent et forment un mur rythmique dans le même esprit, mais qui n’attire vraiment l’attention sur lui que rarement. Tout ceci forme la partie régulière, la ligne directrice qui permet au groupe de varier les plaisirs sans se perdre pour autant.
Les textes, en français, sont plus travaillés et donc plus mis en avant que sur Biotop. Certains restent assez abstraits mais d’autres comme « La Morale de la Fable », « Surhomme » ou « Elle me Tend Toujours la Main » sont plus dénonciateurs et assez bien inspirés puisque toujours aussi parlants en 2010.

Tout ceci fait de Eau un album de metal à la française de très bonne qualité. Moi-même, je ne suis pas forcément emballé par tous les projets français avec des étiquettes à rallonge qui souvent s’avèrent assez peu inspirés au final. Mais Eau s’appuie sur une base voisine de Mass Hysteria qui a fait ses preuves, et distille plusieurs petites influence pour faire un album solide, efficace, qui peut convaincre quelque septiques et ravir les autres. Même aujourd’hui alors que les modes changes, des galettes comme celle-ci, j’en redemande.

Les clips :

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