Archive pour le Tag 'Rock fusion'

Zebda – Comme des Cherokees

Comme_Des_Cherokees

Album sorti en 2014.
Chronique également publiée sur Spirit of Rock

Zebda, je ne sais pas pour vous, mais moi, ça m’évoque toujours des trucs. En vrac, une fête de famille avec un inattendu pêtage de câble à base de « Tomber la Chemise », une fille dans le bus du collège avec son baladeur cassette sur les oreilles, qui chante un peu trop fort les seuls mots « motivés motivés »… Oui bon, on s’en fout de ma vie, ok. Tout ça pour dire que j’étais jeune à la grande époque de Zebda, mais que l’album Essence Ordinaire a tourné en boucle un moment. Donc, j’étais assez heureux de les retrouver enfin en 2012, avec un Second Tour pas révolutionnaire en soi, mais qui faisait au moins oublier définitivement le lointain et décevant Utopie d’Occase. Ce fut également l’occasion de découvrir (ou redécouvrir) l’énergie scénique de ces toulousains là. Même si dans un premier temps, Second Tour n’était sensé n’être qu’un retour sans lendemain, le groupe a manifestement pris plaisir à retrouver la scène, et l’inspiration ne s’est pas tarie. C’est ainsi qu’on se retrouve avec ce nouvel album en 2014.

Le feu de l’action, le retour réussit du groupe question concert doit avoir fait son effet, car la nouvelle livraison de morceaux est clairement plus énergique, plus directe que la précédente. Seulement 10 pistes, et chacune entre 3 et 4 minutes avec une structure tout à fait standard. Autant dire qu’on ne va pas y passer la soirée. Heureusement, il n’y a aucun espèce de remplissage, pas 10 secondes de perdues, pas de pause. Le mix est plus dynamique que jamais il me semble, ce qui appuie davantage l’aspect funk, ou rock de temps en temps, selon le cas. Et oui, parce que Zebda reste cet espèce de fusion difficilement qualifiable, mais à l’identité sonore reconnaissable dans les 5 secondes.

La musique, quoique pas franchement moderne, fait plaisir à entendre de par son énergie funky communicative. Pour du studio, on sentirait presque les musiciens s’éclater par moment, comme sur ce surprenant (pour du Zebda) solo de clavier à la fin de « Les Petits Pas ». Autre petite surprise, « Essais » qui superpose à une musique plutôt orienté rock des couplets très rap, voir presque scandé. Il y avait aussi une petite tentative comparable sur Second Tour, mais on préfèrera nettement celle-ci, encore une fois pour son énergie ! On notera également des cuivres festifs assez présents sur les deux premiers titres, pour un rendu pas très à mon goût. Disons que ça fait assez générique télé, voir Patric Sébastien (ok, pas quand même). Kitchos quoi, mais c’est une question de goût. Le reste sonne comme du Zebda en bonne forme. Les influences orientales reviennent enfin sur « Les Chibanis », proche du si fameux Essence Ordinaire. Citons enfin le final dans un style rock festif qui met la banane, et à l’inverse, « Le Panneau », le seul tempo plus lent, avec même quelques lignes de piano en intro, derrière le chant de Mouss.

Le chant et les textes, parlons-en. On sent les frères Amokrane et Magyd Cherfi retrouver leurs plaines aises, presque rajeunir. Ce ne sont pas de grands vocalistes, ça, peut être, mais ils sont pour beaucoup dans l’identité sonore du groupe, et leur espèce de flow ou le chœur des 3 lors des refrains font toujours mouche. Question texte, Zebda ne serait pas Zebda sans engagement, bien sûr. On les a connu nettement plus démonstratifs, mais leurs thèmes chers restent présents. « Les Chibanis » se veut un peu plus précise, en abordant un statut particulier que se trainent les anciens ouvriers immigrés, aujourd’hui à la retraite. On trouve aussi des choses un peu plus légères, comme « l’Accent Tué », chanson ultra efficace sur l’accent du sud-ouest, avec d’évidents Clain d’œil à Nougaro. La plume retrouve de l’assurance, perdant un peu en entièreté et en émotion ce qu’elle gagne en accroche.

Comme des Cherokees est un album qui fut vite mis en boite, qui s’écoute vite et facilement. On espère qu’il ne s’oubliera pas aussi vite. Il montre Zebda sous un jour nettement plus funk/rock, et devrait être redoutable sur scène. Il n’égale toujours pas certains illustres anciens albums du groupe, mais il s’en rapproche plus que jamais, tout en affirmant une certaine petite évolution qui annonce une deuxième vie très honnête pour Zebda. Peut-être l’occasion pour les retardataires de s’y mettre. Vous devriez le trouver facilement dans la voiture des anciens amateurs du groupe, il va y tourner un certain temps.

Rufus Bellefleur – Temples, Idols and Broken Bones

Temples, Idols and Broken Bones

Album sorti en 2014.
Chronique également publiée sur Culturemania

 

Bon, par où je commence moi ? Rufus Bellefleur, c’est un zombi qui habite un marécage dégueulace en Louisiane, et qui s’exprime à travers un mélange de rap, de country et de rock. Oui, ça va peut-être un peu vite… On va reprendre tranquillement au départ. En fait, le groupe est toulousain. Oui je sais, je sais, j’ai parlé de Louisiane, mais bon, si vous ne m’écoutez pas jusqu’au bout on ne va pas s’en sortir hein… Déjà que c’est pas simple… Donc, Rufus Bellefleur est un groupe toulousain emmené par Julien « Ju » Cassarino. Ce nom n’est pas inconnu de ceux qui suivent un peu le metal français, puisqu’il faisait notamment parti de Psykup et de Manimal, deux formations qui ont su se faire remarquer grâce à une originalité certaine. On trouve à ses côté un autre multi instrumentiste, appelé Yuz. Le concept de cette nouvelle entité musicale est donc celui, aussi barge soit-il, que j’ai énoncé plus haut. A savoir, faire une espèce de hip hop avec des banjos et des harmonicas, tout en gardant un certain feeling rock. Et pour incarner ce gloubiboulga, ils ont créé ce personnage de zombi louisianais qui a le mouve. Avec ça, les bougres avaient déjà sorti un premier album, suivi d’un EP de reprise. On tient donc là le deuxième jet long format. Ca y est, vous y êtes ? Sûr hein ?

 

Précisons que je ne suis vraiment pas amateur de banjo et autres machins du bayou, ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier le disque. On se demande d’ailleurs de quoi il faut être amateur pour avoir les bons prérequis à un truc pareil. C’est certainement une grande force de cette fusion, beaucoup y trouveront quelque chose qu’ils connaissent, tout en étant dépaysé par le reste. Autant le premier essai pouvait avoir le côté fouillis qu’on imagine vu le concept, autant celui-ci arrive à se créer une certaine identité stylistique d’un bout à l’autre. Ca s’appelle le talent j’ai envie de dire… Et tant qu’on y est, malgré le curriculum du leader et l’imagerie utilisée, il n’est quasiment pas question de metal sur ce disque (ça faisait longtemps hein ?).

 

La découverte est toujours un peu surprenante. Heureusement, avant tout, la qualité de la production est là pour nous aider à entrer dans le délire. Le rendu est juste classieux, plein de détails, d’effets, de variations d’un morceau à l’autre. La percu par exemple, peut allègrement passer du plus synthétique au plus organique. De ce côté-là le groupe est déjà au top, avec rien à envier à personne. Comme quoi, même en France, ça n’est pas qu’une question de moyens engendrés par la médiatisation.

Concrètement, on alterne entre flow hip hop et phases chantés, soutenues par des chœurs féminins volontairement bien kitch et des instrus assez diverses et classieuses comme on l’a dit. Finalement, le côté Amérique profonde ne se traduit que par l’utilisation de certains instruments, voir quelques accords et effets qui sont davantage de l’ordre du Clain d’œil régulier que de la véritable influence. On remarque la facilité avec laquelle Ju joue entre ces divers registres, sans jamais paraitre décalé. Ils se permettent même de faire sortir notre fameux zombi de sa léthargie marécageuse pour lui faire voir du pays. Ainsi, on trouvera quelques influences asiatiques, entre autre pendant un « Little China » vraiment convainquant ou une « Zombie Geisha » plus dispensable. On trouve aussi quelques pistes bien tubesques, parfaites pour faire découvrir le groupe, comme « Rocky Rocket » ou « Party of the Dead ». Autres bons moments, « Love Me Like You Hate Me » qui montre le meilleur de l’aspect hip hop du groupe (ça me rappelle un peu certains extraits de la B.O de Slumdog Millionnaire), ou encore la petite balade « Paralyse City » bien américaine dans l’âme, qui met un peu plus en valeur une des voix féminine. Info à part, si vous voulez entendre davantage Bérangère, posez une oreille sur le jeune groupe Fanel.

 

Malgré toute son originalité, Rufus peut se montrer un peu plus plat parfois. A ne pas vouloir se prendre au sérieux, ils tombent dans leur piège de temps en temps et placent quelques refrains un peu gnan gnan (« The Operator », « Let the Monster Out ». Ca, plus un certain manque d’immédiateté, de percutant sur la seconde moitié du disque peut compliquer les premières écoutes. Ca serait pourtant dommage d’en rester là, car plein de mélodies ne demandent qu’à être retenues, soutenus par beaucoup de passages originaux et bien menés.

 

Voilà un autre cross over français qui fait plaisir à entendre, mené par un Ju remarquablement polyvalent, qui ne poussera qu’une ou deux gueulante pour le principe. Sous leurs airs second degré, cette petite formation propose un second album qui tient quand même vachement bien la route et qui trouve des équilibres osés entre des éléments improbables. En gros, ça à l’air crétin mais c’est fait avec grand sérieux. Du coup même si l’album n’est pas parfait il mérite d’être connu plus largement que ça. Ca n’a rien d’un simple side project rigollot de Psykup ou Manimal, rien.

 

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Boulevard des Airs – Les Appareuses Trompences

Les Appareuses Trompences

Album sorti en 2013,
Plus d’info ici

Au côtés des Ogres de Barback, du Babylon Circus et de toute cette scène française actuelle, il manquait un groupe à l’esprit un peu plus rock, dans l’esprit des Beautés Vulgaires ou de La Ruda peut-être. C’est un créneau vide que Boulevard des Airs a pris en 2011, avec leur album Paris-Buenos Aires, et son tub Cielo Ciego. Tournées, passages télés et autres signes encourageants ont planté Cielo Ciego en petite hymne made in sud-ouest et ont assuré la promo du groupe. Non sans raison puisque l’album, avec la fragilité et le bancal d’un premier essais, était sacrément prometteur. De quoi faire attendre la suite impatiemment. Et la suite, la voilà.

Boulevard des Airs enchaine donc avec ce Les Appareuses Trompences. (Rassurez-vous, ça sera tout pour les jeux de mots.)Sans trop de surprises, en si peu de temps, le groupe n’a pas changé de direction. On navigue toujours entre les groupes cités plus haut. Et pour ce qui est de mélanger tout ça, on peu déjà dire qu’ils s’améliorent. Ca ne réussit pas aux envolées bien rock puisqu’il n’y à que la chanson titre qui le propose, mais la cohérence globale du disque y gagne. Chanson française festive, rock, reggae et une toute petite pointe jazzy, voilà la recette, à laquelle le groupe ajoute un discutable soupçon d’électronique dont nous reparlerons. Les textes sont maintenant presque exclusivement en français, et profitent eux aussi d’une meilleure cohérence. Évidemment, on ne réinvente pas les thèmes habituels des idées qui se rapprochent du roots, mais déjà, quand c’est pas mal fait…

Les Appareuses Trompences n’a pas son super tub fédérateur, mais répartit le bon feeling un peu partout sur le disque. Au moins, l’album dispose ainsi d’une bonne poignée de titres assez classieux, et sur des styles différents. « Ici » avec son featuring de luxe de Tryo, ou « Je Cours », la mise en train qui met la banane. Classieux également ce « Y Siguen Pasando » mélodieux, plein de cuivres et d’accents latinos. Ces titres et quelques autres remplissent à eux seul le contrat de l’album, et donnent vraiment confiance dans le talent et l’avenir du groupe.

A côté, on a une paire de chanson agréables mais trop passes partout, et surtout quelques expérimentations à base de dub step et d’autres effets, dont je me demande bien ce qu’ils viennent faire là. Heureusement que le groupe tente des choses, mais la froideur électronique n’a que peu de rapport, me semble-t-il, avec leur musique organique, vivante et gentiment engagée. Surtout quand il s’agit d’effet plutôt low cost… En tête de file, « Je Reste Calme », et ses refrains en mode pétage de plombs dans ta game boy. Quant a l’abus parfois très audible de l’Auto-Tune, je vous laisse juge du volontaire ou non de la démarche, et de son effet.

Pas de quoi gâcher le plaisir, Boulevard des Airs réussit son second album. Il est plus travaillé, fignolé, sans oublier la petite fibre festive et joviale, sur fond d’interrogations engagées. Les amateurs du premier disque devraient apprécier. Les autres, sans prendre leur claque du siècle, découvriront un groupe français attachant et sûrement plein d’avenir. En attendant, c’est sur scène qu’il vivra le mieux, et c’est ainsi qu’on a rapidement envie de l’entendre. Pourvu qu’il y ait encore pendant un moment des groupes comme celui-là sur nos planches.

Zebda – Second Tour

Second Tour

Album sorti en 2012.
Plus d’infos ici

Pour un très large public, Zebda, c’est surtout l’auteur du tub de l’été de 98, Tomber la Chemise. Mais ceux qui, alors, c’était penché sur le groupe, avaient pu découvrir pourquoi Zebda est devenu un vrai emblème de la scène musicale toulousaine. En ce temps où il était possible de faire un tub de l’été avec une chanson qui a autre chose à dire que « oh que c’est bien de danser l’été », le groupe avait sorti un album qui frisait la perfection, qui résumait en une quinzaine de titres tout leur art et leur savoir faire. Le succès et la vie de groupe étant ce qu’elle est, Zebda nous avait quitté sur un « Utopie d’Occase » bien plus perfectible qui a bien faillit avoir leur peau. Mais des années après, expériences diverses, activisme musical et persévérances dans leurs idées ont fait leur travail sur les trois leaders de Zebda, et les voilà prêt a remettre le couvert pour un « Second Tour ».
Comme avec chaque retour de groupe talentueux, on se méfie des retrouvailles tardives. Le public évolue, la musique et ses artisans aussi. Mais, amoureux du message et de la musique de Zebda que nous sommes, nous ne demandons qu’à être convaincu par cette nouvelle offrande.

La diversité culturelle, c’est un maître mot pour les gars de Zebda, et leur musique ainsi que leurs textes n’en sont que perpétuelles illustrations. Aucune crainte à avoir, tout ça n’a pas bougé d’un iota, et n’a pas pris une ride. La musique est un melting-pot d’influences diverses, qui donne quelque chose de forcément très caractéristique du groupe. Il en devient presque difficile d’identifier exactement pourquoi on pense à du rock, a de la chanson française, a du raga, du hip hop ou à du raï. Qui d’autres arriverait à marier des guitares sèches et électriques, de l’accordéon, une batterie très éclectique, des instruments et percutions orientales, des cuivres, et même quelques semples, tout en restant très cohérent et efficace ? On avait pu noter par le passé que les chansons plus posées pouvaient constituer des moments de faiblesses et plombaient certains de leurs albums, mais là encore le temps semble leur avoir indiqué la bonne formule. On aura du mal à dire que « Les Deux Ecoles », « Le Théorème du Châle » ou « Harragas » ne sont pas de bons moments du disque. La première en est même un excellent, dans une veine chanson française très travaillée, qui permet aux trois vocalistes de s’installer un après l’autre alors que la musique débute très acoustique pour prendre un envol plein de cuivres et d’accordéon chaleureux. Le refrain de cette chanson nous rappelle comment les trois voix savent bien s’accorder quand elles chantent simultanément. Les deux pistes suivantes réinstallent Zebda dans leur décor le plus connu, à savoir quelque chose de plus enjoué et dansant. On y rattachera « Les Proverbes », dans le même esprit tubesque de Zebda, comme avant. Impossible et inutile de lister tout ce que le disque propose comme petite trouvaille ou tentative, la musique est bossée, bossée, et encore bossée, pour être tout simplement riche et variée d’un bout à l’autre, du moins au regard du style pratiquée.

Les paroles reflète toujours leur ouverture d’esprit, et les réflexions autour du multi culturalisme, tout en rejetant extrémismes et intégrismes, d’où qu’ils viennent. « Le dimanche autour de l’église » est une parfaite synthèse des idées développées ailleurs, certes souvent déjà abordées par le passé. On tiquera de temps en temps sur certaines rimes franchement foireuses (« C’est quoi ces filles qui se cachent, est ce qu’elles jouent à cachecache ? C’est l’été on dirait l’hivers, quelqu’un a dut dire sortez couvert.»), mais globalement Zebda garde son approche de la langue pleine de références, de petits jeux de mots et de double sens. De plus, mise à part une allusion moyennement fichue à Brice Hortefeux, ils ont su resté assez intemporels pour que l’album ne perde pas son sens une fois passé le contexte de 2012.

Ce Second Tour risque de ne pas vraiment élargir leur public, mais satisfera celui-ci, ce qui est déjà pas mal. Il n’égale pas le grand frère « Essence Ordinaire », mais est incontestablement un bon cru de Zebda, surtout pour un Zebda ressuscité. Quelques chansons un peu en retraits, moins percutantes, et des paroles parfois un peu bancales (pour du Zebda) sont les seules choses concrètement dommageables, mais qui n’empêchent pas de reconnaitre une fois de plus le talent de ce groupe français à l’ambiance unique et enthousiasmante.

Les clips :




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