Archive pour le Tag 'Metal symphonique'

Nightwish – Handless Forms Most Beautiful

Endless Forms Most Beautiful

Album sorti en 2015

 

« Une quantité de belles et admirables formes», ce sont des mots de Charles Darwins pour parler des miracles de l’évolution des espèces. Pour en faire un titre d’album, il fallait quand même avoir confiance. De tes cours de bio au metal sin phonique, il n’y a qu’un pas, Nightwish.

 

Cela fait un moment que le groupe finlandais est sorti de son océan primitif. L’évolution, ils connaissent et ils pratiquent. Du point de vue de la composition du groupe, ils pratiquent même dangereusement. C’est ainsi qu’on se retrouve aujourd’hui avec Troy Donockley officiellement à la flute, cornemuse et troisième micro, et Floor Jansen (Revamp, Ex After Forever) au premier micro. Pour finir, la santé de Jukka le donne forfait pour cette nouvelle page de la vie de Nightwish, et c’est le cogneur de Wintersun qui débarque en remplaçant temporaire derrière les futs. Sérieusement, même si l’instabilité chronique du groupe fait peur, l’amateur moyen de metal peut laisser échapper quelques filets de bave à la vue de ce casting.

 

 

Comme promis, la musique se recentre sur le groupe, replaçant l’orchestre au rang de soutient sur la majorité des titres. L’aspect heavy refait surface, les sonorités rappellent assez l’album Dark Passion Play, bien que le ton ne soit pas le même. On reste sur les couleurs plutôt enjouées et lumineuses qu’avait dévoilées Imaginaerum. La présence accrue de Troy permet quelques dialogues franchement agréables entre guitare, clavier et flute, signant ainsi le retour des soli chez Nightwish. Kai Hahto s’est très bien adapté au jeu de batterie plutôt appuyé et carré de Jukka, là où ses prestations chez Wintersun étaient plutôt virevoltantes.

 

Peut-être pour la première fois de leur carrière, cet album ne passe pas de nouveau cap, n’amène aucun élément encore inutilisé. Pour une thématique autour de l’évolution, c’est un comble. On peut le voir comme une déception, mais ça serait être bien difficile vu le niveau de ce qu’ils envoient. Les heureux possesseurs de l’édition collector (pas donnée quand même) auront le loisir de décomposer tout ça couche par couche sur les 3 CD, ce qui leur illustrera, si besoin était, la profondeur des compositions. Du coup, même s’il est clair qu’on revient vers davantage de chansons efficaces, avec des refrains et des rifs catchy, j’hésiterais à parler de simplicité pour autant…

 

 

Outre le rythme de croisière, Nightwish remontre parfois les dents, comme sur « Yours is an Empty Hope » dont l’agressivité fait plaisir et ne tombe pas à plat cette fois. On remarquera aussi « My Walden », la chanson spéciale Troy Donockley qui se termine sur un sympathique bordel celtique. J’aime également assez « Edema Ruh », sans orchestre, un chouia rétro, qui revient un peu vers du heavy rock tranquille qu’on n’attendait plus trop de Nightwish.

Quant à la fin, comment ne pas en parler… Après une instrumentale presque toute orchestrale, qui renvoie vers l’album solo de Tuomas, ils nous préparent la masterpiece traditionnelle, d’une taille respectable de 24 minutes ! Ah oui c’est un petit tout à elle-seule, de quoi oublier le ratage du dernier album en la matière. Le morceau retrace la formation de la Terre, l’apparition et l’évolution de la vie, rien que ça. Soutenu par la voix off du biologiste Richard Dawkins, par des sons de toutes sortes, et par l’orchestre de Londres qui se réimpose parfois complètement, je ne sais pas si on parle de chanson à ce stade, ou de projet musical, d’expérience, de truc… Presque de quoi avoir besoin d’une chronique à part.

 

Dernier petit regret, celui d’avoir choisi une chanteuse telle que Floor Jansen, capable d’aller du chant lyrique jusqu’au growl, pour ne l’utiliser finalement que si peu. On lui découvre bien un chant plus posé, plus chaleureux et pop par moment, mais c’est bien peu de choses par rapport à ce qu’elle a pu montrer sur d’autres projets. La prochaine fois peut-être ? Ca n’empêche que son intégration à la musique de Nightwish se fait naturellement, sans même y faire attention, comme une évidence.

 

Voilà, on a un nouvel album de Nightwish, qui pour une fois risque de ne pas être très déroutant, mais qui transpire la personnalité du groupe et qui utilise une assez vaste gamme de ce qu’ils savent faire. Toujours pas détrôné.

Wintersun – Time I

Time I

Album sorti en 2012.

Encore une formation du grand nord, comme son nom peut le laisser supposer. Wintersun est un groupe finlandais mené par Jari Mäenpää (ne me demande pas comment ça se prononce). Pour l’aspect historique, le bonhomme avait au préalable participé à l’essor du groupe Ensiferum, qui est toujours bien vivant aujourd’hui, avant de quitter le navire et de créer Wintersun en 2004. Seul maitre à bord et désireux de conjuguer ses origines metaleuses nordiques à quelque chose de plus technique et américain, le groupe a sorti la même année son premier album, qui portait sobrement le nom du groupe. Ce fut un joli carton dans le petit milieu du mélo death, qui a propulsé directement Wintersun au rang de ceux qu’il faudrait surveiller de très près pour la suite. Et la suite fut, disons, légèrement plus compliquée que prévu. L’album Time, initialement annoncé pour 2006, fut repoussé, encore repoussé, subit des soucis techniques et autres nébuleux problèmes à répétitions. Tant et si bien qu’au début des années 2010, le groupe n’étant toujours pas oublié du public, Time n’avait plus qu’un seul qualificatif, arlésienne. Et il faut croire que le terme n’a pas fini de coller à la peau de ce projet, car finalement, après avoir remué ciel et terre pour avoir les moyens d’arriver à son but, le groupe ne peux présenter que ce Time I en 2012, supposé n’être que la première partie d’un diptyque dont la seconde moitié reste à l’heure actuelle très hypothétique. Comme quoi, le nom du projet était bien choisi. Rien que 8 ans de gestation pour une première moitié d’album. Autant dire qu’on attend un certain résultat.

C’est sûr, Jari y a mis les moyens. Il voulait donner une dimension symphonique et asiatique à sa musique, et le résultat y est. L’intro est finement travaillée, sans la moindre touche de metal, à la fois dépaysante et enjouée. Un vrai bon accueil dans le nouvel univers de Wintersun. Pourtant quand guitares et batteries débarquent, on replonge directement dans le death mélo très reconnaissable du groupe. Plus accompagnée, plus épique, c’est certain. La complexité de la construction est toujours aussi présente. Cette formidable « Sons of Winter and Stars » possède plusieurs phases, très bien imbriquées entre elles, qui parvient à mêler vitesse jouissive, agressivité death et phases plus chantés et lumineuses. Le chant death de Jari est toujours Nikel, et on découvre ses progrès en chant clair. Malgré ses efforts louables, pour moi il garde souvent un aspect viking bourru un peu clichesque, au regard de la prétention musicale en arrière-plan.

C’est bien là la force et la faiblesse de Time I, la prétention. Jaris a voulu péter plus haut que son cul, et n’y parvient que partiellement. Les compositions sont classieuses, fourmillent de détails et d’arrangements qui font exploser vos écouteurs, et savent alterner technicité et mélodies plus aériennes. En ça, l’album sait sortir du lot sans problème, et cela suffira déjà pour que les amateurs aient à s’y intéresser. Par contre, peut-on vraiment parler d’album d’un point de vue quantitatif ? Seulement 3 véritables morceaux, avec parfois intro et outro, pour une quarantaine de minutes au total. Sans être scandaleux, c’est un peu limité et laisse un goût d’inachevé. Mais surtout, le groupe a payé cher son retard en matière d’originalité. Entre 2006 et 2012, nombreux sont ceux qui se sont engouffrés dans le filon du metal a tendance orchestrale, et certains ont eu le temps de pondre des incontournables dans leur catégorie (en vrac Nightwish, Epica, Dimu Borgir, Septicflesh etc.). Du coup Wintersun donne l’impression d’arriver après la bataille et souffre de la comparaison, surtout pour ce qui est de la façon d’arranger tous ces ingrédients.

Sans être un pétard mouillé, Time I rate le statut d’incontournable et restera donc confiné chez les amateurs du genre. Il garde au moins celui d’album original, qui aura su proposer quelque chose d’autre que les formules maintes et maintes fois utilisées dans le death mélodique, y ajoutant des structures plus osées, et des couleurs orchestrales exotiques en plus d’être épiques. Jaris y a mis tout son cœur, ça on n’en doute pas, tant cela se ressent et se communique. Un bon moment, qui nous fait espérer un Time II, et c’est quand même le principal.

Blind Guardian – At the Edge of Time

At the Edge of Time

Album sorti en 2010.

Ca sent la chronique compulsive, avouons-le. Alors, pourquoi, et qui est-ce Blind Guardian pour ceux qui l’ignoreraient ? C’est un groupe allemand né au milieu des années 80, qui oeuvrait alors dans le speed metal en vogue en ce temps. Ils ont perduré et ont contribué à la mutation de ce sous genre vers le power metal dans les années 90, et sont toujours actifs actuellement. Ils ont su donner une vrai patte à leur power, très facilement identifiable à sa nervosité typiquement germanique, aux arpèges particulières et surtout au timbre unique du chanteur Hansi Kursch. On leur attribuera également une récurrente tendance à mêler des éléments médiévaux et épiques à leur musique. Même si leur nom n’a jamais vraiment passé la barrière du grand public, Blind Guardian flirte avec les quelques monstres sacrés du genre, grâce à cette personnalité musicale forte et cette longévité.
Leur actue reste fournie. D’une part un nouvel opus (oui c’est du latin) est prévu pour fin 2014, mais aussi un album presque uniquement orchestral qui sera basé sur des romans de fantasy que je ne maîtrise pas. Néanmoins j’attends l’objet avec une grande curiosité, et j’m’en vais vous expliquer pourquoi, via « At The Edge of Time », leur petit dernier en date, hors mis les best off et autres objets de fan service.

Ce qui démarque ce disque du reste de la discographie du groupe, c’est la tentative d’ajouts orchestraux. Là normalement, on se méfie, car les vieux de la vieilles qui tentent d’un coup d’un seul de faire du symphonique, on en a vu d’autres, même des allemands d’ailleurs, et les résultats sont souvent pompeux et rarement inoubliables. Les Guardian choisissent une option peu banale, qui consiste à n’utiliser ces éléments que sur deux pistes du disques, situés en première et dernières places. On va commencer par ces deux là car, disons-le, elles justifient presque à elle seule l’écoute de cet album.
Le disque démarre sur « Sacred World », une chanson de presque dix minutes, originellement composée pour la bande originale du jeu vidéo Sacred 2 : Fallen Angel. On peut en entendre une partie lors de l’intro du jeu, avec en prime une apparition virtuelle du groupe. Mais peu importe, le titre n’a aucun besoin de son contexte. On découvre une production formidable, mêlant à la perfection le groupe et l’orchestre, sur une composition d’une grande richesse, passant allègrement du plus grandiose au plus retenu et émotionnel. L’orchestre bénéficie de vraies parties écrites, et ne sont pas juste là pour souligner pompeusement le metal des 4 allemands. Les dernières secondes du titres, toutes orchestrales, sont à mon sens juste magnifiques ! Bien plus tard, en fin de disque, on trouve le second morceau de la même trempe, « We Love Time ». Cette fois l’ambiance et plus orientale, à la manière d’un Prince Of Percia survitaminée et metal. La structure et moins traditionnelle, plus osée encore, et la fusion du groupe et de l’orchestre et toujours aussi magnifique. Les guitares se permettent de multiples soli mêlés aux violons, Hansi est au sommet de son art, la batterie est partout, parfois solo avec l’orchestre. Bref, en deux morceaux, les Guardian donnent une bonne leçon à pas mal de groupes de symphonique et composent deux titres marquants du genre, tout en affirmant leur véritable talent de composition.

Après avoir prix « Sacred World » dans les dents d’entrée de jeu, qui est un petit tout à elle seule, il est difficile d’enchainer avec le reste du disque. C’est presque si il ne faut pas l’écouter à part. Pourtant le groupe y est relativement en forme, renouant même avec un speed sauvage, mais très emprunt de leur folie actuelle. Les fans n’y auront pas découvert grand chose de neuf, sauf une ancienne rapidité retrouvée sur plusieurs titres. Les autres devront affronter un groupe qui est à fond dans son trip, dingue, unique et pas forcément abordable immédiatement. Le chant si particulier d’Hansi peut dérouter, avec ces fréquentes couches superposées qui donne un aspect complètement fou, et ce timbre si éloigné de ce que le main stream nous force à assimiler. Pourtant, il expose ici tout son talent, tout ce qui en fait l’un des chanteurs les plus charismatique du metal actuel. Il faut également souligner la qualité de la production, qui, même sur des titres résolument metal teuton un peu rétro, reste très moderne et fignolée.
Du speed aux machins plus posés en passant par l’inévitable chanson de troubadour, le groupe sait varier les plaisirs, nous balader dans leur délire, mais avec finalement peu de titres vraiment innovants (pour du Blind Guardian). La plus marquante est « Ride Into Obsession », grand moment d’hystérie façon Blind Guardian, speed et virevoltante.

« At the Edge of Time » est un sympathique album d’un groupe toujours aussi atypique, cerclé par deux titres qui dominent largement le reste et peuvent le masquer de leur imposante ombre. Cela suffit a prouver que le groupe avance toujours et a à dire, du fond de leur univers déconnecté du reste du monde. Où peuvent-ils nous emmener la prochaine fois ? Moi je veux voir ça.

Clip de la chanson la plus sauvage !

Nightwish – Wishmaster

Wishmaster

Album sorti en 2000.

Pour peux que la bande son de votre vie est une certaine importance pour vous, vous vous êtes probablement déjà demandé quels sont les 5, ou les 10 albums qui vous ont le plus marqués. Personnellement, je sais que je suis incapable de faire des classement comme les émissions de variétoche nous en pondent à la chaine, afin de déterminer qui mérite d’être 6 ou 7ième. Ca n’a pas de sens quand c’est une question de goût. Ceci dit, je pense que chez moi, le Wishmaster de Nightwish peut tranquillement vadrouiller sur le podium. Cet hivers, nous aurons l’occasion de faire le point sur la situation actuelle du groupe via un petit DVD live, « Showtime, Storytime », mais en attendant, flash back de 13 ans en arrière, et focalisation sur un objet précieux.

Avant d’être tenté par un premier superlatif, plantons le décors. Deux ans après Oceanborn, album de la reconnaissance encore loué par beaucoup aujourd’hui, les finlandais se renferment en studio pour enregistrer leur petit troisième. Ils ne le savent pas encore, mais c’est celui qui les emmènera un peu partout dans le monde, et dans leur première tournée européenne en tête d’affiche. Pourtant, en terme de production, Wishmaster ne se la joue pas ambitieux, en comparaison de l’évolution que fut Oceanborn, et aux vus des records de moyens qu’ils ont pu aligner par la suite. Non, Wishmaster n’est à priori qu’un album de power metal enregistré juste par des musiciens dans un studio. Avec relativement peu d’élément, Nightwish donne une vraie leçon de metal moderne. Un peu moins fou, un peu moins théâtral et mystique que son grand frère, tout simplement déjà moins jeune, Wishmaster ancre la personnalité du groupe dans un power metal plus carré,, plus solide. C’est peut-être le moment de leur discographie où leur musique est la plus stable, assurée et clairement qualifiable.

Prenons le premier single qui en fut extrait, « Deep Silent Complete ». C’est une composition simple et immédiate, sans surplus, mais qui fonctionne juste parce que les ingrédients sont fabuleux. La guitare est mélodique, claire et enjouée, la batterie est débridée à souhait mais frappe juste comme il faut, le clavier rajoute une atmosphère magique et n’a pas encore pris de rides 13 ans après. Et bien entendu, Tarja est au micro. Là j’éviterai d’en faire trop, j’ai peur des représailles au moindre mot de travers. Je ne suis pas un amoureux inconditionnel de la chanteuse, je faisait même parti des quelques qui étaient assez convaincu en 2005, lors de son départ, que l’histoire du groupe continuerait quand même. Cependant, sa prestation sur cet album (comme sur d’autre) s’est tout simplement inscrite dans l’Histoire du genre, et est maintenant cité en référence et source d’inspirations.
Au côté de ce morceau, on placera « Come Cover Me » et quelques autres passages, qui montrent que le groupe sait être efficace sans démonstration technique et sans prise de risque particulière. Non loin, il y a (The Kinslayer », une réaction au fameux massacre de Columbine, et l’une des rares pointes de noirceur de l’album, avec sa rythmique syncopé et ses passages de dialogues proches du schéma gothique de la belle et la bête. C’est d’ailleurs à peu près tout ce qu’on trouvera de vaguement gothique ici.

Mais au delà des bases, l’album regorge surtout de pistes de dingue, plus ou moins speed, qui peuvent se montrer franchement techniques mais sans jamais perdre en percutant. Et c’est là que je perds mes mots. On a « She is my Sin », la mise en train fabuleuse, un « Wanderlust » pfff, fabuleux aussi et tellement mélodique et entrainant. « Crownless « est peut être la chanson la plus speed du groupe, et qui aborde ce style avec plus de classicisme mais tellement de maitrise. Et surtout, surtout, « Wishmaster », la chanson qui donne son nom à l’album, qui est pour moi tout simplement une des meilleures chansons de metal toutes catégories confondues, et qui devrait se ranger avec Highway to Hell, Enter Sandman, Fear of the Dark et tout les autres classiques que vous voulez, si la promo du groupe avait été logique et avait mis en avant ce titanesque titre. Pas un fichu clip !

On a aussi des balades, bien entendu, avec d’abord « Two for Tragedi », le seul titre que j’ai tendance à zapper, mais les mordus de Tarja n’en font surement pas autant. LA balade, c’est « Dead Boy’s Poem », également un sacré monument, qui va de la guitare sèche à un final très très épique. Tuomas l’avait composé comme une sorte de testament musical, dédié à son public et à cette période résolument heureuse de son existence. Cette chanson emmène vers le final, « FantasMic », qui ne fait pas référence à ce que tu crois mais à Disney (contraction de Fantasia et de Mickey, avoue que t’es déçu). C’est une des fameuses masterpiece, des chansons longues, à la structure et l’ambition plus complexe que le reste. Ca n’est clairement pas la meilleure Masterpiece de Nightwish, mais quand même un bon pavé divisé en 3 parties qui synthétisent bien l’album.

Je n’ai pas parlé des Soli de guitare, qui peuvent se faire rare aujourd’hui chez Nightwish, des petites apparitions de la flute, du jeu de batterie, mais tout ça le mériterait. Seulement, on ne va pas faire 10 pages, je pense que le message est passé, avec son objectivité relative.
Un dosage parfait, des compositions souvent lumineuses et enjouées, et un groupe dont seule la basse n’est pas au moins au stade du très bon (d’ailleurs Sami Vanska dégagera pour l’album suivant). Histoire de relativiser, même si il m’a marqué au plus haut point, cet album reste du power, avec plusieurs autres adjectifs possibles, mais qui ne sort pas de cette case et qui rencontrera difficilement d’autres publics. Mais dans le genre, c’est juste un incontournable !

Seule vidéo promo officielle disponible, du live d’époque, avec un son discutable en plus…

Orphaned Land – All Is One

All Is One

Album sorti en 2013.

En tête de CV, Orphaned Land peut faire figurer « pères fondateur du metal oriental ». Ca n’est pas abusif, puisqu’ils sont les premiers à, depuis leur Israël natal, avoir proposé au monde entier une forme polymorphe de metal tinté de nombreux éléments de musiques orientales. Oh bien sûr, depuis le début des années 90, le parcours fut long, parsemé de seulement 4 albums jusqu’en 2010, mais avec une courbe de popularité toujours croissante. Le groupe ne s’est pas contenté d’imposer ce mix musical, il s’est aussi fait connaître comme porte parole actif de la situation politique et culturelle de leur coin du monde. Aucun engagement politique direct, aucun réel parti prix revendiqué dans les remous de l’Histoire depuis 20 ans, mais un farouche message de paix entre 3 cultures monothéistes qui ne cessent de prouver leur capacité à se mettre sur la gueule. Et si le message doit passer par le propos religieux, ça n’a notamment pas effrayé Orphaned Land avec un album tel que Mabool (déluge en Hébreu) en 2004. Les tournées se sont succédées, se sont élargies, ont franchies des frontières revendiquées par les 3 cultures, au moyen orient comme en Europe. Là encore, tout ne s’est pas fait sans embuches, mais le constat avant la sortie de ce petit dernier en 2013 est clair. Première tournée européenne entièrement consacrée à des groupes d’oriental metal, DVD live, album solo du guitariste Yossi Sassi (concept album assez sympathique pour ceux qui aiment les albums de guitare), bref, le rythme s’est accéléré.

Et début 2013, c’est la rumeur. Orphaned Land serait parmi les nominés au pris Nobel de la Paix. On suppose, en raison du message véhiculé et des nombreux rassemblements de publics de tous bords sans accrochages, lors des concerts.
Rappelons quand même que, malgré les indices laissés par le label et les propos tenus par-ci par-là, la liste de ces nomination n’est connue que du seul comité. De plus, selon France Info, il y aurait un nombre record de postulants cette année, soit 259. On ne s’attend donc pas tellement à les voir élus. Il n’empêche qu’une simple nomination à cette récompense serait une sacrée reconnaissance
de leur parcours. Si vous êtes du genre militant, une pétition existe pour les soutenir.
Avec tout ça, on n’a toujours pas parlé de l’album All Is One, mais ce contexte est un élément important de son identité. C’est de loin l’album qui aura mûri le moins longtemps avant de sortir, et il était annoncé comme plus catchy, plus direct. D’où la crainte de nous voir offrir un album complètement dirigé vers leur notoriété, et musicalement bâclé.

Inutile de ce la jouer suspense, oui, archi oui, All Is One est carrément plus accessible, plus grand public. Enfonçons le clou, c’est aussi l’album dont le concept artistique est le moins travaillé depuis un sacré moment. C’est dit. Pour autant, est-ce que la messe est dite ? Heureusement, non, vraiment pas. D’une part parce que même si Orphaned Land ralentie un peu la dose en matière de concepts albums, ils ont encore une bonne marge avant de nous servir du vent. Et d’autre part, le lien entre simplicité et mauvaise qualité n’est pas scientifiquement prouvée, n’en déplaise à une élite de branleur musicophyles (oui je sais qu’on dit pas musicophyles). Et sur ce point également, le groupe peut lever un peu le pied et rester très honnête.

L’accent est mis sur l’unité entre 3 cultures religieuses, une idée qui s’illustre ici tant visuellement, musicalement que linguistiquement.
Au niveau du style, on s’approche du symphonique, avec l’ajout de beaucoup de violons et de chœurs, ainsi que des fameux instruments traditionnels si chers au groupe. La production est parfaitement énorme et exemplaire, mixant tout ça avec aisance. La partie metal, bien qu’assez propre sur elle, a l’espace sonore suffisant pour envoyer ce qu’il faut et ne pas se cacher systématiquement derrière le reste. Le seul qui se tape une mise en avant quasi constante, c’est le chanteur, Kobi Farhi. Vous me direz, quand on revendique des compos ouvertement plus grand public, quoi de plus normal que de mettre le chant au premier plan. Le bonhomme tient le micro depuis les débuts du groupe, et continue ici sa transition vers le chant clair constant. On n’aura droit à du guttural que sur le titre « Freedom », ou sur un léger aspect tribal plutôt bien fichu sur « Our Own Messia ». Même si il laisse parfois deviner ses limites dans les tonalités hautes, Kobi nous fait une prestation remarquable, qui joue son rôle dans l’identité sonore du groupe.

Comme on l’a dit, on se retrouve avec pas mal de chansons directes, courtes et plus ou moins efficaces selon le cas. Parmi les réussites je citerai « The Simple Man » qui bizarrement ne fait pas parti des clips, la dépaysante « Ya Benaye », et bien sûr la balade « Brother » qui devrait susciter des réactions aussi vives qu’opposées.
Mais au delà de ces enrobages plus ou moins commerciaux, l’album garde un cœur qui se situent de la piste 4 à 8, où ils osent quand même des structures moins conventionnelles (tout reste relatif), et où se trouve pour moi l’essentiel de son âme. C’est ici que Kobi donnera le meilleur de lui, que les guitares et batteries lâcheront temporairement la bride (sur l’instrumentale « Shama’im » surtout), et que le folk et la symphonie se paieront les plus beaux passages.

Tout ça laisse un peu partagé. D’un côté, on comprend ceux qui seront inévitablement déçu par la direction prise. Pourquoi disposer de tels musiciens si c’est pour amoindrir les aspects les plus techniques de leur musique ? Le côté progressif en a pris un coup, et le côté death, n’en parlons même pas. On aurait souvent envie d’aller demander au batteur, Matan Shmuely, d’accélérer un peu le tempo et de se lâcher. Mais une fois passé ce cap, il faut reconnaître ses qualités, son sérieux et son côté symphonique réussit et touchant. L’ensemble fait plaisir, fait honneur au metal main stream (si ça en est). Moi je n’ai qu’une envie, faire tourner.

Diablo Swing Orchestra – Pandora’s Piñata

Pandora's Pinata

Album sorti en 2012.
Chronique également publiée sur Culturemania

Une chronique du DSO commence par des interrogations ou des exclamations. Et moi, je trouve que c’est amplement justifié, donc, je pourrais faire pareil. Par-ce qu’il est parfois si bon de passer à côté de quelque chose et de se rendre compte de son erreur. Parce que d’habitude, on attend le miracle musical de tel ou tel groupe archi reconnu, et on est souvent déçu même si on y trouve quand même son bonheur. Mais le meilleurs, sérieusement, c’est de se prendre une tarte qui vient comme ça, de nulle part, et qui est difficile à expliquer tant c’est inattendu. Chronique d’un amour de vacances musical, décalé, improbable, et rafraîchissant. Et comme promis pour commencer, les interrogations…

Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? C’est qui ces gens et c’est quoi au juste le paris de cette musique qu’ils ont pondus ? Bon sang… Mais c’est bien sûr ! Saperlipopette, eurêka ! (Oui désolé, j’aime bien Tintin.) Tout est dans le titre ! Diablo, c’est pour le côté metal, Swing, pour la partie Jazz, et orchestra, pour les emprunts au lyrisme et à la musique symphonique. Et non seulement quelqu’un s’est mis en tête de faire quelque chose de viable avec ça, mais en plus ils sont nombreux dans le groupe, et ils ont quelque chose dans le casque qui doit être connecté de travers… Et c’est déjà leur troisième album en plus… D’ailleurs je vous laisse le soin de mater les titres et track list, ça donne le ton… En attendant, c’est Pandora’s Piñata que j’ai dans les mains, donc c’est celui-là dont on parle, et c’est tant mieux car jusqu’ici c’est celui qui me plait le plus. Avouez que c’est bien foutu quand même.

Pandora’s Piñata, ça part en trombe, comme un pet après une soirée cassoulet et jus de pomme. Ca t’envoie d’entrée de jeu un coup de pied au derch nommé « Voodoo Mon Amour », et normalement il se passe quelque chose dans ta tête. Ca donne envie de faire la fête, de headbanger et de swinguer en même temps, et ça donne un sourire benêt. Si tu te reconnais, Tu vas adhérer à la musique de cette bande de cinglés et ça va être dur à expliquer à l’entourage. Parce que hein, dans le genre tub atomique, « Voodoo Mon Amour », ça se pose là. Et puis tiens, juste après, « Guerilla Laments » aussi d’ailleurs, mais avec un côté brésilien et chaud qu’on croyais inconnu des scandinaves. Oh et puis « Black Box Messiah », dans le genre tub des pays de l’est sous acide, c’est mauvais pour la sobriété aussi, ça…

Je ne vous ai même pas présenté le groupe. D’abord, la section metal fusion, avec des grateux qui appliquent efficacement les rifs et la rythmique typique du genre, sobres (dans le jeu du moins), mais à leur place. Les percus, déjà bien moins sobres, prennent beaucoup d’espace sonore mais varient vraiment le jeu tout au long de l’album, sortant bien vite des poncifs du metal. Il faut dire qu’ils sont deux pour faire ce raffut organisé. Par ici, des cuivres, pour le coté jazz, avec trompette, trombones etc.… Et là, un violoncelle et des violons additionnels. Tu penses à Apocalyptica ? Fausse route, les violoncellistes finlandais n’ont encore pas abordé leur instrument sous cet aspect swinguant et déluré. Et si tu as pensé à Slipknot pour les deux batterie, tu as encore plus faux. Enfin, derrière le micro, un type possédant un organe vocal assez dingue de par la variété et le talent qu’il donne, et là, Marie-Louice, chanteuse lyrique probablement recalé au casting d’un groupe de metal sympho car trop barrée bien que suffisamment douée.

Et avec ça mes enfants, le groupe va vous faire voir du pays. Leur mixture est déjà assez indéfinissable, mais en plus ils se permettent de tenter à peu près tout ce qui est envisageable avec leurs ingrédients. Sans vraiment s’affranchir des structures couplets/refrains et autres garanties d’efficacité rapide, il faut s’attendre à être déstabilisé plus d’une fois, même dans un même morceau. Le groove rencontre le lyrisme le plus débridé et grandiloquent, et le metal tente de les accorder. On flotte toujours entre poésie, énergie entraînante et folie totale.

Mais Pandora’s Pinata, c’est comme tout bon coquetel, c’est délicieux, mais il ne faut pas en abuser. Car alors, on s’aperçois des airs qui lassent après trop d’écoutes, des petits surplus de percus par ci par là, du dommageable de certains passages pourtant osés quand ils sont pris à part. On s’aperçoit des ficelles encore perfectibles sous le joyeux amas anticonformiste musical. Et c’est dommage, parce qu’on n’a vraiment pas envie de le leur reprocher, et qu’on en redemande.
Ce n’est ni de l’avant-gardisme, ni une petite révolution musicale, c’est de la fusion très osée uniquement, avec un sacré grain de douce folie, et du gros travail derrière. J’en ai dit finalement très peu sur les détails de l’album, mais assez pour espérer que toi aussi, une fois les beaux jours revenus, tu te laisses tenter par un rafraîchissement trop rare, et pas ouvert à tous.

Innerly – In Praise of Shadows

In Praise of Shadows

Démo sortie en 2012.
Plus d’info ici

Les démos et autres premières productions de jeunes groupes constituent une véritable galaxie, un underground tellement vaste qu’y fureter est un exercice que je ne pratique que peu. J’ai un certain respect pour ceux qui doivent y flairer le talent, y dénicher les grands de demain ou au moins les bons artistes. Donc, si je tombe sur cette démo ça n’est pas par hasard. J’ai croisé la route d’Innerly pendant un concert où se sont succédés plusieurs groupes. Et au milieu du reste, le set d’Innerly m’a semblé un très bon moment, pas révolutionnaire, mais rondement mené. C’est ainsi que j’ai été télécharger cette démo gratuite dès le lendemain.

Ce groupe toulousain se présente à nous avec 4 titres dans la plus grande tradition metal symphonique, influencer par des groupes finlandais ou hollandais qu’on ne citera même pas. C’est risqué, car les prétendants dans cette catégorie sont légion, et débuter en la matière n’est pas une mince affaire. Pour ne pas être handicapé par le manque de moyens, Innerly choisit de laisser le clavier dans son rôle de clavier, et de ne pas trop nous la jouer orchestre 16 bits. Du coup, impossible de se cacher derrière, il faut nous montrer qu’ils assurent. Avec un style heavy mélodique, les cordes et la batterie ont un assez bon niveau et offrent à la démo une patate qui peut parfois manquer dans ce style. Cette énergie est une qualité évidente, avec des passages de guitares rapides et de double pédale qui se marient très bien. Il en ressort une certaine chaleur, une certaine euphorie qui rajoute un grain de personnalité à des compositions qui restent pourtant très très typiques.

Autre élément récurant du genre, la chanteuse lyrique. Certes ça n’a plus rien d’original, mais au moins Innerly a été en partie fondé par une représentante de choix. Katia Iva est déjà très à l’aise, sur un registre très proche de celui de Tarja sur Century Child et Once (ça y est on a cité Nightwish). Sur une première démo, sa maîtrise fait plaisir à entendre et promet d’être un point fort pour leur futur. D’autant plus que la dame joue du violon et l’intègre parfois à la musique du groupe. Les deux apparitions de cet instrument se font au travers de soli où il se fait soit planant, soit rapide et en duel avec la guitare. Un autre élément fort intéressant, qu’il faut absolument que le groupe parvienne à intégrer à leurs futures compositions. Je pense notamment à l’album Ghost Opera de Kamelot ou un violon solo fait de remarquables apparitions, cependant trop rares. Avoir l’instrument directement dans le groupe est un atout pas négligeable.

Comme on l’a dit, les compositions restent classiques. On remarque une technique certaine, surtout au niveau de la rapidité, venant de l’ensemble du groupe, servie par une production forcément limité mais très honnête. La batterie souffre un peu d’être trop en retrait, trop bridée alors que le musicien derrière a une certaine puissance à revendre. Les mélodies ne sont pas encore vraiment marquantes, se confondent encore pas mal entre-elles après l’écoute, mais nul doute que le groupe sait les composer et saura mieux les utiliser à l’avenir. Le dosage des pointes de rapidité ou de passages planants est très bien équilibré pour l’écoute des 4 titres. Mention spéciale à « Regrets and Hope » qui tente même de rallonger un peu la compo et d’utiliser toutes les cordes qu’Innerly a à son arc.

« In Praise of Shadows » reste le premier effort d’un jeune groupe, avec tout ce que cela implique en matière de production limité et d’influences beaucoup trop visible, mais le groupe réussit l’exercice sans chercher à contourner ces pièges. Le but d’une démo est d’une part d’être agréable à l’écoute mais surtout de donner envie d’en entendre plus, et ces deux points sont atteints. A partir de là, rien n’est gagné mais tout est possible. Déjà, sans crier au géni, j’ai très envie de voir ce qu’ils deviendront.

Pour télécharger le tout, allez faire un tour par ici ou par là

Nightwish – Imaginaerum

Imaginaerum

Album sorti en 2011.
Chronique rédigée en 2012.

Il était franchement difficile de dire à quoi s’attendre avant la sortie d’Imaginaerum en 2011. En effet, qu’attendre de Nightwish ? Un groupe qui s’est hissé au rang des quelques monstres sacrés actuels du metal, et qui en a même partiellement franchi les frontières. Pour en arriver là, le groupe n’a eu de cesse de faire évoluer sa musique au fil de sa discographie, décevant toujours une partie de ses fans mais en amassant parallèlement toujours plus. Et quand le groupe ose en 2006 se mutiler d’un de ses emblèmes les plus fort, à savoir sa chanteuse, il signe sa condamnation ultime à devoir aller de l’avant, et l’Internet ne se remet pas encore tout à fait des réactions des auditeurs. Il en a résulté en 2007 un « Dark Passion Play » qui montrait Nightwish plier, mais ne pas rompre.
C’est donc sagement que le groupe a pris son temps avant de proposer du neuf. Et Imaginaerum, c’est pour Tuomas l’heure d’utiliser ses moyens devenus conséquents pour réaliser un projet réfléchi, soit disant, de longue date. Un album dont le concept et les thèmes musicaux serviraient de base à la réalisation d’un film.

Pas d’inquiétude, le concept n’emporte que rarement le disque hors de ces objectifs. A l’heure de cette rédaction, la France n’a pas vu le film qui en sera inspiré, et pourtant l’album s’est présenté comme une œuvre complète à lui tout seul, porteuse d’une identité et d’un univers. Au cœur du propos, le thème de l’innocence, déjà très largement évoqué par Nightwish par le passé. Mais cette fois, Tuomas ne se focalise pas sur la perte inévitable de l’innocence avec le temps. Il nous plonge dans l’univers d’un vieil homme qui parcours encore et toujours le parc d’attraction que représente ses impressions d’enfant.
En conséquence, nous tenons là l’album le plus lumineux, le plus féerique de Nightwish, loin des doutes et noirceurs de Dark Passion Play ou de Century Child. Pour créer cette ambiance, les finlandais se laissent volontairement disputer la vedette par l’orchestre philharmonique de Londres, ses mythiques chœurs (dont celui des enfants) et même par le musicien irlandais Troy Donockley qui est omniprésent sur beaucoup de titres, poursuivant l’orientation du groupe vers cette aura celtique qui avait commencé à poindre dernièrement.

Imaginaerum, qu’on l’aime ou pas, marque déjà son temps par son approche du metal symphonique. Le savoir-faire avec lequel l’intro est menée, explosant les clichés du genre, ou le temps que le groupe sait donner à l’orchestre pour aérer les compos et l’album en général, sans jamais perdre le fil, sont autant d’éléments marquants sur cet aspect. Les divers intervenant ont retrouvés une unité qui fait plaisir, à commencé bien sûr par le duo de vocalistes Anette/Marco.
Difficile de tout passer au peigne fin. On pourrait parler des tubs façon Nightwish que sont « Storytime » ou « Last Ride of the Day », sur lesquels on sent la nouvelle assurance D’Anette et où on devine de nouveaux hymnes pour le groupe. On pourrait parler de leur nouvelle façon d’appréhender les balades, allant vers une sorte de pop travaillée et inspirée. On pense alors à des groupes comme The Corrs pour l’aspect celtique, ou bien entendu à des compositeurs de bandes originales, dont Ennio Morricone à qui un clin d’œil est volontairement placé sur « Turn Loose the Mermaids ». Et bien entendu, on pourrait parler des vraies moments à part, dont d’abord « scaretale », le théâtral train fantôme du parc Imaginaerum, inspiré de l’atmosphère de la maison hanté de Disneyland Paris. Le résultat n’effraie personne mais emporte le groupe vers de délicieuses envolées caricaturales et délirantes (dans le bon sens). Aussi, « Slow, Love, Slow », la prétentieuse balade jazzy, sur laquelle Anette fait des merveille. Encore, « Arabesque », l’interlude instrumental de luxe, à la fois hollywoodien et tribal. Bref on pourrait continuer encore un moment à faire le tour des traits de bravoure, puisque chaque piste mériterait un commentaire.

Comme on n’a pas non plus entendu dire qu’Imaginaerum était le chef d’œuvre absolu, on pourra lui reprocher deux trois petites choses concrètes. En premier lieu, de foirer sa fin. En effet la seconde partie de « Song of Myself » se perd en longueurs instrumentales ornées de textes lus par divers intervenants, ce qui est assez peu concluant. Et le titre final, en voulant se contenter d’orchestrations, ne fait que reprendre les thèmes principaux de l’album à la manière d’un générique de film, et il faut bien avouer qu’on ne se laisse pas souvent aller à l’écouter sérieusement malgré la prestation de l’orchestre de Londres.
En second lieu, il faut bien reconnaître que les parties heavy jouées par le groupe sont un peu trop lisses et propres, un peu trop sages. Avec des « Scaretale », « Rest Calm », ou « Last Ride of the Day », la section metal sait tirer son épingle du jeu, placer quelques bons soli de guitare, mais que serait vraiment « I Want my Tears Back » si Troy Donockley ne rattrapait pas le coup, et cette intro de « Ghost River » si l’orchestre ne venait pas gonfler les rifs. Mais soyons francs, c’est bien pour faire les difficiles.

Pas de doute, Tuomas a fait là un nouvel album qui fait honneur à son groupe, car il est à lui tout seul un petit tout, pas seulement une nouvelle cuvée de chansons, étonnant de cohérence dans sa complexité. Pour l’histoire du groupe, Imaginaerum est aussi totalement cohérent, poursuivant la lente mais perpétuelle évolution stylistique, qui désormais n’a plus aucune raison de confiner le groupe à la seule sphère metal tant il sait s’ouvrir et s’imprégner d’autres idées au besoin. Du très très bon !

Clip : (Qui se permet d’être plus court que sur album, un comble pour une chanson déjà taillée pour être un single.)

La bande annonce du film Imaginaerum :

Apocalyptica – 7th Symphony

Album sorti en 2010.
Chronique rédigée en 2010.
Plus d’infos ici

Atypique ou original, deux qualificatifs qui reviennent sans cesse lorsqu’il s’agit de parler d’Apocalyptica en général. C’est grâce à ce genre d’adjectif que le groupe a effectué un parcours lui aussi très original jusqu’à aujourd’hui. A la base, groupe de reprise de standards du metal au violoncelle, Apocalyptica a fait bien du chemin, a collaboré avec de très nombreux artistes, sur scène comme en studio, et se revendique aujourd’hui comme un groupe complet, à part entière. Cette volonté d’indépendance, ils l’affichent via la cover de ce septième album ainsi qu’au travers des clips issus de ce dernier. On y remarque que les violoncelles y sont moins présents et que le groupe cherche désormais à présenter d’autres repères visuels. Ils semblent vouloir nous dire que même si le violoncelle reste leur identité, leur instrument phare, le temps où ce seul fait suffisait à justifier la musique du groupe est révolu, qu’il est temps pour eux de trouver une vraie place dans le paysage rock et metal. Pourtant, au fur et à mesures des annonces précédant l’album, on a constaté que les featuring y seraient toujours aussi nombreux . Paradoxal d’une certaine façon non ?
Quoi qu’il en soit, après Worlds Collide, Apocalyptica a fait beaucoup parler, se faisant toujours autant qualifier de génial ou d’original, mais aussi désormais du célèbre « commercial » et autres « c’était mieux avant ». Ces critiques peuvent s’expliquer par l’orientation plus accessible prise petit à petit. Mais étant donné l’aura grandissante du groupe, elles semblent être heureusement l’un des symptôme qui annonce, qui l’eut cru avant justement, que Apocalyptica s’est installé sur le devant de la scène et commence à marquer son temps. Mais assez contextualisé, parlons de 7th Symphony.

Le son du groupe s’illustre dans toute sa puissance dès les premières secondes de l’album. Avec seulement 4 violoncelles et une batterie, ils envoient du bois, c’est indiscutable. La production est en béton, loin de la simplicité des premiers albums, n’en déplaise aux fans de ceux-ci. Les crincrins prennent une sacrée saturation dans les cordes pour leur donner ce rendu metal auquel nous nous sommes désormais habitués. Mais cette fois-ci, le son semble mieux équilibré que jamais. La batterie, trop envahissante sur Worlds Collide, a baissé d’un ton, pour prendre une place non moins importante, mais plus maîtrisée. Tant qu’on parle de Mikko Siren, son jeu semble lui-même plus maîtrisée d’ailleurs, moins bourin, puisqu’il peut aller du blast furieux à des rythmes mi tempo lents et discrets. Bref, ni vraiment transcendante ni trop bateau, la batterie a pour moi enfin trouvé sa juste place au sein d’Apocalyptica. Quant aux violoncelles, ils profitent de la production et utilisent de multiples effets tout au long de l’album. Peut-être un peu trop par moment d’ailleurs. A plusieurs reprises, je me suis demandé pourquoi avoir des violoncelles si c’est pour autant vouloir singer la guitare. Un exemple parmi d’autres, le riff principal de « End of Me », qui en plus d’être très proche d’un son de guitare, est très banal.

Quand la technicité du groupe s’amenuise comme ça, c’est toujours pour faire place à un invité. Ceux-ci sont nombreux sur cet album, cinq pour être exact, et sont accueillis avec méfiance par beaucoup de fans. Pourtant vu leur nombre, les chansons avec invités occupent une place prépondérante. « End of Me », « Not Strong Enough » et “Broken Pieces” sont les trois titres qui bénéficieront d’un clip et sont donc la vitrine de l’album. Sans surprise ce sont des chansons très metal alternatif radiophonique, c’est un fait. A partir de là, pas la peine d’en faire toute une histoire, si vous n’aimez pas du tout cette influence, vous n’aimerez pas ces titres, c’est clair. Personnellement en dehors de « End of Me » qui n’a pas que le riff de banal, je trouve que les deux autres ne sont pas mauvaises du tout et remplissent très bien leur rôle de chansons accessibles. Passons à l’intervention de Dave Lombardo qui n’en est pas à son coup d’essai pour ce qui est de tenir les fûts d’Apocalyptica. Une fois de plus le Slayer file un bon coup de nerf à sa piste pour lui donner un bon aspect trachy. Sans tomber dans la redite de ses précédents passages, sa grande technicité ne suffit pas cependant à vraiment casser la baraque, et souligne un peu plus le fait que Siren ne fait finalement pas si tâche à côté (attention je n’ai pas dit que lui et/ou la chanson étaient mauvais). Dernier intervenant, Joe Duplantier (Cocorico !) qui arrive comme une baleine sur la soupe, et offre enfin quelque chose de vraiment nouveau (si l’on excepte la dispensable chanson avec Max Cavalera il y a déjà quelques temps). Son chant death parfois doublé de clair, associé à un rythme qui lui convient très bien, se marie curieusement aux violons qui en plus ne sont pas toujours saturés. De plus le break tout en lourdeur est vraiment délectable. Là pour le coup, un auditeur pas très ouvert au metal aurait à son tour beaucoup de mal avec ce titre, qui reste un des meilleurs.

Les autres chansons laissent enfin le groupe s’exprimer seul. Et à ce jeu là, le progrès principal depuis Worlds Collide est qu’on n’a plus du tout l’impression d’écouter des titres dont le chant aurait été remplacé par un violon solo. Les structures retrouvent un aspect complexes, progressif même, qui avait presque disparu. Les meilleurs exemples sont « At the Gates of Manala », et surtout « Rage of Poseidon ». La première ouvre l’album peut-être un peu trop brutalement mais se rattrape par la suite en variant davantage les plaisirs, présentant assez bien le propos. « Rage of Poseidon » offre un final sombre et puissant à l’album. On y imagine très bien comme le suggère le titre un bateau charrié par une mer de plus en plus furieuse, avant de sombrer sous des flots surpuissants et que l’album ne se referme majestueusement sur cette démonstration. Ces deux titres profitent bien de la charge émotionnelle que peut transmettre le groupe. On citera également la trop courte « Beautiful » où le violoncelle retrouve enfin son essence, son jeu clair et simple, plus chaleureux que sur la majorité du reste de l’album.
Ainsi vous l’aurez compris, les chansons de ce 7th Symphony sont d’un très bon niveau, mais un problème entâche tout de même l’album dans sa globalité, la cohérence. En effet, d’entrée de jeu passer de « At the Gates of Manala » à « End of Me », sans temps mort en plus, fait presque peur. On a l’impression d’avoir à faire à une compil’ tellement la différence stylistique est flagrante. Ce problème n’est pas nouveau pour le groupe mais n’est vraiment pas résolu ici. Passer d’une chanson metal alternatif à un genre trash avec Lombardo à la batterie, puis à un titre planant uniquement au violoncelle ne fait apparemment pas peur au groupe, mais déroute complètement l’auditeur. Heureusement que le son reste assez constant sinon l’album ne serait qu’une succession de titres, bons, mais presque sans queue ni tête. Dans ces conditions beaucoup d’auditeurs accrocheront probablement à quelques titres selon le cas, mais pas toujours à tous.

Apocalyptica va de l’avant sans se révolutionner. Ce 7th Symphony se place au dessus de son grand frère Worlds Collide dont il reprend tout de même le concept. Le problème reste qu’on sent encore que le groupe ne sait pas sur quel pied danser, même s’il améliore son savoir faire dans plusieurs des genres entre lesquels il hésite.

Les clips :

Nightwish – Made in Hong Kong (and in Various Other Places)

 

Nightwish - Made in Hong Kong (and in Various Other Places) dans Chronique d'album

E.P. live sorti en 2009.
Chronique rédigée en 2010.
Plus d’info ici

Deux ans plus tôt, Dark Passion Play avait fait couler de grandes quantités d’encre numérique de la part des fans, bien qu’il n’y ait eu presque aucun changement d’orientation musicale entre celui-ci et Once. La raison du tapage, comme vous le savez presque tous je pense, était Anette Olzon et son timbre si différent de celui de la tant aimée Tarja. C’est à la fin de la tournée qui suivit, et juste avant d’en débuter une deuxième d’affilée, que Nightwish nous proposait cet EP live agrémenté d’un DVD. Le dernier live en date, End of an Era, ne remontait qu’à la tournée précédente, cependant le contexte que nous venons de reprendre justifiait en grande partie un nouveau témoignage des performances du groupe. Pourtant, si comme le dit le proverbe qui aime bien châtie bien, c’est avec tout le respect presque autant présent que passé dû au talent de Nightwish que je vais me permettre d’être moins unanime que je ne l’aurais été pour bon nombre d’autres disques du groupe. Comme pour montrer qu’une page de l’histoire est définitivement tournée, les finlandais ne nous offrent ici que du contenu en rapport avec Dark Passion Play, soit huit titres live tous issus du dit album, une version démo d’un titre et 2 B-sides. Quant au DVD, il contient un documentaire sur la tournée et les trois clips de l’album. Le menu étant totalement annoncé, dégustons ensemble.

Un premier gros problème saute à la figure à l’écoute des titres live, le son en lui-même est très décevant. Le public est quasi inaudible à partir du moment ou une chanson est lancée et la production est bien trop lisse. La batterie sonne très bien mais la guitare, même si elle est présente, est brouillonne et ne produit qu’un grincement continu lorsqu’elle ne fait que de la rythmique (j’exagère à peine). Quant au chant, Nightwish semble tendre le bâton pour se faire battre. En effet, pour les avoir vu en concert, je peux vous dire que tous les passages qui pouvaient laisser à désirer sont présents sur ce CD, sauf peut-être Nemo. Le manque de souffle de Marco sur le refrain de Bie Bie Beautiful, les petites adaptations d’Anette à la fin de The Poet and the Pendulum pour ne pas avoir à monter trop haut etc. C’est vraiment dommage, d’autant plus que la belle s’est bien réappropriée des chansons comme Ever Dream, Slaying the Dreamer ou Dark Chest of Wonders. Les chansons en elles-mêmes valent toujours ce qu’elles valent et je vous renvoie aux chroniques de Dark Passion Play pour revenir là-dessus, cependant, vu qu’elles sont jouées presque à l’identique de l’album, le seul résultat est qu’on a trop souvent juste envie de se replonger dans les versions studio qui ont beaucoup plus d’ampleur.

Rendons tout de même à César ce qui est à César, Ever Bring the Night ne perd pas complètement de son énergie bien qu’on en maudisse d’autant plus la production. The Islander et Last of the Wild profitent de la présence de Troy Donockley et de ses instruments celtiques, pour en faire les 2 meilleures pistes, avec enfin de la guitare qui se fait remarquer, qu’elle soit folk ou électrique. Il ne manque que le public pour chanter et taper des mains sur The Islander, mais il suffit d’être imaginatif… 7 Days to the Wolves permet de terminer la partie live sur une note assez acceptable, les deux vocalistes montrant enfin toute leur puissance et les musiciens récitant leur leçon sans problème.

Impossible de juger objectivement le reste du CD et le DVD sans se poser la question du public visé par ce Made in Hong Kong. En effet, mis à part le documentaire qui n’apporte qu’anecdotes et interviews façon rock star, le reste n’est pas inédit, donc les fans hardcore l’ont déjà. Et pourtant, à part des fans hardcore, qui voudrait des trois clips disponibles partout sur le net si on ne les a pas déjà sur telle ou telle édition du dernier album, au côté sûrement d’une ou l’autre des B-Side qui, sans être mauvaises, ne justifieront jamais l’achat de Made in Hong Kong. Pour conclure, les titres live sont globalement décevants et l’entassement de bonus en tout genre déjà présent sur de nombreuses éditions d’albums, singles ou compilations risque de ne contenter ni les fans ni les autres. C’est bien à regret que je m’attarde si longuement à adresser ce premier véritable blâme à Nightwish, dont je ne perds pas l’espoir qu’il soit le dernier.

Les clips présents sur le DVD, issus de l’album Dark Passion Play :




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