Archive pour le Tag 'metal progressif'

The Devin Townsend Project – Addicted

Addicted

Album sorti en 2009

Il y a quelques temps, je vous faisais une présentation du Devin Townsend Project et de son premier disque sous cette entité, Ki. Et manifestement, vu les stats, ça vous à plus. Tant mieux, c’est motivant. On continue donc avec Addicted, on est en 2009.

Si Ki était un bourdonnement interne, une introspection, Addicted explose à l’extérieur, veut se faire voir. L’artiste semble explorer la période où il passe au stade de sa création maximale, de sa popularité avec tout ce que cela comporte (Addicted, c’est évocateur de bien des façons). En conséquence de ce thème, la pochette représente la création artistique, et la musique est indiscutablement plus directe, rentre dedans, et addictive bien sûr… Et si c’était encore un mystère, on retourne bel et bien vers du metal à tendance indus, fini Ki.

Le casting change aussi, et au rayon des têtes connues, Devin partage le micro tout au long de l’album avec Anneke Van Giersbergen (ex The Gathering). Autant dire un argument de choix même si elle n’est pas aussi démonstrative que dans ses groupes. Devin ressort son chant criard, ses guitares indus, ses bidouilles électroniques parfois un peu expérimentales, mais avec une orientation très directe, presque dansante. Du refrain, du riff, des trucs à gueuler, pas de prise de tête, il faut que ça soit efficace. On pense un peu à du Marilyn Manson parfois, mais avec une pâte Devin Townsend.

A ce petit jeu, Devin semble s’en sortir avec une facilité insolente. Aujourd’hui encore c’est le disque où ce paris est le plus réussit. Sur la balade « Ih Ah », c’est presque à se demander s’il ne se fout pas de nous avec un tel refrain facile, mais ça marche ! Pire, il va jusqu’à reprendre une de ses propres chansons, « Hyperdrive », en la remaniant un peu et en confiant le micro à Anneke. Gonflé quand même. Mais que voulez-vous, la voix d’Anneke est magique, et le chant clair de Devin, quand il le sort, est toujours aussi fou, grandiloquent, presque lyrique (le pont de « Numbred »). Le mix est made in lui, donc Nikel, souvent costaud et aérien juste quand il faut.

Revers de la médaille, l’album s’assimile facilement, et donc ce digère facilement aussi, ce qui ne lui donne pas une longue durée de vie. D’autant plus qu’il n’est pas très long, juste 10 titres d’une durée ordinaire. C’est un peu juste.
Les dernières secondes sont un teasing de la suite, avec le mot « Deconstruct » répété jusqu’à extinction de la musique qui semble se dérègler, s’embrumer. C’est le point de non-retour, la chute s’amorce, et elle sera dure. La suite si vous êtes sages.

Ayreon – The Theory of Everything

The Theory of Everything

Album sorti en 2013.

Attention, consommateur de musique clinex, s’abstenir. Arjen Anthony Lucassen, musicien multi instrumentiste hollandais, n’est pas du genre à aimer les trucs vites expédiés et vites digérés. Par le biais de l’entité Ayreon, il s’est déjà fait une petite spécialité de l’opéra rock/metal, qui gardait jusque-là des thématiques assez proche de la science fiction. Par opéra, il faut comprendre qu’il y a une histoire à suivre, et que chaque chanteur interprète un personnage. The Theory Of Everything est sorti en 2013, et affichait un casting très engageant et un thème nettement plus humain, tout en restant proche des questions scientifiques. Avec ce cahier des charges et quelques extraits, je me suis senti d’attaque pour découvrir se pavé, malgré son aspect pas forcément austère, mais indigeste. Lucassen lui-même demande à ce que l’on veuille bien le découvrir par étape, petit à petit, avant de se faire un avis. Suivez le guide, je vous ouvre les premières portes. Dernière précision, je n’ai pas écouté les précédents efforts de Ayreon, je ne peux donc pas comparer.

La théorie du tout est une théorie scientifique réelle, qui, a ce que j’ai compris, veut qu’il y ait une formule centrale, une espèce de loi universelle inconnue qui réconcilierait les lois de l’infiniment petit et celles de l’infiniment grand, qui semblent jusque-là ne pas obéir aux même règles. Avouez qu’on commence bien là… Bon, on range Jamy dans le camion, parce qu’au final, le contenu de la théorie, on s’en fout un peu pour Ayreon (mais que voulez-vous, je me soucie de votre culture moi). L’histoire s’ouvre sur un jeune homme atteint d’une sorte d’autisme, dont le père est un scientifique qui travaille sur cette fameuse théorie. Sa mère désespère de comprendre un jour le fonctionnement de son fils. Un jour, un sympathique professeur découvre des dons mathématiques exceptionnels au jeune prodige. Il tente alors d’expliquer au père l’intérêt qu’il devrait enfin porter à son fils, d’un point de vue scientifique et aussi humain. Mais d’une part le bonhomme n’est pas facile à raisonner et va s’entourer d’un psy aux méthodes douteuse, et d’autre part le jeune prodige attire la convoitise d’un rival qui n’a pas l’intention de se laisser éclipser par un attardé. Voilà pour la situation qu’expose le premier acte.

Sur la forme, l’album se compose de 4 gros morceaux (ou actes, ou mouvements, comme vous voulez), répartis sur 2 CD et eux-mêmes découpées en plusieurs pistes. D’ailleurs, si vous optez pour une version numérique comme le MP3, je vous conseille fortement de trouver un lecteur qui ne laisse pas de blanc entre les pistes, sous peine de hacher désagréablement l’écoute (déjà que ça n’est pas simple à découvrir). Musicalement, on est sur du rock/metal progressif, auquel on peut ajouter des sous-genres folk ou power mélodique. Ne cherchez aucune structures faciles à accrocher, tout est très étirée, et les mélodies récurrentes ne vous apparaitrons qu’après quelques écoutes. Le mix est assez sobre, un peu passéiste même, mais a le mérite d’être très clair et de mettre en avant chaque instruments et voix. Pas de surplus d’effets, d’orchestrations ou autres, les ingrédients sont rapidement dévoilées et identifiés. Vu la tête des compositions, croyez-moi c’est suffisant.
Heureusement, je me répète un peu mais, malgré sa forme indigeste, la musique reste assez attrayante, même aux premiers abords, car pleine de mélodies et de chanteurs talentueux. On repère assez vites de bons passages, avec des mélodies qui tournent en boucle (« Patterns », (The Eleventh Dimension » etc.). Si déjà vous ne trouvez pas ça désagréable, vous tenez l’essentiel, vous allez pouvoir insister un peu, y aller petit à petit et découvrir l’album comme il faut. Plus tard vous remarquerez les thèmes récurrents, vous rentrerez dans l’histoire.

Parlons un peu du casting en commençant par les musiciens, car malgré le concept les passages instrumentaux restent nombreux. On trouve notamment des ex Genesis et Dream Theater à la guitare et au clavier. Ces deux instruments dialoguent très souvent, jouant avec les divers thèmes principaux ou en free style complet. Troy Donockley de Nightwish (qui décidément sait s’exporter ces temps-ci), est lui aussi très présent avec ses instruments folk celtiques, ce qui apporte une vraie plu value par rapport à des claviers. Les compos lui laisse de belles parties pour s’exprimer, tant sur des fonds électriques qu’acoustiques. Il a peut-être même davantage d’espace qu’au sein des derniers Nightwish.

On pourrait faire un tour complet des chanteurs et chanteuses présents, car leur prestation fait plaisir. Les plus surprenant sont ceux qui savent vraiment entrer dans leur personnage, offrir un travail d’acteur en plus du chant. En particulier JB de Grand Magus me bluffe, en prof humain et bien intentionné, loin de l’image de grand viking bourru qu’on lui connait. Le duo père /fils (respectivement Michael Mills que je découvre, et le jeune Tommy Karevik, récente recrue de Kamelot) s’en sort aussi à merveille, en portant la majeure partie de la charge émotionnelle sur leurs épaules. Marco Hietala (encore un Nightwish) est moins surprenant en rival hargneux, mais parvient à imposer quelques passages tout en retenue, ce qui offre une facette plus dramatique et intéressante à son personnage. Je n’ai pas parlé des deux femmes présentes, je sais, quel sexisme, mais il y a tant à dire. J’aime beaucoup le petit prélude folk au dernier acte, seul moment où ces deux personnages se rencontrent.

Allez, essayons de ne pas s’étaler inutilement et d’être synthétique. The Theory of Everything est un album assez passionnant, avec un casting international et inter générationnel à faire saliver beaucoup d’amateurs de la sphère rock/metal mélodique. Il faut s’y pencher avec un peu d’insistance pour passer le cap, s’intéresser aux textes, et bien sûr être un minimum attiré par cette musique prog assez technique et un chouya rétro. Mais le jeu en vaut la chandelle, ça va vous occuper un moment, et d’une bien belle manière. Vous allez encore passer pour un extra terrestre auprès du reste du monde, mais si vous en êtes là de la lecture, c’est probablement que ça ne vous pose pas de problème particulier.

Orphaned Land – All Is One

All Is One

Album sorti en 2013.

En tête de CV, Orphaned Land peut faire figurer « pères fondateur du metal oriental ». Ca n’est pas abusif, puisqu’ils sont les premiers à, depuis leur Israël natal, avoir proposé au monde entier une forme polymorphe de metal tinté de nombreux éléments de musiques orientales. Oh bien sûr, depuis le début des années 90, le parcours fut long, parsemé de seulement 4 albums jusqu’en 2010, mais avec une courbe de popularité toujours croissante. Le groupe ne s’est pas contenté d’imposer ce mix musical, il s’est aussi fait connaître comme porte parole actif de la situation politique et culturelle de leur coin du monde. Aucun engagement politique direct, aucun réel parti prix revendiqué dans les remous de l’Histoire depuis 20 ans, mais un farouche message de paix entre 3 cultures monothéistes qui ne cessent de prouver leur capacité à se mettre sur la gueule. Et si le message doit passer par le propos religieux, ça n’a notamment pas effrayé Orphaned Land avec un album tel que Mabool (déluge en Hébreu) en 2004. Les tournées se sont succédées, se sont élargies, ont franchies des frontières revendiquées par les 3 cultures, au moyen orient comme en Europe. Là encore, tout ne s’est pas fait sans embuches, mais le constat avant la sortie de ce petit dernier en 2013 est clair. Première tournée européenne entièrement consacrée à des groupes d’oriental metal, DVD live, album solo du guitariste Yossi Sassi (concept album assez sympathique pour ceux qui aiment les albums de guitare), bref, le rythme s’est accéléré.

Et début 2013, c’est la rumeur. Orphaned Land serait parmi les nominés au pris Nobel de la Paix. On suppose, en raison du message véhiculé et des nombreux rassemblements de publics de tous bords sans accrochages, lors des concerts.
Rappelons quand même que, malgré les indices laissés par le label et les propos tenus par-ci par-là, la liste de ces nomination n’est connue que du seul comité. De plus, selon France Info, il y aurait un nombre record de postulants cette année, soit 259. On ne s’attend donc pas tellement à les voir élus. Il n’empêche qu’une simple nomination à cette récompense serait une sacrée reconnaissance
de leur parcours. Si vous êtes du genre militant, une pétition existe pour les soutenir.
Avec tout ça, on n’a toujours pas parlé de l’album All Is One, mais ce contexte est un élément important de son identité. C’est de loin l’album qui aura mûri le moins longtemps avant de sortir, et il était annoncé comme plus catchy, plus direct. D’où la crainte de nous voir offrir un album complètement dirigé vers leur notoriété, et musicalement bâclé.

Inutile de ce la jouer suspense, oui, archi oui, All Is One est carrément plus accessible, plus grand public. Enfonçons le clou, c’est aussi l’album dont le concept artistique est le moins travaillé depuis un sacré moment. C’est dit. Pour autant, est-ce que la messe est dite ? Heureusement, non, vraiment pas. D’une part parce que même si Orphaned Land ralentie un peu la dose en matière de concepts albums, ils ont encore une bonne marge avant de nous servir du vent. Et d’autre part, le lien entre simplicité et mauvaise qualité n’est pas scientifiquement prouvée, n’en déplaise à une élite de branleur musicophyles (oui je sais qu’on dit pas musicophyles). Et sur ce point également, le groupe peut lever un peu le pied et rester très honnête.

L’accent est mis sur l’unité entre 3 cultures religieuses, une idée qui s’illustre ici tant visuellement, musicalement que linguistiquement.
Au niveau du style, on s’approche du symphonique, avec l’ajout de beaucoup de violons et de chœurs, ainsi que des fameux instruments traditionnels si chers au groupe. La production est parfaitement énorme et exemplaire, mixant tout ça avec aisance. La partie metal, bien qu’assez propre sur elle, a l’espace sonore suffisant pour envoyer ce qu’il faut et ne pas se cacher systématiquement derrière le reste. Le seul qui se tape une mise en avant quasi constante, c’est le chanteur, Kobi Farhi. Vous me direz, quand on revendique des compos ouvertement plus grand public, quoi de plus normal que de mettre le chant au premier plan. Le bonhomme tient le micro depuis les débuts du groupe, et continue ici sa transition vers le chant clair constant. On n’aura droit à du guttural que sur le titre « Freedom », ou sur un léger aspect tribal plutôt bien fichu sur « Our Own Messia ». Même si il laisse parfois deviner ses limites dans les tonalités hautes, Kobi nous fait une prestation remarquable, qui joue son rôle dans l’identité sonore du groupe.

Comme on l’a dit, on se retrouve avec pas mal de chansons directes, courtes et plus ou moins efficaces selon le cas. Parmi les réussites je citerai « The Simple Man » qui bizarrement ne fait pas parti des clips, la dépaysante « Ya Benaye », et bien sûr la balade « Brother » qui devrait susciter des réactions aussi vives qu’opposées.
Mais au delà de ces enrobages plus ou moins commerciaux, l’album garde un cœur qui se situent de la piste 4 à 8, où ils osent quand même des structures moins conventionnelles (tout reste relatif), et où se trouve pour moi l’essentiel de son âme. C’est ici que Kobi donnera le meilleur de lui, que les guitares et batteries lâcheront temporairement la bride (sur l’instrumentale « Shama’im » surtout), et que le folk et la symphonie se paieront les plus beaux passages.

Tout ça laisse un peu partagé. D’un côté, on comprend ceux qui seront inévitablement déçu par la direction prise. Pourquoi disposer de tels musiciens si c’est pour amoindrir les aspects les plus techniques de leur musique ? Le côté progressif en a pris un coup, et le côté death, n’en parlons même pas. On aurait souvent envie d’aller demander au batteur, Matan Shmuely, d’accélérer un peu le tempo et de se lâcher. Mais une fois passé ce cap, il faut reconnaître ses qualités, son sérieux et son côté symphonique réussit et touchant. L’ensemble fait plaisir, fait honneur au metal main stream (si ça en est). Moi je n’ai qu’une envie, faire tourner.

The Devin Townsend Project – Ki

Ki

Album sorti en 2009.
Voir ici pour la présentation du Devin Townsend Project

Le KI est une notion complexe de spiritualité en extrême orient. On pourrait la résumer à un flux d’énergie spirituelle qui parcourt le monde et les hommes. C’est certainement un résumé affligeant d’imprécision, mais mes relations réelles avec le Ki ne se résument presque qu’à Dragon Ball, comme beaucoup de monde, ce qui donne une idée de non maîtrise de la notion.
Ici, bien qu’une certaine aura mystique plane autour de ce disque et de son pacaging, Devy ne traite pas réellement de cette notion au sens propre. Nous sommes dans l’esprit du musicien, avec, effectivement, toutes les différentes énergies qui le traverse à cette période charnière de sa vie personnelle.

Au premiers abords, l’initié en Devin Townsend comme le novice sera assez perplexe devant l’étrangeté de KI. Les premiers mots qui viennent sont épuré, intimiste, presque jazz sur les bord, et étrange… Pourtant KI n’est pas impénétrable ni trop abstrait, il est juste assez expérimental, déroutant et difficile d’accès sans en avoir l’air. Cette difficulté à cerner l’album vient de ses nombreux paradoxes. On n’y retrouve pas l’habituelle épaisseur sonore du musicien, et pour autant la musique n’en est pas moins complexe et riche. De plus elle est, à l’image de l’esprit de son compositeur, d’humeur changeante.

Du coup, difficile de trouver une couleur dominante. L’album n’est clairement pas heavy, avec cette batterie presque jazzy, cette guitare souvent douce, voir planante, se son feutré, et ces quelques pistes presque atmosphériques. Pourtant, il n’est vraiment pas calme et apaisé pour autant. On peut même dire qu’il se montre souvent menaçant, bouillonnant, plein d’une colère contenue. D’ailleurs les quelques vrais éclats de saturations et de chants extrêmes dans la premières moitié de l’album semblent ne s’échapper que par trop plein, par débordement incontrôlable, pour être réprimés dès que possibles. Cela donne a Devin l’occasion de montrer brièvement tout l’étendue de son spectre vocal, avec son chant clair si étonnant et son registre extrême plus que maitrisé. Le plus souvent, il se contentera, à l’image de l’album, de tout jouer dans la retenue, ce qui ne l’empêchera pas d’offrir mille et une remarquables nuances et émotions.

Replié sur lui-même, renfermé, Ki n’est à priori pas franchement attrayant. Il faut de l’attention pour dénicher ce qu’il a de beau (« Terminal » ou « Lady Helen »), ce qu’il a d’ambigu (« Disruptr » ou « Heaven Send »), ou de plus joyeusement fou (le swing rétro de « Trainfire » ou « Ki »). Les quelques longueurs atmosphériques plombent un peu l’ensemble, et obligent à l’écouter avec un système sonore honnête. Exit le smart phone et son haut-parleur vachement trop cool, et le PC portable avec le 2.0 de voyage, vous passeriez complètement à côté.

Malgré ces nombreux côtés atypiques, Ki reste bien un album de Devin Townsend, et a le mérite de ne pas faire dans le convenu pour démarrer sa tétralogie. Ecouter Townsend, c’est faire preuve d’ouverture d’esprit, et celui-ci en est un bon exemple. Le jeu en vaut la chandelle, d’autant plus que ça n’est que le premier acte.

Sonata Arctica – The Days of Grays

The Days of Grays

Album sorti en 2009.

Sonata Arctica est l’un des groupes les plus connus du power metal mélodique des années 2000. Depuis Ecliptica en 99, ce groupe s’est fait remarquer avec un power metal assez jovial et rapide, et avec un sens affuté du tub efficace. D’ailleurs, c’est ce qui fait que Sonata n’est, pour moi, resté longtemps qu’un groupe juste sympathique à l’occasion, sans plus. Cependant avec Unia en 2007, Sonata a déstabilisé ses fans en proposant un album un peu plus lent, et qui ajoutait un léger aspect progressif un peu moins accessible dès la première écoute. Je n’avais pas réellement accroché pour autant mais j’avais alors apprécié la capacité du groupe à prendre des risques, tout en leur reconnaissant toujours un savoir faire indiscutable. Malgré cela, ça n’est que tardivement que je me suis décidé à écouter The Days of Grays, poussé par des critiques assez unanimement positives. Et ce n’est pas moi qui irai à contre sens.

Pourtant à première vue, la couverture est tout ce qu’il y a de plus cliché, Sonata nous offrant une imagerie nordique banale. Mais la musique, elle, se charge d’entrée de jeu de nous sortir des habitudes. Après quelques secondes de crescendo qui laissent présager d’un démarrage en trombe, « Everything Fades to Gray » se dévoile comme étant en fait une délicate instrumentale, assez finement travaillée avec ses lignes de clavier soutenues par des violons et violoncelles. Non, ça n’est pas qu’une intro à rallonge pour la forme, c’est bien un vrai démarrage, original et prenant. La suite multiplie encore les contre-pieds. « Deathaura » commence encore doucement au violon avant que les guitares et la batterie ne déboulent sans prévenir, frappant étonnamment fort pour du Sonata. Et alors qu’on attend la voix de Tonni Kakko d’une seconde à l’autre, le fracas de double pédale s’interrompe aussi brutalement qu’il est arrivé, pour faire place à une petite ligne de clavier façon B.O de Harry Potter, sur laquelle on découvre une voix féminine, celle de la chanteuse pop finlandaise Johana Kurkela, sur laquelle nous autres français n’avons normalement aucun à priori. A ce stade, le groupe est bien parvenu à nous enlever nos certitudes, et notre attention est totale. Maître Kakko peut faire son entrée, et le groupe peut entamer sa mise en place normale. Enfin normale, pas trop non plus, « Dithaura » étant une bonne grosse pièce aux accents progressifs très bien construite, ou Tonni et la chanteuse se répondent constamment, pour un résultat speed mais enchanteur faisant forcément penser à un certain Edward aux Mains d’Argent.

Hivernal, enneigé et magique, voilà l’atmosphère qui plane sur l’ensemble de l’album et qui lui donne son petit plus. Des chœurs discrets apparaissent régulièrement et parsèment le disque de « ouououou » virevoltants comme du vent chantant entre les parties de power metal. Le clavier de Mr. Klingenberg Tient une place prépondérante, et passe par de multiples sonorités qui apportent également beaucoup à l’ensemble et qui semblent généralement bien moins kitch qu’elles ont pu l’être. Ce clavier est ponctuellement soutenu par la section symphonique qui sait rester discrète, juste à la bonne place pour approfondir le son mais ne pas réellement transformer la musique du groupe en pompeux metal synpho. Même lorsque le label Nuclear Blast leur demande de placer quand même un single qui va bien, Sonata sait garder l’identité de l’album tout en rajoutant le refrain fait maison taillé pour le live (Flag in the Ground).

Pour le reste, les petits moments de bravoures se succèdent. La monté en puissance de « The Dead Skin », où Tonni nous présente sa récente maîtrise du cri suraigu et où les musiciens se payent une belle accélération en milieu de morceau. « Juliet » renoue avec le penchant romantique et là encore c’est Tonni qui s’illustre par son chant émotionnel et maîtrisé. « No Dream Can Heal a Broken Heart » Fait à nouveau appel à la chanteuse pop pour la parfaite illustration de tout ce qu’il y a de neuf sur cet album, une structure rondement menée mais plus complexe que le Sonata des débuts, un vocaliste au top et une ambiance délicieusement froide et enchanteresse. Même constat pour « The Truth Is Out There » et son jeu de clavier entre piano envoûtant et solo puissant, presque arabisant sur sa fin, alors que l’harmonie entre celui-ci, le chant, les chœurs et le reste offrent un final digne de ce nom. La véritable dernière piste est une seconde occurrence de « Everything Fades to Gray » mais avec paroles, et avec un texte qui mérite l’attention.

Histoire de relativiser, signalons les deux balades qui me laissent totalement de marbre, et le fait que l’album reste très power dans l’âme et ne s’ouvrira donc pas facilement aux non convaincus, malgré sa qualité qui en fait après tout un bon ambassadeur.
Je trouve à « The Days of Grays » une véritable aura, une vraie petite atmosphère Burtonienne et nordique qui s’ajoute à l’agréable de la musique de Sonata. L’album sonne comme un adieu forcé au passé adolescent, naïf et coloré du groupe, tout en en conservant une poésie certaine, une magie quelque part dans l’atmosphère alors qu’un cap vient d’être franchi. Entre deux ages, cet album reste comme une petite pépite dans la discographie du groupe.

Amaseffer – Slaves for Life

Slaves for Life

Album sorti en 2008.
Chronique rédigée en 2012.
Plus d’infos ici

Amaseffer est un projet ambitieux né de deux musiciens israéliens. Leur but, faire des concepts albums autour de l’ancien testament. Plus qu’une simple inspiration, ce thème constitue la vraie raison d’être de leur musique, qui en devient presque cinématographique tant elle se plie à l’histoire racontée, et non l’inverse. Pour arriver à ce résultat, ils ont su s’entourer de personnalités reconnues. En tête de file, Mats Levin, qui a un passif de bon bourlingueur. Pour le seconder au chant, nul autre que Kobi Farhi d’Orphaned Land, tout de même un symbole du metal made in israel. Celui-ci assurera la partie disons traditionnelle du chant, celle qui dépayse et sort des registres habituels du metal. Avec ce petit monde au casting, nous sommes fin prêt pour une écoute qui s’annonce longue, mais divinement dépaysante et prenante. Le thème de cet album, l’épisode de l’exil.

Une page vierge que l’on installe, et un narrateur pose les premiers mots de l’histoire. Pour nous autres auditeurs, ces bruitages laissent presque immédiatement place à ceux d’une charrette tirée par un cheval, lentement, dans le désert égyptien. Une guitare acoustique et une vraie flûte arabe se charge de nous accueillir posément. La piste de loin la plus courte de l’album, mais une mise en route parfaite pour entrer dans l’atmosphère de ce contexte. « Slave For Life » arrive alors, et avec elle le démarrage du power progressif, et des deux chanteurs. Cette chanson est une des seules à avoir un refrain, mais à part ça elle présente bien ce qui nous attend, à savoir du power assez lent pour le genre, et surtout très progressif et très ambiancé, via notamment un clavier omniprésent au sonorités variés, et de nombreux bruitages. Le thème des esclaves hébreux donnent logiquement une chanson assez douloureuse, très bien porté par les vocalises de fin de Farhi.

La piste suivante s’ouvre sur une orchestration qui bien qu’artificielle, ferait presque hollywoodienne pendant un moment, avant que les couleurs orientales ne ressurgissent. Et c’est sur ce qui aurait pu être un beau refrain simple de power (sauf qu’il ne reviendra pas par la suite), que le prophète voit le jour, avant que sa mère ne soit contrainte de l’abandonner aussitôt sur le Nil.

Des années après, « Midian » présente Moïse qui entrevoie son destin, sur un bon mélange de parties métal posés et d’autres plus arabisantes. Un jour, celui-ci précipite ce destin en défendant une innocente maltraitée par 2 égyptiens. Un passage intense, avec une pointe de chant death, la seule. Le meurtrier, à grand renfort de bruitages et de voix, et contraint à la fuite.
Réfugié dans une oasis au milieu du désert, Moïse fait la connaissance de « Zipporah » (oui Sephora quoi), et c’est pour nous le temps de la balade. Amaseffer évite là de la plus belle manière le piège de la ponte de chamalo en proposant une vraie balade du désert égyptien, avec percussion, guitare spécifique, et surtout chant féminin en langue originale (que je ne tenterais pas de nommer sous peine de me planter à coup sûr). Loin d’être un interlude, cette chanson est une vrai oasis même pour l’auditeur, un passage original et sacrément bien mené sur lequel les 3 voient s’entremêlent pour un résultat tout simplement enchanteur.

La seconde moitié du voyage, qui s’étend de l’apparition de dieu sous forme du buisson hardant (« Burning Bush »), jusqu’au voyage du peuple hébreux dans le désert, souffre de davantage de longueurs, la faute surtout à de trop longs passages instrumentaux où de chants orientaux. Si ces passages apportaient un plus par rapport au rôle tenu par les divers solistes sur le reste du disques, l’intérêt serait sauf, mais ça n’est pas franchement le cas. On aura quand même droit à dix plaies d’Egypte intenses musicalement et du point de vue mise en scène (si j’ose dire), et à un final digne de ce nom, usant de chœurs sur un refrain qui reflète l’espoir des exilés.

D’un point de vue plus global, comme le laisse entendre le tour d’horizon que nous venons de faire, la production est à la hauteur des ambitions. Sans les moyens d’un grand groupe de metal synpho, Amaseffer parvient à nous emporter avec eux facilement. Les deux musiciens initiateurs du projet, batteur et guitariste du disque, ne donnent pas dans la démo de technique, préférant renforcer la patte metal oriental qu’on reconnaît bien. Même si la guitare sait se faire parfois plus tranchante, elle reste globalement très mélodique et tout à fait dans le ton. D’ailleurs, ceci permet adroitement de limiter les cassures entre les parties metal et les parties clavier, flutte et ambiance. Autre instrument de cohérence globale de l’album, Mats Levin dont il convient de souligner la prestation. Sa capacité à faire passer des émotions est plutôt remarquable. Des moments de désespoirs et d’autres plus lumineux côtoient des pointes plus intenses qu’on associera aussitôt à Tobias Sammet (Edguy, Avantasia) tant leur voix peuvent se ressembler parfois. Sans oublier « Zipporah » qui sort de tout registre heavy et où il se montre tout aussi émotionnel.

La formation visait haut, et globalement leurs épaules ont supporté le poids du défi. Certaines longueurs sont à déplorer, qui rende l’album difficile à digérer d’un trait, sans compter que le style progressif demande souvent un minimum d’écoute pour être pleinement apprécié. Mais le concept ambitieux, les moyens qu’ils se sont donnés pour le faire et l’envie certaine de bien le faire qui se dégage du disque le rende assez unique en son genre. Et après plusieurs années où on a pu croire le projet mourrant, un nouvel album devrait finalement voir le jour en cette année 2012, et on le souhaite au moins aussi bon et envoûtant.




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