Archive pour le Tag 'Heavy metal'

Nightwish – Imaginaerum

Imaginaerum

Album sorti en 2011.
Chronique rédigée en 2012.

Il était franchement difficile de dire à quoi s’attendre avant la sortie d’Imaginaerum en 2011. En effet, qu’attendre de Nightwish ? Un groupe qui s’est hissé au rang des quelques monstres sacrés actuels du metal, et qui en a même partiellement franchi les frontières. Pour en arriver là, le groupe n’a eu de cesse de faire évoluer sa musique au fil de sa discographie, décevant toujours une partie de ses fans mais en amassant parallèlement toujours plus. Et quand le groupe ose en 2006 se mutiler d’un de ses emblèmes les plus fort, à savoir sa chanteuse, il signe sa condamnation ultime à devoir aller de l’avant, et l’Internet ne se remet pas encore tout à fait des réactions des auditeurs. Il en a résulté en 2007 un « Dark Passion Play » qui montrait Nightwish plier, mais ne pas rompre.
C’est donc sagement que le groupe a pris son temps avant de proposer du neuf. Et Imaginaerum, c’est pour Tuomas l’heure d’utiliser ses moyens devenus conséquents pour réaliser un projet réfléchi, soit disant, de longue date. Un album dont le concept et les thèmes musicaux serviraient de base à la réalisation d’un film.

Pas d’inquiétude, le concept n’emporte que rarement le disque hors de ces objectifs. A l’heure de cette rédaction, la France n’a pas vu le film qui en sera inspiré, et pourtant l’album s’est présenté comme une œuvre complète à lui tout seul, porteuse d’une identité et d’un univers. Au cœur du propos, le thème de l’innocence, déjà très largement évoqué par Nightwish par le passé. Mais cette fois, Tuomas ne se focalise pas sur la perte inévitable de l’innocence avec le temps. Il nous plonge dans l’univers d’un vieil homme qui parcours encore et toujours le parc d’attraction que représente ses impressions d’enfant.
En conséquence, nous tenons là l’album le plus lumineux, le plus féerique de Nightwish, loin des doutes et noirceurs de Dark Passion Play ou de Century Child. Pour créer cette ambiance, les finlandais se laissent volontairement disputer la vedette par l’orchestre philharmonique de Londres, ses mythiques chœurs (dont celui des enfants) et même par le musicien irlandais Troy Donockley qui est omniprésent sur beaucoup de titres, poursuivant l’orientation du groupe vers cette aura celtique qui avait commencé à poindre dernièrement.

Imaginaerum, qu’on l’aime ou pas, marque déjà son temps par son approche du metal symphonique. Le savoir-faire avec lequel l’intro est menée, explosant les clichés du genre, ou le temps que le groupe sait donner à l’orchestre pour aérer les compos et l’album en général, sans jamais perdre le fil, sont autant d’éléments marquants sur cet aspect. Les divers intervenant ont retrouvés une unité qui fait plaisir, à commencé bien sûr par le duo de vocalistes Anette/Marco.
Difficile de tout passer au peigne fin. On pourrait parler des tubs façon Nightwish que sont « Storytime » ou « Last Ride of the Day », sur lesquels on sent la nouvelle assurance D’Anette et où on devine de nouveaux hymnes pour le groupe. On pourrait parler de leur nouvelle façon d’appréhender les balades, allant vers une sorte de pop travaillée et inspirée. On pense alors à des groupes comme The Corrs pour l’aspect celtique, ou bien entendu à des compositeurs de bandes originales, dont Ennio Morricone à qui un clin d’œil est volontairement placé sur « Turn Loose the Mermaids ». Et bien entendu, on pourrait parler des vraies moments à part, dont d’abord « scaretale », le théâtral train fantôme du parc Imaginaerum, inspiré de l’atmosphère de la maison hanté de Disneyland Paris. Le résultat n’effraie personne mais emporte le groupe vers de délicieuses envolées caricaturales et délirantes (dans le bon sens). Aussi, « Slow, Love, Slow », la prétentieuse balade jazzy, sur laquelle Anette fait des merveille. Encore, « Arabesque », l’interlude instrumental de luxe, à la fois hollywoodien et tribal. Bref on pourrait continuer encore un moment à faire le tour des traits de bravoure, puisque chaque piste mériterait un commentaire.

Comme on n’a pas non plus entendu dire qu’Imaginaerum était le chef d’œuvre absolu, on pourra lui reprocher deux trois petites choses concrètes. En premier lieu, de foirer sa fin. En effet la seconde partie de « Song of Myself » se perd en longueurs instrumentales ornées de textes lus par divers intervenants, ce qui est assez peu concluant. Et le titre final, en voulant se contenter d’orchestrations, ne fait que reprendre les thèmes principaux de l’album à la manière d’un générique de film, et il faut bien avouer qu’on ne se laisse pas souvent aller à l’écouter sérieusement malgré la prestation de l’orchestre de Londres.
En second lieu, il faut bien reconnaître que les parties heavy jouées par le groupe sont un peu trop lisses et propres, un peu trop sages. Avec des « Scaretale », « Rest Calm », ou « Last Ride of the Day », la section metal sait tirer son épingle du jeu, placer quelques bons soli de guitare, mais que serait vraiment « I Want my Tears Back » si Troy Donockley ne rattrapait pas le coup, et cette intro de « Ghost River » si l’orchestre ne venait pas gonfler les rifs. Mais soyons francs, c’est bien pour faire les difficiles.

Pas de doute, Tuomas a fait là un nouvel album qui fait honneur à son groupe, car il est à lui tout seul un petit tout, pas seulement une nouvelle cuvée de chansons, étonnant de cohérence dans sa complexité. Pour l’histoire du groupe, Imaginaerum est aussi totalement cohérent, poursuivant la lente mais perpétuelle évolution stylistique, qui désormais n’a plus aucune raison de confiner le groupe à la seule sphère metal tant il sait s’ouvrir et s’imprégner d’autres idées au besoin. Du très très bon !

Clip : (Qui se permet d’être plus court que sur album, un comble pour une chanson déjà taillée pour être un single.)

La bande annonce du film Imaginaerum :

Nightwish – Made in Hong Kong (and in Various Other Places)

 

Nightwish - Made in Hong Kong (and in Various Other Places) dans Chronique d'album

E.P. live sorti en 2009.
Chronique rédigée en 2010.
Plus d’info ici

Deux ans plus tôt, Dark Passion Play avait fait couler de grandes quantités d’encre numérique de la part des fans, bien qu’il n’y ait eu presque aucun changement d’orientation musicale entre celui-ci et Once. La raison du tapage, comme vous le savez presque tous je pense, était Anette Olzon et son timbre si différent de celui de la tant aimée Tarja. C’est à la fin de la tournée qui suivit, et juste avant d’en débuter une deuxième d’affilée, que Nightwish nous proposait cet EP live agrémenté d’un DVD. Le dernier live en date, End of an Era, ne remontait qu’à la tournée précédente, cependant le contexte que nous venons de reprendre justifiait en grande partie un nouveau témoignage des performances du groupe. Pourtant, si comme le dit le proverbe qui aime bien châtie bien, c’est avec tout le respect presque autant présent que passé dû au talent de Nightwish que je vais me permettre d’être moins unanime que je ne l’aurais été pour bon nombre d’autres disques du groupe. Comme pour montrer qu’une page de l’histoire est définitivement tournée, les finlandais ne nous offrent ici que du contenu en rapport avec Dark Passion Play, soit huit titres live tous issus du dit album, une version démo d’un titre et 2 B-sides. Quant au DVD, il contient un documentaire sur la tournée et les trois clips de l’album. Le menu étant totalement annoncé, dégustons ensemble.

Un premier gros problème saute à la figure à l’écoute des titres live, le son en lui-même est très décevant. Le public est quasi inaudible à partir du moment ou une chanson est lancée et la production est bien trop lisse. La batterie sonne très bien mais la guitare, même si elle est présente, est brouillonne et ne produit qu’un grincement continu lorsqu’elle ne fait que de la rythmique (j’exagère à peine). Quant au chant, Nightwish semble tendre le bâton pour se faire battre. En effet, pour les avoir vu en concert, je peux vous dire que tous les passages qui pouvaient laisser à désirer sont présents sur ce CD, sauf peut-être Nemo. Le manque de souffle de Marco sur le refrain de Bie Bie Beautiful, les petites adaptations d’Anette à la fin de The Poet and the Pendulum pour ne pas avoir à monter trop haut etc. C’est vraiment dommage, d’autant plus que la belle s’est bien réappropriée des chansons comme Ever Dream, Slaying the Dreamer ou Dark Chest of Wonders. Les chansons en elles-mêmes valent toujours ce qu’elles valent et je vous renvoie aux chroniques de Dark Passion Play pour revenir là-dessus, cependant, vu qu’elles sont jouées presque à l’identique de l’album, le seul résultat est qu’on a trop souvent juste envie de se replonger dans les versions studio qui ont beaucoup plus d’ampleur.

Rendons tout de même à César ce qui est à César, Ever Bring the Night ne perd pas complètement de son énergie bien qu’on en maudisse d’autant plus la production. The Islander et Last of the Wild profitent de la présence de Troy Donockley et de ses instruments celtiques, pour en faire les 2 meilleures pistes, avec enfin de la guitare qui se fait remarquer, qu’elle soit folk ou électrique. Il ne manque que le public pour chanter et taper des mains sur The Islander, mais il suffit d’être imaginatif… 7 Days to the Wolves permet de terminer la partie live sur une note assez acceptable, les deux vocalistes montrant enfin toute leur puissance et les musiciens récitant leur leçon sans problème.

Impossible de juger objectivement le reste du CD et le DVD sans se poser la question du public visé par ce Made in Hong Kong. En effet, mis à part le documentaire qui n’apporte qu’anecdotes et interviews façon rock star, le reste n’est pas inédit, donc les fans hardcore l’ont déjà. Et pourtant, à part des fans hardcore, qui voudrait des trois clips disponibles partout sur le net si on ne les a pas déjà sur telle ou telle édition du dernier album, au côté sûrement d’une ou l’autre des B-Side qui, sans être mauvaises, ne justifieront jamais l’achat de Made in Hong Kong. Pour conclure, les titres live sont globalement décevants et l’entassement de bonus en tout genre déjà présent sur de nombreuses éditions d’albums, singles ou compilations risque de ne contenter ni les fans ni les autres. C’est bien à regret que je m’attarde si longuement à adresser ce premier véritable blâme à Nightwish, dont je ne perds pas l’espoir qu’il soit le dernier.

Les clips présents sur le DVD, issus de l’album Dark Passion Play :




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